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Analyse

Iran : Avec Pezeshkian, de nouvelles perspectives de négociations sur le nucléaire ?

Pour Israël, la victoire d'un candidat conservateur aurait entraîné plus de pressions sur Téhéran de la part des pays occidentaux - mais le réformateur qui vient d'être élu a proposé des pourparlers, ce qui sera probablement accepté

Le président iranien élu Masoud Pezeshkian prend la parole devant le tombeau du fondateur de la république islamique, l'ayatollah Ruhollah Khomeini, à Téhéran, le 6 juillet 2024. (Crédit : ATTA KENARE / AFP)
Le président iranien élu Masoud Pezeshkian prend la parole devant le tombeau du fondateur de la république islamique, l'ayatollah Ruhollah Khomeini, à Téhéran, le 6 juillet 2024. (Crédit : ATTA KENARE / AFP)

S’il avait été prédit que le camp réformateur souffrirait de l’apathie des électeurs lors du deuxième tour des élections présidentielles, vendredi, les résultats ont finalement prouvé le contraire. Le taux de participation est resté en-deçà du seuil de 50 % – mais les Iraniens qui ont mis un bulletin dans l’urne ont clairement boudé les conservateurs et les extrémistes.

Le vainqueur, Masoud Pezeshkian — avec le soutien fort qui lui a été apporté par son mentor, l’ancien ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif — est parvenu à mobiliser les électeurs, absents au cours du premier tour, lors du second.

Cela n’a pas été une mince affaire pour le camp réformateur – un camp qui, depuis l’annulation de l’accord sur le nucléaire par l’ancien président américain Donald Trump, en 2018, a été littéralement écrasé par les conservateurs sous le regard approbateur du Guide suprême, Ali Khamenei.

L’une des explications venait justifier ce changement survenu la semaine dernière, le fait que le public iranien a compris qu’après trois années d’oppressions violentes de la part du régime, il avait une chance réelle d’influencer et de déterminer au moins certains aspects de sa destinée. Et c’est ce qui est arrivé.

La question qui se pose aujourd’hui est celle du travail que pourra concrètement effectuer le nouveau président, qui évolue dans un environnement qui reste largement dominé par les conservateurs – certains lui étant franchement hostiles.

C’est la majorité du Parlement iranien qui est conservatrice et son président, Mohammad Qalibaf, qui s’était présenté contre Pezeshkian lors du premier tour et qui a été évincé du scrutin, a une influence significative qui pourrait bien entraver les politiques envisagées par le nouveau président.

Le président du parlement iranien de la ligne dure, Mohammad Bagher Qalibaf, après s’être inscrit comme candidat pour les élections présidentielles du 28 juin au ministère de l’Intérieur, à Téhéran, le 3 juin 2024. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)

Selon certaines informations, Qalibaf, qui était le favori du Guide suprême dans la course à la présidence, bénéficiait aussi du soutien du Corps des gardiens de la révolution islamique. Avant le premier tour, de hauts-responsables des CGRI avaient tenté de convaincre le candidat ultra-conservateur Saeed Jalili de se retirer, de manière à ce que Qalibaf arrive au second tour. Ils n’y étaient pas parvenus.

Et aujourd’hui, les conservateurs se renvoient la balle pour déterminer qui a eu tort : Est-ce que ça a été Jalili qui a choisi de se maintenir avant le premier tour et qui a donc ainsi permis d’abord un ballotage, puis une victoire en faveur des réformateurs ? Ou est-ce que ça a été Qalibaf qui ne s’est pas retiré, entraînant une division dans le camp conservateur au premier tour avec pour résultat l’ascension qui a été connue par Pezeshkian au second ?

Il y a une question plus importante encore : A quoi ressembleront les relations entre le Corps des gardiens de la révolution et le nouveau président ? Pendant le mandat d’Ebrahim Raissi, les relations entre la présidence et les Gardiens avaient été très bonnes et elles s’étaient approfondies dans de nombreux domaines – en particulier en ce qui concernait les capacités militaires de l’Iran, avec des conséquences connues par Israël, le 13 et le 14 avril, lors de l’attaque au drone et au missile qui avait été lancée par la république islamique en direction de son territoire.

Pezeshkian est dorénavant à la tête du Conseil de sécurité nationale – le même conseil qui avait décidé de l’attaque. Dans quelle mesure parviendra-t-il à être indépendant et à être efficace dans les prises de décisions critiques ? L’avenir nous le dira. C’est très exactement la raison pour laquelle le Corps des Gardiens de la révolution islamique voulait placer un proche à la présidence et qu’il avait soutenu Qalibaf.

De manière générale, Pezeshkian reste une énigme pour le CGRI. Aux yeux de ce dernier, c’est l’homme de Zarif, celui du gouvernement haï de l’ancien président Hassan Rouhani. Pendant cette période, les relations entre le ministère des Affaires étrangères et l’establishment conservateur avaient été tendues.

L’incident le plus notable avait été la publication d’un enregistrement, en Iran, au mois d’avril 2021 – le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Zarif, s’y plaignait, déplorant que le Corps des Gardiens de la révolution menait sa propre politique étrangère qui entrait souvent en conflit avec les réformateurs.

Il y accusait Qassem Soleimani, le commandant des forces al-Quds qui a été tué dans une frappe au drone américaine en 2020, d’avoir porté atteinte à l’accord sur le nucléaire qui avait été conclu en 2015 avec les pays du P5+1. Il est probable que ces tensions se répéteront avec l’homme qui a succédé à Soleimani, Esmail Qaani, si des pourparlers devaient avoir lieu avec Washington.

Esmaïl Qaani, nouveau chef de la force Al-Qods après la mort de son commandant Qassem Soleimani dans un raid américain sur l’aéroport de Bagdad le 2 janvier 2020. (Crédit : Twitter / Mahdi Bakhtiari)

Pezeshkian reconnaît les inquiétudes du Corps des Gardiens de la révolution islamique – et c’est peut-être la raison pour laquelle il est allé prier sur la tombe de Soleimani lors de l’un de ses derniers événements de campagne.

Soleimani entretenait des relations crispées avec l’establishment réformateur de Rouhani – notamment parce qu’il était très proche du guide suprême et qu’il avait contourné à maintes reprises le président. Il n’y a pas de telles inquiétudes du côté de Qaani mais malgré cela, le CGRI nourrit instinctivement des soupçons à l’égard des réformateurs – des soupçons aiguisés par la présence de Zarif dans l’entourage du nouveau président.

C’est là que le programme nucléaire fait son apparition. Pendant sa campagne, Pezeshkian a déclaré qu’il était favorable à la levée des sanctions imposées à la république islamique par le biais de négociations avec l’Occident. Cela a été le principal point de désaccord qui s’est exprimé entre lui et les candidats conservateurs pendant les deux premiers débats présidentiels.

Aujourd’hui, il est devenu le président d’un pays du seuil nucléaire, sans accord avec l’Occident et les puissances mondiales. Il comprend également que le précédent pacte n’a plus de pertinence dans la situation actuelle et que l’Iran devra afficher le maximum de flexibilité pour conclure un accord qui permettrait de lever les sanctions. Les décisions sur la manière de procéder, toutefois, seront indubitablement prises par le Guide suprême.

Sur cette photo publiée par le site officiel du bureau de la présidence iranienne, le président Hassan Rouhani parle lors d’une réunion du cabinet à Téhéran, en Iran, le 14 juillet 2021. (Crédit : Bureau de la présidence iranienne via AP)

Du point de vue de l’Iran, la situation ressemble à celle des élections qui avaient eu lieu en 2013 – où Rouhani l’avait emporté. A ce moment-là, la république islamique avait pris d’assaut le monde avec le sourire. Rouhani avait séduit l’Occident par son approche pragmatique qui avait permis la conclusion de l’accord sur le nucléaire, deux ans plus tard.

Pour Israël, la victoire d’un candidat extrémiste comme Jalili aurait diplomatiquement isolé l’Iran et peut-être aussi poussé l’Occident à durcir son positionnement. Maintenant, avec Pezeshkian et son intention d’ouvrir le dialogue sur le nucléaire, il est probable que cette main tendue ne sera pas ignorée.

Cet article a été publié à l’origine sur le site en hébreu du Times of Israel, Zman Yisrael.

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