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Ilana David, première Israélienne à être capitaine d’une équipe d’échecs masculine

La maîtresse internationale déplore les obstacles auxquels les femmes sont encore confrontées dans cette discipline

Ilana David, capitaine de l'équipe d'Israël au championnat du monde d'échecs par équipes, à Jérusalem, le 20 novembre 2022. (Crédit : Inna Lazareva/Times of Israel)
Ilana David, capitaine de l'équipe d'Israël au championnat du monde d'échecs par équipes, à Jérusalem, le 20 novembre 2022. (Crédit : Inna Lazareva/Times of Israel)

Participant au championnat du monde d’échecs par équipes à Jérusalem cette semaine, Ilana David de Beer Sheva est la toute première femme israélienne à diriger une équipe exclusivement masculine. Et elle est, à juste titre, exaspérée par cette étiquette.

« Je suis aussi la seule femme dans ce tournoi d’échecs – comme toujours », s’est-elle exclamée au Times of Israel, lors de l’ouverture du championnat où 12 équipes, dont Israël, se disputent le titre mondial dans cette compétition d’une semaine.

David qui détient le titre de maîtresse internationale, a remporté le championnat d’échecs féminin israélien en 1980 et a fait partie à deux reprises de l’équipe olympique israélienne d’échecs, entre autres.

« Pour moi, être une joueuse d’échecs accomplie est tout ce qu’il y a de plus normal, mais pas pour tout le monde. Pour certains, je suis une sorte d’oiseau exotique. Lorsque je suis arrivée en Israël et que j’ai participé à des tournois d’échecs, les gens me regardaient comme s’ils se demandaient ce que je venais y faire. »

« Êtes-vous ici par erreur ? »

Et le problème persiste toujours dans le monde entier.

« Même dans les parties d’échecs réservées aux femmes, il y a souvent peu de femmes capitaines », a déclaré David, expliquant que si les capitaines ne jouent pas, elles occupent la fonction d’organisation et de direction de l’équipe, signent les protocoles de match et conseillent les joueuses sur l’offre ou l’acceptation de parties nulles ou la résignation des parties.

Des joueurs d’échecs jouant un match dans le cadre du championnat du monde d’échecs par équipes, à Jérusalem, le 20 novembre 2022. (Crédit : FIDE/Mark Livshitz)

« Il existe une fausse idée générale que les hommes seraient plus adaptés », a-t-elle ajouté. « Certaines personnes pensent encore que les femmes ne sont pas assez fortes pour diriger une équipe. »

Ce n’est pas une question de biologie

Les femmes sont cruellement sous-représentées dans le monde des échecs. Si la majorité des tournois d’échecs sont ouverts à tous, ils sont presque toujours dominés par les hommes.

Sur environ 1 700 grands maîtres, seuls 37 sont des femmes, et il n’y a actuellement aucune femme dans les 100 premiers joueurs mondiaux selon la Fédération internationale des échecs (FIDE).

« Ce n’est pas une question de biologie », a déclaré Judit Polgar, largement considérée comme la plus grande joueuse d’échecs de l’histoire, au Guardian. « Il est tout à fait possible pour une femme de devenir meilleure que n’importe quel homme. Mais il y a tellement de difficultés et de limites sociales pour les femmes en général dans la société. C’est ce qui les bloque. »

En 2021, Nona Gaprindashvili, l’une des premières championnes d’échecs et la première femme au monde à être nommée grand maîtresse d’échecs en 1978, a poursuivi Netflix pour diffamation après que sa mini-série à succès « Le jeu de la Dame » a faussement prétendu qu’elle n’avait « jamais affronté d’hommes ».

En réalité, Gaprindashvili, originaire de Tbilissi, en Géorgie, a joué et gagné contre de nombreux maîtres au cours de sa carrière.

Dans sa déclaration juridique, elle a décrit l’erreur de Netflix comme « manifestement fausse, ainsi que grossièrement sexiste et dévalorisante ».

Certains géants masculins du jeu d’échecs, tels que les champions du monde Bobby Fischer (États-Unis) et Garry Kasparov (Russie), étaient connus pour dénigrer le jeu des femmes, ce dernier ayant un jour déclaré que « les joueuses d’échecs devraient s’en tenir à avoir des enfants ». Kasparov a été forcé de ravaler ses paroles après que Judit Polgar l’a battu lors d’un match en 2002 ; elle a décrit sa victoire comme « l’un des moments les plus remarquables de [sa] carrière« .

Au cours de sa carrière, Polgar a été classée jusqu’à la huitième place mondiale et s’est qualifiée pour le tournoi des candidats, au cours duquel le vainqueur parmi huit joueurs affronte le champion du monde dans un duel pour le titre.

En septembre 2022, un grand maître et commentateur d’échecs israélien a été licencié de la FIDE après avoir déclaré qu’une joueuse voulait « faire comme les hommes ».

Carrément grandiose

David a commencé à apprendre à jouer aux échecs à l’âge de 4 ans à Bakou, en Azerbaïdjan, qui faisait alors partie de l’Union soviétique, où, pour la plupart, les échecs étaient grandement respectés et encouragés aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

C’est son père qui lui a enseigné ; elle a grandi en jouant aux côtés de Garry Kasparov.

« Nous avons grandi ensemble, jouant aux échecs au Palais olympique de Bakou », se souvient David. « Nous nous rendions ensuite ensemble à des tournois d’échecs un peu partout, lui accompagné de sa mère, moi de la mienne. »

« Concourir aux échecs à un haut niveau n’était pas seulement considéré comme ‘professionnel’, mais plutôt comme ‘super-professionnel' », a-t-elle ajouté, rappelant comment, en tant que prodige de 14 ans, elle recevait une allocation équivalente au salaire d’un jeune ingénieur, en plus d’un coaching privé, de voyages gratuits et de nombreux cadeaux.

« C’était carrément grandiose. »

La capitaine de l’équipe d’échecs israélienne, Ilana David, à côté de deux joueurs lors du championnat du monde d’échecs par équipes, à Jérusalem, le 20 novembre 2022. (Crédit : FIDE/Mark Livshitz)

« Aujourd’hui, de telles conditions sont quasi-impensables, en particulier pour les joueuses », a-t-elle précisé, ajoutant qu’il y a une grande différence dans les prix décernés lors des championnats d’échecs réservés aux femmes par rapport à ceux des hommes, ce qui sert également à décourager les joueuses de poursuivre dans cette profession.

Bien que le pourcentage de femmes reste très faible, David a noté que ces dernières années, « il y a plus de soutien pour les échecs en Israël, grâce au travail de la Fédération israélienne des échecs », citant un programme qui permet aux jeunes enfants d’étudier les échecs à l’école.

« Même si un enfant ne devient pas un champion d’échecs, cela lui donnera tellement de compétences. Cela lui servira toute sa vie », a-t-elle expliqué. « C’est une grande contribution pour l’avenir. »

Le championnat mondial d’échecs de Jérusalem se déroule jusqu’au 26 novembre. L’équipe israélienne ne s’est pas qualifiée pour les phases à élimination directe, terminant cinquième sur les six équipes de sa catégorie.

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