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Une des crises les plus graves vécues par la communauté

Inde : Les Bnei Menashe en crise suite aux violences ethniques au Manipur

Le bilan de l'ONG Shavei Israel, une victime juive tuée, plus de 1 000 déplacés, deux synagogues incendiées, maisons et commerces de la tribu minoritaire des Kuki rasés

  • Plus de 100 Bnei Menashe ont trouvé refuge dans une synagogue, à Mizoram. (Crédit : Shavei Israel/JTA)
    Plus de 100 Bnei Menashe ont trouvé refuge dans une synagogue, à Mizoram. (Crédit : Shavei Israel/JTA)
  • Des membres de la communauté juive Bnei Menashe prient dans une synagogue locale à Manipur, le 20 décembre 2012. Illustration (Crédit : Anupam Nath/AP)
    Des membres de la communauté juive Bnei Menashe prient dans une synagogue locale à Manipur, le 20 décembre 2012. Illustration (Crédit : Anupam Nath/AP)
  • Un parent prend une photo de sa famille, membres de la communauté Bnei Menashe, en partance pour Israël à l'aéroport de Tulihal à Imphal, en Inde, le 20 décembre 2012. Illustration (Crédit : Anupam Nath/AP)
    Un parent prend une photo de sa famille, membres de la communauté Bnei Menashe, en partance pour Israël à l'aéroport de Tulihal à Imphal, en Inde, le 20 décembre 2012. Illustration (Crédit : Anupam Nath/AP)
  • Des membres de la communauté juive Bnei Menashe posent pour une photo de groupe dans une salle communautaire avant leur départ pour Israël depuis Churachandpur, dans l'État indien de Manipur (nord-est), le 20 décembre 2012. Illustration (Crédit : Anupam Nath/AP)
    Des membres de la communauté juive Bnei Menashe posent pour une photo de groupe dans une salle communautaire avant leur départ pour Israël depuis Churachandpur, dans l'État indien de Manipur (nord-est), le 20 décembre 2012. Illustration (Crédit : Anupam Nath/AP)
  • Une vidéo montrant la fumée s'élevant des maisons en feu à Manipur, en Inde, le dimanche 28 mai 2023. (Crédit : Paojel Chaoba/AP)
    Une vidéo montrant la fumée s'élevant des maisons en feu à Manipur, en Inde, le dimanche 28 mai 2023. (Crédit : Paojel Chaoba/AP)
  • Deux synagogues de la communauté ont brûlé et un autre rouleau de la Torah a été incendié. (Shavei Israel via JTA)
    Deux synagogues de la communauté ont brûlé et un autre rouleau de la Torah a été incendié. (Shavei Israel via JTA)
  • Des membres de la communauté Meitei de Manipur tiennent des pancartes lors d'un rassemblement pour la paix à Mumbai, en Inde, le 17 juin 2023. (Crédit : Rajanish Kakade/AP)
    Des membres de la communauté Meitei de Manipur tiennent des pancartes lors d'un rassemblement pour la paix à Mumbai, en Inde, le 17 juin 2023. (Crédit : Rajanish Kakade/AP)
  • Des habitants du Manipur dans un camp de secours dans le district de Cachar, dans l'État voisin d'Assam, le 7 mai 2023. (Crédit : Panna Ghosh/AP)
    Des habitants du Manipur dans un camp de secours dans le district de Cachar, dans l'État voisin d'Assam, le 7 mai 2023. (Crédit : Panna Ghosh/AP)
  • Des réfugiés de Manipur se reposent dans l'État d'Assam, au nord-est de l'Inde, le dimanche 7 mai 2023. (Crédit : Panna Ghosh/AP)
    Des réfugiés de Manipur se reposent dans l'État d'Assam, au nord-est de l'Inde, le dimanche 7 mai 2023. (Crédit : Panna Ghosh/AP)
  • Plus de 1 000 membres de la communauté juive indienne des Bnei Menashe ont été déplacés à la suite de violences dans leur région. (Crédit : Shavei Israel/JTA)
    Plus de 1 000 membres de la communauté juive indienne des Bnei Menashe ont été déplacés à la suite de violences dans leur région. (Crédit : Shavei Israel/JTA)

JTA – La vie était belle depuis plusieurs années pour Lalam Hangshing, président du Conseil des Bnei Menashe, l’organe directeur des communautés juives dans les Etats indiens de Manipur et de Mizoram.

Installés dans la maison de ses parents, sa femme et lui jouissaient de l’air pur et des magnifiques paysages de Manipur, un État du nord-est de l’Inde qui compte près de 3 millions d’habitants. À quelques kilomètres de là, Hangshing louait une maison de quatre étages récemment construite à une société de production cinématographique.

Mais, le 3 mai, tout a changé, lorsque des émeutes ont éclaté entre la majorité ethnique des Meiteis et la minorité tribale des Kukis, une flambée de violence qui se préparait depuis des années. Selon des groupes locaux, les Meiteis auraient commencé par s’en prendre aux institutions kukis et à raser leurs maisons, et Hangshing, qui est également secrétaire général d’un parti politique kuki, a eu peur que sa maison ne soit la prochaine à être détruite.

« Lorsque les troubles ont commencé le 3 mai, les foules se sont dirigées, avec une précision militaire, droit vers les maisons [kukis] », a déclaré Hangshing. « Ils les ont saccagées, vandalisées et ont brûlé toutes les maisons de la ville d’Imphal en l’espace d’un jour et demi.

Selon Shavei Israel, une ONG qui aide les communautés juives des « tribus perdues » à immigrer en Israël, plus de 1 000 membres de la communauté, soit 20 % du total, ont été déplacés. Un membre de la communauté a été tué, un autre a reçu une balle dans la poitrine et est actuellement hospitalisé. Deux synagogues et des mikvaot, ou bains rituels, ont été incendiés.

Degel Menashe, une ONG israélienne qui se consacre au soutien des Bnei Menashe et qui a une longue querelle avec Shavei Israel, a déclaré que seule une synagogue avait été incendiée.

Deux synagogues de la communauté ont brûlé et un autre rouleau de la Torah a été incendié. (Shavei Israel via JTA)

Hangshing est Kuki, comme le sont les milliers d’autres Juifs Bnei Menashe de Manipur. Il a quitté son domicile le 4 mai et, plus d’un mois plus tard, il n’a toujours pas pu rentrer chez lui.

Il s’est confié à la Jewish Telegraphic Agency depuis Delhi, à plus de 1 000 kilomètres de son domicile. Sa maison de quatre étages a été complètement détruite, mais celle de ses parents est encore debout. Il s’inquiète pour les biens familiaux, tels que les livres religieux appartenant à son père – qui a participé à l’établissement de la communauté juive à Manipur – et ses clubs de golf préférés qu’il a laissés derrière lui, qui, tous les jours, risquent d’être pillés ou détruits.

Selon Shavei Israel, 292 autres familles juives de Bnei Menashe ont fui vers des zones de collines à majorité Kuki dans le Manipur ou dans l’État voisin de Mizoram.

Plus de 1 000 membres de la communauté juive indienne des Bnei Menashe ont été déplacés à la suite de violences dans leur région. (Crédit : Shavei Israel/JTA)

Au Mizoram, plus de 100 Juifs ont, dans un premier temps, trouvé refuge dans la synagogue Shalom Tzion d’Aizawl, chez d’autres familles juives ou dans des hôtels, mais la plupart d’entre eux se sont installés dans un camp paramilitaire situé à proximité. Les responsables de la communauté affirment que les réfugiés ne courent aucun danger immédiat et qu’ils disposent de suffisamment de nourriture et de matériel grâce aux dizaines de milliers de dollars d’aide versés par Shavei Israel et Degel Menashe.

« Ils ont fui avec leurs documents, leurs livres de prières, leurs tefillin et leurs objets rituels, ainsi que les vêtements qu’ils portent sur le dos », a déclaré Asaf Renthlei, membre de la communauté juive du Mizoram et bénévole de Degel Menashe. Dans les camps de secours, a-t-il ajouté, les membres de la communauté observent Shabbat chaque semaine depuis qu’ils ont fui.

« C’est l’une des crises les plus graves que les Bnei Menashe en Inde aient jamais connue », depuis qu’il a fondé l’organisation en 2002, a déclaré Michael Freund, président de Shavei Israël.

Une vidéo montrant la fumée s’élevant des maisons en feu à Manipur, en Inde, le dimanche 28 mai 2023. (Crédit : Paojel Chaoba/AP)

‘Un État voyou’

Des violences ont éclaté dans l’État de Manipur au début du mois de mai, lorsque des groupes tribaux ont protesté contre la demande des Meiteis d’obtenir le statut de tribu répertoriée, traditionnellement réservé aux tribus minoritaires telles que les Kukis et garantissant certains droits en matière d’éducation, d’emploi dans la fonction publique ainsi que d’autres privilèges. Les Kukis (qui représentent environ 16 % de la population et sont majoritairement chrétiens) affirment que les Meiteis (qui représentent 53 % de la population et sont majoritairement hindous) jouissent déjà de privilèges et d’une représentation politique considérables.

La manifestation du 3 mai n’était que l’étincelle qui a déclenché ce conflit fondé sur des griefs de longue date à l’encontre de la minorité kuki, a déclaré Sushant Singh, chercheur principal au India’s Centre for Policy Research (Centre indien de recherche sur les politiques).

« Au cœur de ce conflit, on trouve les Meiteis qui se disent les premiers habitants de l’État, les Kukis sont des immigrés illégaux et… [les Meiteis] ont été acculés à n’occuper que 10 % des terres », a expliqué Singh. « Et en raison des privilèges spéciaux dont jouissent les tribus en Inde, ils ne peuvent pas occuper les terres où vivent les Kukis ».

Des habitants du Manipur dans un camp de secours dans le district de Cachar, dans l’État voisin d’Assam, le 7 mai 2023. (Crédit : Panna Ghosh/AP)

Alors que le conflit entre dans son deuxième mois, plus de 100 morts ont été enregistrés et environ 40 000 personnes ont été déplacées ; des villages entiers ont été détruits et plus de 200 églises ont été brûlées, ainsi que les deux synagogues de la région d’Imphal. Depuis le début du mois de mai, l’internet est coupé dans l’ensemble de l’État.

Bien que les Kukis et les Meiteis ont tous deux participé aux violences, ce sont les Kukis qui ont « le plus souffert ». La police et les forces de sécurité de l’État se sont jointes aux groupes Meiteis pour s’en prendre aux Kukis, a déclaré Singh. Human Rights Watch (HRW) a demandé à l’Inde d’enquêter sur les violences policières au Manipur, ce que les groupes locaux ont contesté.

« C’est une situation où l’État voyou a agi contre une communauté minoritaire », a déclaré Singh.

Bien que le gouvernement ait appelé à un cessez-le-feu et mis en place un comité de paix, ces efforts pour mettre fin à la violence n’ont pas été couronnés de succès. L’armée a appliqué des mesures de sécurité et évacué les Kukis vers les collines et les Meiteis vers les plaines, mais selon Singh, cela n’a fait que renforcer les divisions géographiques au lieu de faciliter une solution qui permettrait aux deux groupes de vivre côte à côte à l’avenir.

Des membres de la communauté Meitei de Manipur tiennent des pancartes lors d’un rassemblement pour la paix à Mumbai, en Inde, le 17 juin 2023. (Crédit : Rajanish Kakade/AP)

Invoquant l’incapacité du gouvernement à les protéger, les Kukis ont demandé à faire sécession avec l’État de Manipur. Alors que le conflit entre dans son deuxième mois, le Premier ministre indien Narendra Modi n’a pas encore fait de commentaires sur la crise dans le nord-est de son pays.

« L’armée a été appelée à intervenir, mais elle est très inefficace, car c’est une guerre civile. Elle ne peut pas prendre parti. Elle se contente de rester sur place et, lorsque les tirs deviennent trop nourris, elle s’écarte.

Un appel à Israël

Les Bnei Menashe se définissent comme les descendants d’une « tribu perdue », dont les origines remontent à la tribu israélite de Menasseh. En 2005, un grand rabbin d’Israël a confirmé leur identité de « tribu perdue » ayant des liens historiques avec le judaïsme, mais les chercheurs n’ont pas trouvé suffisamment de preuves pour étayer cette affirmation. Les Juifs Bnei Menashe ont commencé à immigrer en Israël dans les années 1990 et, en raison de leur statut de « tribu perdue », ils ont tous été officiellement convertis à l’orthodoxie à leur arrivée. Il en reste aujourd’hui environ 5 000 dans les États de Manipur et de Mizoram ; quelque 5 000 ont déjà immigré en Israël.

Beaucoup d’entre eux ont eu du mal à entrer en Israël ces vingt dernières années et ils demandent aujourd’hui à l’État juif d’accélérer le processus d’immigration pour les aider à échapper à la violence. Malgré les récentes célébrations entourant l’ouverture d’un nouveau centre culturel judéo-indien dans le centre d’Israël, qui a reçu les bénédictions de Netanyahu et du président Isaac Herzog, Jérusalem n’a pas encore réagi de manière officielle à la situation.

Des membres de la communauté juive Bnei Menashe posent pour une photo de groupe dans une salle communautaire avant leur départ pour Israël depuis Churachandpur, dans l’État indien de Manipur (nord-est), le 20 décembre 2012. Illustration (Crédit : Anupam Nath/AP)

Le ministre des Affaires étrangères d’Israël, Eli Cohen, s’est rendu en Inde le mois dernier dans le cadre d’une visite prévue visant à renforcer les liens entre les deux pays. Il n’a pas fait de commentaires sur la question et sa visite a été écourtée en raison d’une opération militaire en Israël.

« Je pense que sous [Benjamin] Netanyahu, en particulier au cours de ce dernier mandat de Premier ministre, les attentes sont très limitées. Il est très proche du gouvernement de Monsieur Modi, donc je ne pense pas que quiconque attende quoi que ce soit de Netanyahu », a indiqué Singh.

Le statut religieux de « zone grise » des Bnei Menashe, selon les termes de Renthlei, rend leur immigration en Israël plus compliquée que pour la plupart des autres groupes. Avant de pouvoir présenter une demande d’immigration, les Bnei Menashe doivent se présenter devant un panel de rabbins – qui viennent généralement jusqu’en Inde – pour des entretiens.

« Ce n’est pas comme en Ukraine. Les Ukrainiens sont sans aucun doute juifs. Mais les Bnei Menashe se trouvent dans une zone grise où ils ne sont pas tout à fait Juifs, mais pas tout à fait pas Juifs non plus », explique Renthlei. « Il est peu probable que les Bnei Menashe, contrairement aux Ukrainiens, puissent simplement faire leur alyah, même au vu de la situation. » Des milliers de Juifs ukrainiens ont immigré en Israël depuis le début de l’invasion russe en février 2022.

Un parent prend une photo de sa famille, membres de la communauté Bnei Menashe, en partance pour Israël à l’aéroport de Tulihal à Imphal, en Inde, le 20 décembre 2012. Illustration (Crédit : Anupam Nath/AP)

L’Agence juive pour Israël, qui aide à faciliter l’immigration, et la fédération UJA de New York ont fourni des fonds à Shavei Israël pour aider les personnes déplacées, ont indiqué des représentants de Shavei. L’Agence juive, le ministère de l’Immigration et de l’Intégration et le consulat d’Israël en Inde n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de la JTA.

« Nous ne sommes pas assez important pour compter, je suppose », a déclaré Isaac Thangjom, directeur de Degel Menashe. Thangjom, qui vit en Israël, a pris contact avec des responsables du ministère de l’Immigration et de l’Intégration en Israël.

« Ils sont très inquiets, mais ils ne m’ont pas donné de réponse explicite malgré mes demandes », a-t-il déclaré. « Leurs réactions étaient vraiment tièdes ».

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