L’intervention télévisée de Netanyahu : plutôt désespérée, et non pertinente
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Opinion

L’intervention télévisée de Netanyahu : plutôt désespérée, et non pertinente

Ses reproches concernant le timing de la mise en accusation et le refus d'une confrontation avec ses accusateurs n'auront pas ému la seule personne qui compte : Avichai Mandelblit

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait une déclaration en direct à la télévision depuis la résidence du Premier ministre, à Jérusalem, le 7 janvier 2019. (LIKUD / AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait une déclaration en direct à la télévision depuis la résidence du Premier ministre, à Jérusalem, le 7 janvier 2019. (LIKUD / AFP)

Le Benjamin Netanyahu, qui s’est adressé à une grande partie des électeurs israéliens lundi soir – son apparition au début des principaux journaux télévisés de la soirée a recueilli une audience estimée à 40 % – était un Premier ministre ébranlé et se battant pour sauver sa peau. Pas sa survie politique, dans la définition étroite : il semble en passe, pour l’instant, d’être réélu en avril. Mais sa carrière à long terme – sa capacité à continuer à exercer ses fonctions avant, pendant et après ces élections, et à quitter la scène au moment ou il le souhaitera.

Tout au long des trois enquêtes de corruption menées contre lui par la police sous la supervision étroite du ministère public et du procureur général, Netanyahu a répété inlassablement qu’il « n’y a rien » dans ces accusations, et que par conséquent « rien » ne lui sera opposé lorsque les preuves seront expertisées. Mais ces derniers jours, les indications selon lesquelles le procureur général Avichai Mandelblit – le magistrat qui doit décider de l’inculper – conclut qu’il y a effectivement quelque chose se sont multipliées.

Au lieu de clore les dossiers, comme Netanyahu l’aurait espéré, et l’espère toujours, Mandelblit aurait consulté des juristes chevronnés sur l’opportunité d’annoncer son intention d’inculper, sous réserve d’une audience, pendant une campagne électorale. Pris par une équipe de tournage la semaine dernière, et interrogé pour savoir si Netanyahu avait raison de prétendre qu’un Premier ministre ne devait pas se retirer avant la fin des audiences, Mandelblit se laissa aller. Plutôt que d’ignorer la question ou de la rejeter comme non pertinente, inappropriée ou prématurée, le procureur général a répondu qu’il n’y avait « clairement » aucune obligation de ce genre.

Les propos de Netanyahu, lundi dernier, étaient à deux volets : une réitération de son nouveau mantra modifié – qu’il serait « injuste », comme il l’a dit, d’entamer un processus d’audience avant les élections du 9 avril, car cette longue procédure ne pourrait pas être terminée avant le jour du scrutin. Et une demande pour qu’il soit autorisé à affronter directement les trois témoins de l’Etat dans les enquêtes contre lui, ses anciens employés Ari Harow, Nir Hefetz, et Shlomo Filber. Il avait demandé à deux reprises à ses enquêteurs de faciliter une telle confrontation, se plaignit-il, et à deux reprises, il fut repoussé. « Comment pouvez-vous arriver à l’essence de la vérité si je ne peux pas affronter les témoins ? » a-t-il demandé de façon presque plaintive.

« Je voulais les regarder dans les yeux », a-t-il dit. « Je n’ai rien à cacher ». C’est ainsi qu’il renouvelait sa « demande » de se retrouver face à face avec ses accusateurs, et « en ce qui me concerne, cela peut être en direct à la télévision ».

Des sources anonymes proches de l’enquête ont été citées dans les journaux télévisés immédiatement après son intervention comme se moquant de l’idée que Netanyahu était traité injustement sur la question des confrontations, la considérant comme un faux-fuyant. Toutes les allégations contre Netanyahu lui ont été soumises pour qu’il y réponde, ont-ils dit, et une confrontation n’aurait pas changé le cours de l’enquête ni amené les deux parties à changer leur position.

Les commentateurs juridiques ont également noté rapidement qu’Ehud Olmert, ancien Premier ministre emprisonné pour corruption, n’a pas été confronté au témoin de l’accusation Shula Zaken, son ancienne proche collaboratrice, avant sa mise en examen. Ils ont également dit que Sara Netanyahu, une suspecte dans l’affaire 4000, qui est considérée comme la plus grave des trois enquêtes, a refusé une confrontation avec Hefetz. Et ils ont fait observer que la jurisprudence israélienne montre clairement qu’il n’y a pas d’obligation légale à organiser de telles confrontations.

Lors de son apparition à la télévision – pas une conférence de presse ; pas de journalistes ; pas même d’équipes de tournage ; juste une émission diffusée sur Internet – Netanyahu, cependant, ne s’est manifestement pas adressé aux procureurs de l’Etat. Il s’agissait plutôt de la dernière étape de l’effort inlassable du Premier ministre pour garder autant d’électeurs que possible de son côté.

En utilisant la retransmission en direct pour exposer ses plaintes et ses exigences juridiques, le Premier ministre a souligné à quel point il est convaincu que son propre bien-être et celui du pays sont intimement liés, et que ceux qui lui causent des ennuis constituent un problème pour Israël.

La retransmission en direct du Premier ministre à la nation est un canal de communication directe habituellement réservé aux événements d’importance nationale. Netanyahu s’était écarté de cette norme pour la dernière fois il y a moins de deux mois, lorsqu’il avait utilisé ce genre d’apparition pour écarter une menace électorale en affirmant qu’Israël entrait dans une période de graves dangers pour la sécurité. Cette affirmation s’est révélée liée à la campagne de Tsahal contre les tunnels d’attaque du Hezbollah – une menace sérieuse, certes, mais manifestement pas assez grave pour exiger l’arrêt de toute politique partisane, puisque le Premier ministre lui-même a appelé aux élections à peine un mois plus tard.

En utilisant la retransmission en direct pour exposer ses plaintes et ses exigences juridiques, le Premier ministre a souligné à quel point il est convaincu que son propre bien-être et celui du pays sont intimement liés, et que ceux qui lui causent des ennuis constituent un problème pour Israël.

Il a fait part de son affirmation bien connue selon laquelle ses empêtrements juridiques sont une vendetta politique, qui est menée par la gauche politique et les médias de gauche, qui savent qu’ils ne peuvent le faire tomber par des moyens loyaux, et ont donc recours à des pressions sans merci, en « faisant pression » sur le procureur général pour le faire inculper.

Soulignant ses convictions nationalistes, il a affirmé que s’il ordonnait un retrait israélien aux lignes d’avant 1967 ou s’il divisait Jérusalem, ou s’il mettait en danger la sécurité israélienne, comme le ferait la gauche a-t-il indiqué, « je pourrais mettre fin à cette chasse aux sorcières contre moi et ma famille ». Mais, bien sûr, a-t-il rassuré ses électeurs potentiels, il ne ferait rien de tel, en dépit de ce qu’il a affirmé être la diffamation sans précédent à laquelle il a été soumis.

Tous les sondages d’opinion effectués à ce jour indiquent qu’une partie importante de l’électorat demeure effectivement dans le camp du Premier ministre. En l’état actuel des choses, un peu plus de trois mois avant le jour des élections, Netanyahu sera réélu et sera sur la bonne voie au début de l’été pour dépasser David Ben Gurion, le Premier ministre ayant cumulé la plus longue carrière dans l’histoire d’Israël.

Cependant, à moins que l’ancien chef d’état-major de Tsahal Benny Gantz, sur le point de plonger dans les eaux politiques bouillonnantes, ne réussisse autant qu’Ehud Barak, autre ancien chef de Tsahal qui en 1999, a chassé Netanyahu, le problème principal du Premier ministre ne se situera ni parmi les électeurs, ni chez ses concurrents politiques mais plutôt au niveau de Mandelblit et des autorités de la justice. C’est pourquoi l’émission de lundi n’était pas tant une erreur qu’un manque de pertinence.

Netanyahu a commencé son intervention en soulignant que la hiérarchie juridique est un pilier fondamental de la démocratie israélienne et qu’il a confiance en elle. « Il y a des juges à Jérusalem », a-t-il dit, utilisant une citation familière qui, il ne s’en souvient peut-être pas, a été employée avec le plus de résonance par Ehud Olmert, en 2012, à l’un des moments les plus heureux de son épopée juridique.

Ses affirmations, a ajouté Netanyahu, ne constituaient pas « une attaque contre l’Etat de droit », mais plutôt « une critique légitime ». Peut-être que oui. Il n’a pas été aussi grossier que sa ministre de la Culture Miri Regev, qui a déclaré dimanche qu’il semblait que Mandelblit « essayait de rejoindre le chœur qui vise à renverser Netanyahu ». Mais les plaintes visaient manifestement à miner la confiance du public dans la conduite équitable des enquêtes menées contre lui.

Pourtant, Mandelblit, même s’il regardait l’émission en direct de Netanyahu, n’aura rien entendu de nouveau et ne sera pas touché par les appels du Premier ministre. Un Netanyahu élu et un homme dont l’intégrité personnelle n’a pas été contestée de façon crédible, a déclaré le procureur général lors d’une conférence à Haïfa jeudi dernier : « Nous travaillons professionnellement, seules les preuves auront leur mot à dire. »

L’émission diffusée par le Premier ministre à l’intention de la nation, avec calcul, aplomb et un soupçon de désespoir, a été largement regardée et a probablement fait l’objet d’un vif débat parmi les électeurs israéliens. Cela pourrait aider ou entraver sa campagne de réélection. Mais ça ne fera pas bouger Avichai Mandelblit. Il ne sera pas affecté par l’effort légèrement absurde de Netanyahu pour le pousser à faire son travail autrement. Et, au final, lui seul compte.

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