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Iran : La police des mœurs sous le feu des critiques

Ces derniers mois, sous la présidence de l'ultraconservateur Ebrahim Raïssi, les interventions de la police se sont multipliées pour faire appliquer la loi

Des étudiants iraniens affrontent la police à l'université de Téhéran durant une manifestation, le 30 décembre 2017. (Crédit : AFP PHOTO / STR)
Des étudiants iraniens affrontent la police à l'université de Téhéran durant une manifestation, le 30 décembre 2017. (Crédit : AFP PHOTO / STR)

Fait rare en Iran : plusieurs journaux ont critiqué jeudi la police des mœurs, chargée de faire notamment appliquer l’obligation pour les Iraniennes de porter le voile, après qu’une vidéo montrant une femme qui plaide pour la libération de sa fille est devenue virale.

Depuis la Révolution islamique de 1979, la loi en vigueur en Iran impose aux femmes, Iraniennes et étrangères et quelle que soit leur religion, de sortir la tête voilée et le corps couvert d’un vêtement ample plus ou moins long.

Toutefois, le zèle des autorités sur ce sujet avait nettement diminué sous l’ex-gouvernement du modéré Hassan Rohani et un nombre croissant d’Iraniennes, à Téhéran et dans d’autres grandes villes, laissent apparaître leur chevelure.

Mais ces derniers mois, sous la présidence de l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, les interventions de la police se sont multipliées pour faire appliquer la loi.

« Mesures disciplinaires »

Plus tôt cette semaine, une vidéo filmée avec un téléphone a été partagée sur les réseaux sociaux. On y voit une femme qui bloque le chemin à un véhicule de la police des mœurs, implorant les agents de libérer sa fille, qui, selon elle, est « malade ».

Sur les images, dont l’authenticité n’a pu être vérifiée par l’AFP, plusieurs femmes voilées tentent d’empêcher le véhicule d’avancer, en vain.

S’il n’est pas clair si la femme a violé la loi islamique, le quotidien réformateur Sazandegi titrait jeudi en Une « Arrêtez la police des mœurs » accompagné d’un dessin représentant l’incident.

Un appel partagé par d’autres journaux réformateurs, dont Arman-e Melli, qui a appelé la police à faire preuve de plus de « bienveillance », et Shargh, qui a estimé que « la paix (sociale) en milieu urbain était en difficulté ».

Citée par l’agence de presse officielle Irna, la police de Téhéran a confirmé jeudi l’incident, affirmant qu’il impliquait une de ses patrouilles dans l’ouest de Téhéran.

« Une enquête a rapidement été ouverte à la suite de cet incident (…) et des mesures disciplinaires ont été prises à l’encontre du chef de la patrouille pour mauvaise gestion », a affirmé le chef de l’autorité chargée de l’inspection des services de la police, Hamid Khoroosh.

La femme aperçue sur la vidéo « a été réconfortée et a exprimé sa reconnaissance pour le traitement rapide de cette affaire », a-t-il ajouté, sans plus de détails. 

Le nouveau président iranien Ebrahim Raissi salue les journalistes à la fin d’une conférence de presse à Téhéran, le 21 juin 2021. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

Débat politique

L’affaire a par ailleurs fait des vagues sur la scène politique.

Hassan Khomeini, figure réformiste et petit-fils du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, a partagé mardi la vidéo sur son compte Instagram, dénonçant un geste « non islamique ».

« Quoi qu’il en soit, (ce geste) est non islamique. Il n’est pas prudent et ne présente aucun avantage », a-t-il écrit sur sa page officielle qui compte plus de 600 000 abonnés. 

Ahmad Khatami, membre conservateur de l’Assemblée des experts, collège chargé de nommer le guide suprême, a défendu les actions de la police, appelant à « mettre en œuvre » la loi sur le port obligatoire du voile.   

« Malheureusement, certaines personnes ne respectent pas le port du voile et le retirent même dans les espaces publics, ce qui est contraire à la loi », a-t-il dit jeudi, cité par l’agence de presse Isna.

Début juillet, le président Raïssi avait accusé « les ennemis de l’Iran et de l’islam » de nuire « aux valeurs et aux fondations religieuses de la société ».

« Des mesures préventives et nécessaires doivent être prises », avait déclaré le président ultraconservateur, appelant les « autorités compétentes à mettre en œuvre les actions nécessaires à cet effet ».

Depuis quelques mois, des médias locaux font état d’un renforcement de la loi sur le port obligatoire du voile dans plusieurs villes à travers le pays.

Début juillet, dans la ville sainte de Machhad (nord-est), les autorités ont interdit aux femmes ne portant pas le voile d’avoir accès au métro et trois cafés ayant accueilli des clientes non voilées dans la ville de Qom (nord) ont été fermés.

Et fin juin à Chiraz, dans le sud, la police a arrêté plusieurs jeunes filles qui ont retiré leur voile lors d’un événement de skateboard, ainsi que des organisateurs.

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