« Il se soucie de lui, pas du Likud » : Netanyahu attaqué par des cadres du parti
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« Il se soucie de lui, pas du Likud » : Netanyahu attaqué par des cadres du parti

D'anciens ministres et députés ont reproché à l'ancien Premier ministre de ne pas avoir cédé sa place à la tête du parti, ce qui les condamne à se retrouver dans l'opposition

Benjamin Netanyahu s'adresse à des membres du parti d'opposition du Likud, au lendemain de l'assermentation d'un nouveau gouvernement, à la Knesset à Jérusalem, le 14 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
Benjamin Netanyahu s'adresse à des membres du parti d'opposition du Likud, au lendemain de l'assermentation d'un nouveau gouvernement, à la Knesset à Jérusalem, le 14 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

Un certain nombre de cadres importants du parti du Likud, dont d’anciens ministres, ont exprimé leur colère à l’égard de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu pour les avoir conduits dans l’opposition – et un rejet à son encontre s’exprimerait de plus en plus. 

Le député du Likud et ancien ministre Israel Katz a publiquement attaqué Netanyahu et le ministre de la Défense Benny Gantz cette semaine, les rendant responsables de l’incapacité de leur éphémère gouvernement de partage du pouvoir à adopter un budget. 

« Israel Katz est frustré », a déclaré cette semaine le ministre des Finances Avigdor Liberman. « Un jour, il s’en prend à moi, un autre jour au président de son parti [Netanyahu], un autre jour à Benny Gantz. »  

Liberman a fait ces commentaires après la dernière attaque de Katz contre le ministère des Finances, autrefois sous la direction de Katz, affirmant que Liberman utilisait des plans qu’il avait élaborés et qu’il cherchait maintenant à s’en attribuer le mérite. 

Mais Katz n’est pas le seul membre senior du Likud à exprimer une certaine frustration. Plusieurs autres ont également tenté de faire part de leur colère, mais sans savoir forcément comment s’y prendre – des politiciens qui attendent depuis des décennies de prendre la direction du Likud, mais qui, malgré la situation, ne voient pas encore cela arriver de sitôt. 

Ils ont vu leur parti s’éloigner du gouvernement pour entrer dans l’opposition, et les luttes contre la coalition, avec de longues heures d’obstruction, n’y changent encore rien.
 

Israel Katz, député du Likud, lors d’une conférence des chefs des autorités locales, à Ramat Negev, dans le sud d’Israël, le 22 juillet 2021. (Crédit : Flash90)

Ils ont admis presque unanimement que le budget serait adopté avant la date limite du 4 novembre, ce qui signifie que la coalition actuelle devrait survivre et qu’ils sont condamnés à rester pendant une longue période, peut-être même des années, dans l’opposition. 

Mardi, certains d’entre eux ont été entendus pour la première fois alléguer que Netanyahu était l’homme qui les avait conduits dans cette situation, et que par conséquent il était celui qui devrait en payer le prix. La conversation a eu lieu lors de la bat mitzvah de la fille d’un militant clé du Likud, Rami Taib, qui a été inculpé pour son rôle présumé dans l’affaire 3000, l’affaire des sous-marins, qui a tourné autour d’allégations de corruption massive dans l’achat par Israël de navires militaires à un constructeur naval allemand pour plusieurs milliards de shekels. 

M. Taib est un ancien conseiller politique du ministre de l’Energie de l’époque, Yuval Steinitz, ainsi que d’anciens dirigeants de l’ancienne coalition, David Amsalem et David Bitan. 

Presque tous les députés et anciens ministres du Likud, dont Katz, Miri Regev, Steinitz, Yuli Edelstein, Amsalem et Yariv Levin, ont participé à la bat mitzvah, tous assis à la table principale.

Le Premier Ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, avec Yuli Edelstein et Yariv Levin lors d’une réunion du parti du Likud à la Knesset, le 30 avril 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Bien que Netanyahu lui-même n’était pas présent, il a été un sujet principal de conversation, et sans gardes du corps, aides ou chauffeurs les écoutant, les membres principaux du parti ont estimé qu’ils pouvaient s’exprimer librement, a appris Zman Yisrael, le site jumeau en hébreu du Times of Israel

Un ancien ministre de premier plan a déclaré « qu’au lieu de siéger au gouvernement, nous nous asseyons à des mariages ».

L’argument de l’ancien ministre tournait autour de l’incapacité de Netanyahu à adopter un budget – cela afin d’empêcher Gantz de devenir Premier Ministre, comme l’exigeait leur accord de coalition, car c’était le seul scénario dans lequel Netanyahu n’aurait pas à se retirer du poste de Premier ministre si de nouvelles élections étaient organisées.

L’ancien accord de coalition stipulait que, si un budget de deux ans pour 2020-21 n’était pas adopté, des élections auraient automatiquement lieu.  

« Nous devrions tous être ministres aujourd’hui, avec seulement Netanyahu qui devait bouger », a déclaré un autre ancien ministre. « Quelle terrible erreur. Nous sommes des pigeons. Je ne sais pas pourquoi nous avons accepté d’aider à provoquer cette [situation]. » 

Un ministre a attaqué le refus de Netanyahu de céder les rênes de la direction du parti à Katz, qui voulait former un gouvernement et maintenir le parti au gouvernement. Katz a déclaré le mois dernier qu’il n’aurait eu aucun problème à mettre en place une coalition de droite après les dernières élections, si Netanyahu avait cédé la direction du parti au lieu de condamner la faction à l’opposition.

« Netanyahu était prêt à donner le poste au [Premier Ministre] Naftali Bennett, à Gideon Saar, à n’importe qui d’autre », a déclaré un ancien ministre. « Mais pas à l’un d’entre nous. Il ne voyait aucun d’entre nous gravir les échelons du Likud à ses côtés pour accéder à un poste plus important. Il avait peur d’être menacé. »

« Ce n’est pas un leader qui se soucie du Likud, c’est un leader qui se soucie de lui-même », a accusé le ministre. 

Les personnes assises à la table ont également discuté de ce qu’un député a nommé « la cupidité de Netanyahu », dans le contexte d’une information selon laquelle le leader de l’opposition et sa femme auraient récemment séjourné dans la suite présidentielle d’un hôtel de Haïfa pour une fraction du prix affiché. M. Netanyahu a nié avoir su qu’il avait bénéficié d’une réduction et il a depuis payé la différence. 

Un député cadre du Likud a conclu que l’équation se retournait finalement contre Netanyahu, parce que « le budget est comme un coup de marteau et est également un tournant pour le Likud ».

« Si Netanyahu reste, je pense qu’il y aura un soulèvement général et nous saurons où cela a commencé. C’est l’atmosphère actuelle et nous l’avons vu lors du vote contre Keren Barak, qui aurait pu gagner et être notre représentant à la commission des Nominations judiciaires », a déclaré le député. 

Barak, qui était soutenu par Netanyahu, a été battu par la députée Orly Levy-Abekasis lors d’un vote à bulletin secret pour être le candidat du parti à la commission des Nominations judiciaires, dans un geste largement considéré comme un coup dur pour le leader de l’opposition. Levy-Abekasis a ensuite perdu le scrutin pour être la représentante législative de l’opposition au sein de la commission.

Bitan a déclaré mercredi que le parti « était dans l’opposition, et que les anciens ministres ne savent pas où ils en sont ». Malgré son soutien à Netanyahu, Bitan a mené le vote contre Barak et, lorsqu’il a été convoqué par le chef de l’opposition pour être réprimandé, Bitan a dit à Netanyahu qu’il « continuerait à [le] critiquer ».

Dans une interview au journal Yedioth Ahronoth, Miri Regev a quant à elle déclaré qu’il était temps de changer la direction du parti du Likud, qui devrait mettre un terme au monopole des hommes ashkénazes.
  

Miri Regev à Jérusalem, le 12 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Miri Regev a noté qu’au cours des 73 années d’existence du pays, la plupart des rôles supérieurs en Israël n’avaient pas encore été occupés par des Juifs mizrahim (ou « orientaux »), malgré le fait que la majorité des membres du parti du Likud appartiennent à cette communauté longtemps marginalisée. 

« Quelque chose ne va pas ici, et le Likud doit être changé pour que cela change. Seulement le Likud », a déclaré Regev. « Il n’y a pas eu de Premier ministre mizrahi, c’est vrai. Mais regardez aussi les principaux membres du Likud – ce sont tous des hommes ashkénazes : Bibi [Netanyahu], [Nir] Barkat, [Yoav] Gallant, Katz. » 

Barkat et Katz, ainsi qu’Edelstein, ont manifesté leur intérêt pour prendre la direction du parti à l’avenir. 

Cependant, lors de la récente bat mitzvah, certains membres du Likud ont éloigné l’idée d’un soulèvement proche contre Netanyahu.

« Où étaient ces héros après l’échec de Netanyahu à former un gouvernement ? », a déclaré l’un d’eux. « Pourquoi alors ne se sont-ils pas levés pour l’évincer ? Netanyahu a-t-il attendu qu’Ariel Sharon quitte son poste, ou s’est-il levé pour le jeter dehors [en 2005] ? »

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