Iran : 3 personnes tuées lors de protestations contre le manque d’eau
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Iran : 3 personnes tuées lors de protestations contre le manque d’eau

Le Khouzestan, qui abrite les principaux gisements de pétrole iraniens, est frappé depuis fin mars par une sécheresse à l'origine de manifestations depuis la semaine dernière

Des manifestants bloquent des routes en raison de la pénurie d'eau, dans la province du Khuzestan, dans le sud-ouest de l'Iran, le 17 juillet 2021. (Capture d'écran)
Des manifestants bloquent des routes en raison de la pénurie d'eau, dans la province du Khuzestan, dans le sud-ouest de l'Iran, le 17 juillet 2021. (Capture d'écran)

Au moins trois personnes ont été tuées, dont un policier, au Khouzestan, a rapporté mercredi l’agence officielle Irna, dans un contexte de tensions dans cette province du sud-ouest de l’Iran frappée par une pénurie d’eau.

Le Khouzestan, qui abrite les principaux gisements de pétrole iraniens, est frappé depuis fin mars par une sécheresse à l’origine de manifestations dans plusieurs villes depuis la semaine dernière.

« Lors des émeutes mardi soir à Talaqani (un quartier de la ville portuaire de Mahshahr, NDLR), des officiers (…) se sont fait tirer dessus depuis un toit », selon Fereydoun Bandari, gouverneur par intérim du comté, cité par Irna.

Un policier a été tué et un autre blessé à la jambe, a-t-il ajouté, sans préciser si les manifestations à Mahshahr étaient liées à celles qui secouent le reste de la province.

Un manifestant a également été tué mardi soir lors de ces émeutes, selon l’agence qui n’a pas précisé l’identité de la troisième personne décédée.

Irna avait rapporté la mort d’une personne lors de rassemblements vendredi dans la ville de Chadégan, à 70 km à l’ouest de Mahshahr, abattue par « des opportunistes et émeutiers ».

Le « peuple courageux » du Khouzestan, province dévastée par la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988), « veut de l’eau, c’est tout », a écrit mardi un autre titre réformateur, Arman-e Melli.

« J’ai soif »

Ces derniers jours, des médias émettant en persan depuis l’étranger ont parlé de manifestations réprimées par les forces de l’ordre, alors que les médias iraniens se montraient dans un premier temps plutôt silencieux sur le sujet.

Des vidéos publiées par ces médias et sur les réseaux sociaux et dont l’AFP n’a pas pu vérifier l’authenticité, montrent des centaines de personnes manifester, encadrées par la police anti-émeute.

« Nous avons fortement insisté sur le fait que les forces de sécurité n’affrontent pas violemment la population, et encore moins qu’elles ouvrent le feu », a affirmé mardi le gouverneur du Khouzestan, Qassem Soleimani-Dachtaki, cité par l’agence Isna.

Le Khouzestan abrite une importante minorité arabe. La population se plaint régulièrement d’être laissée pour compte par les autorités. La province avait été l’un des points chauds de la vague de contestation –violemment réprimée– contre le pouvoir en novembre 2019.

« Il y avait des signes avant-coureurs de protestations dans la province depuis un moment, mais les autorités, comme toujours, ont attendu jusqu’à la dernière minute » pour les prendre en compte, estime Etemad.

Le mot-dièse « J’ai soif » en arabe est largement utilisé sur les réseaux sociaux locaux pour attirer l’attention sur le sort du Khouzestan, selon le quotidien.

Sécheresse chronique

Le journal réformateur Sazandegi a appelé le président sortant, Hassan Rohani, et son successeur élu, Ebrahim Raïssi, à se rendre dans la province pour parler aux manifestants, « promettre des améliorations et leur demander de rentrer chez eux ».

Le gouvernement y avait envoyé vendredi une délégation de ministres adjoints.

Mercredi, la télévision d’Etat a montré des images de longues files de camions transportant de l’eau, indiquant qu’ils avaient été envoyés au Khouzestan par les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique.

Pays aride, l’Iran connaît une sécheresse chronique depuis plusieurs années. Depuis le début du mois, de nombreuses villes du pays sont soumises à des coupures d’électricité fréquentes, résultat, selon le gouvernement, d’une sécheresse d’une ampleur sans précédent depuis 11 ans ayant fortement affecté les lacs de retenue des barrages hydroélectriques du pays.

Jadis très fertile (elle fut le berceau de la civilisation élamite, qui connut son apogée au deuxième millénaire avant Jésus-Christ), la plaine du Khouzestan est régulièrement frappée par la sécheresse et par des tempêtes de sable venues d’Irak ou de la péninsule Arabique, phénomènes qui prennent de l’ampleur depuis plus d’une quinzaine d’années.

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