Ilhan Omar, du Congrès US : « Les USA doivent condamner Israël comme l’Iran »
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Ilhan Omar, du Congrès US : « Les USA doivent condamner Israël comme l’Iran »

Dans un entretien accordé à Yahoo! News, la démocrate musulmane du Minnesota, dit aussi qu'elle "se marre presque" quand Israël est qualifié de démocratie

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

La représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota à Washington, le 30 novembre 2018 (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)
La représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota à Washington, le 30 novembre 2018 (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)

WASHINGTON — Ilhan Omar, qui vient tout juste d’être élue au Congrès américain, a déclaré que les Etats-Unis devaient condamner Israël comme ils le font pour l’Iran dans un entretien accordé cette semaine. Elle a précisé qu’elle « se marre presque » lorsque l’Etat juif est décrit comme une démocratie.

Omar, réfugiée née en Somalie et originaire d’Ethiopie, fait partie d’une vague de nouveaux élus démocrates entrés au sein du Capitole américain à l’issue des élections de la mi-mandat de 2018, au cours desquelles les démocrates ont gagné 40 sièges à la Chambre. Aux côtés de Rashida Tlaib, représentante démocrate du Michigan – elles sont les deux premières musulmanes à être entrées au Congrès – elle soutient la campagne BDS (Boycott, Divestment and Sanctions) contre Israël.

Omar, démocrate du Minnesota, est d’ores et déjà connue comme étant l’une des critiques les plus vigoureuses de l’Etat juif au Capitole et ses derniers propos surviennent après sa nomination, il y a deux semaines, à la puissante commission des Affaires étrangères – qui supervise la politique et les aides étrangères américaines – par la présidente de la Chambre Nancy Pelosi.

Durant un entretien accordé à Zainab Salbi dans l’émission « Through her eyes » sur Yahoo News, Omar a été interrogée sur ses points de vue sur Israël. Au-delà de son soutien apporté au mouvement BDS, elle avait écrit sur Twitter – pendant le conflit qui, en 2014, avait opposé Israël et le Hamas – que l’Etat juif avait « hypnotisé le monde », même si elle a récemment présenté ses excuses.

« Je veux parler d’Israël parce que c’est un point de désaccord », a déclaré Salbi. « Comment les Etats-Unis peuvent-ils travailler de manière productive en faveur d’une paix juste et durable entre les Israéliens et les Palestiniens, selon vous ? »

Omar a répondu que les Etats-Unis ont toujours favorisé l’Etat juif dans l’histoire du conflit.

« En adoptant une approche égalitaire avec les deux parties en lice », a-t-elle répondu à Salbi. « La majorité des choses qui, pour moi, ont aggravé la situation, c’est que nous avons une politique qui rend l’une supérieure par rapport à l’autre. Et nous masquons cela en parlant de justice et d’une solution à deux Etats. Et ce, alors que vous avez des politiques qui hiérarchisent clairement l’une des deux parties », a-t-elle ajouté.

Alors que Salbi lui demandait de clarifier ses propos, elle a critiqué la loi sur l’Etat-nation qui a été adoptée l’année dernière – laissant entendre que Washington ne devait pas être un soutien sans équivoque d’un Etat qui, selon les critiques, veut faire appliquer une loi susceptible de discriminer dans les faits les minorités non-juives en Israël.

« Je parle juste de notre relation avec le gouvernement et l’Etat israéliens », a poursuivi Omar. « Quand je vois Israël mettre en place des lois qui le reconnaissent comme un Etat juif et ne reconnaissent pas les autres religions et que nous le défendons toujours comme une démocratie au Moyen-Orient, je me marre presque parce que je sais que si cela se passait dans une autre société, nous le critiquerions », a-t-elle ajouté.

« Nous le condamnerions », a-t-elle continué. « Nous le condamnons en Iran, dans n’importe quel autre endroit qui réaffirme sa religion. Et je vois ça aujourd’hui en Arabie saoudite aussi, et je suis véritablement agacée par ces contradictions ».

Israël a adopté cette législation – parrainée par le parti au pouvoir du Premier ministre Benjamin Netanyahu – au mois de juillet. Elle a été critiquée avec véhémence par les Juifs d’Israël et de la diaspora pour sembler reléguer la langue arabe à un statut de langue non-officielle, pour promouvoir le statut de la religion juive dans les dossiers juridiques et pour son échec à établir clairement l’égalité des droits pour tous les citoyens israéliens. D’autres ont pris sa défense, affirmant qu’elle ne faisait qu’ancrer dans la loi des faits convenus de longue date concernant l’identité israélienne et notant que les textes existants assuraient d’ores et déjà l’égalité des droits.

Un nouveau groupe démocrate pro-israélien fondé cette semaine par Mark Mellman – qui réalise des sondages pour le parti – a qualifié l’équivalence faite entre Israël et l’Iran « d’absurde ».

Le consultant politique Mark Mellman (Capture d’écran YouTube)

« Israël est une démocratie dans laquelle les droits des minorités sont protégés. En Israël, l’autorité est entre les mains du Parlement – dont la Liste arabe unie est le troisième parti le plus important – et entre les mains des tribunaux, qui sont présidés par des magistrats arabes et juifs », a commenté Mellman, directeur-général du groupe Democratic Majority for Israel (DMI), dans un communiqué.

« L’Iran est une théocratie dans laquelle le pouvoir est concentré dans une personnalité religieuse, le chef suprême. L’Iran a également été identifié par les administrations démocrates et républicaines comme l’Etat qui parraine le plus le terrorisme dans le monde ».

Le groupe de Mellman a été créé à un moment où un certain nombre de jeunes démocrates du parti adoptent des approches plus antagonistes envers l’Etat juif. Le DMI, auquel appartiennent un certain nombre de personnalités démocrates de haut-rang, a pour objectif de maintenir le soutien démocrate à l’Etat juif dans ce nouvel environnement.

« En particulier à un moment où notre président ment quotidiennement, les membres démocrates du Congrès ont la responsabilité particulière de connaître les faits avant de s’exprimer et de dire la vérité au peuple américain », a ajouté Mellman. « Dans ce cas précis, Omar a raté ces deux objectifs ».

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