Rechercher

Isaac Herzog, le président qui prône le dialogue par dessus tout le reste

Dans un entretien avec le ToI, le président dit utiliser "l'immense soft power" de son bureau pour améliorer l'entente mutuelle - en Israël, dans la région et parmi les Juifs

Le président Isaac Herzog à Beit Hanassi, la résidence du président à Jérusalem, au mois d'avril 2022. (Crédit : Ariel Jerozolimski /The Times of Israel)
Le président Isaac Herzog à Beit Hanassi, la résidence du président à Jérusalem, au mois d'avril 2022. (Crédit : Ariel Jerozolimski /The Times of Israel)

Dix mois après avoir pris ses fonctions en tant qu’onzième président israélien, Isaac Herzog déclare utiliser « l’immense soft-power » de la présidence pour encourager le dialogue parmi les groupes variés en Israël, mais aussi entre Israël et ses alliés potentiels dans la région, entre Israël et les Palestiniens et entre Israël et les Juifs de la diaspora, avec l’objectif stratégique commun de dépasser les obstacles et d’encourager la compréhension mutuelle.

Dans une interview accordée au Times of Israel à l’occasion de Yom HaAtsmaout, la Journée israélienne de l’Indépendance qui aura lieu jeudi, le président explique que le dialogue « est le fil directeur de mon agenda ».

En même temps, le président est amer face à ce qui s’apparente, selon lui, à « des initiatives préméditées » dont l’objectif est de semer la zizanie entre l’État juif et le monde arabe et musulman – notamment de la part de certains qui n’hésitent pas à recourir à des fake news sur les politiques israéliennes et sur les actions entreprises sur le Mont du Temple. « Les tensions récentes sur le Mont du Temple sont le résultat direct d’initiatives qui avaient été préparées et qui visent à enflammer la situation, dans le but d’impacter défavorablement les progrès énormes qui ont été réalisés par les pays arabes et Israël au niveau relationnel dans la région, et pour faire en sorte d’attribuer la responsabilité exclusive des événements à Israël. Et j’ai la certitude que cela ne fonctionnera pas », dit-il.

Concernant ses efforts visant à renforcer le dialogue et la compréhension entre les communautés israéliennes, Herzog indique qu’il « y a un grand désir de dialogue – y-compris dans ce qu’on appelle les villes mixtes [ces villes où se côtoient Juifs et Arabes]. J’aborde cela discrètement, habituellement de très près – en ouvrant un dialogue franc et transparent avec toutes les parties en conflit. » Dans ces conversations, poursuit-il, « je retrouve ce désir énorme de vivre ensemble dans la paix et dans l’harmonie. Je crois que notre nation est beaucoup plus unie que certains peuvent aujourd’hui le penser. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de divisions », reconnaît-il, « mais il y a un sentiment majeur de destinée commune ».

En ce qui concerne les relations régionales, Herzog note qu’Israël « doit saisir l’opportunité et utiliser cette période » pour forger des liens et pour les renforcer. « Le mouvement de l’Histoire, aujourd’hui, est celui d’une opportunité de dialogue bien plus importante que dans le passé entre les nations islamiques et Israël – en particulier en ce qui concerne les nations sunnites, bien sûr. C’est ce qui symbolise la période actuelle et nous devons saisir cette opportunité, utiliser la période actuelle en profitant de la tribune des Accords d’Abraham, qui ont ouvert une nouvelle page de l’Histoire. »

Cette opportunité donnée de tisser des liens plus chaleureux, précise-t-il, émane également d’intérêts communs clairement définis – en particulier au vu « des efforts livrés par l’Iran de fabriquer une arme nucléaire, de la nécessité de développer une stratégie commune de défense dans la région et bien sûr, de l’avenir qui se profile à l’horizon. J’entrevois personnellement un très bel avenir pour la région qui pourra pourvoir en énergie l’Europe, l’Asie et l’Afrique ; en particulier alors que nous nous attaquons au problème du climat, il y a l’idée de l’énergie solaire… Il y a de nombreuses idées. Et si nous y croyons, alors nous pourrons vivre cet avenir ».

Le président Isaac Herzog à Beit Hanassi, la résidence du président à Jérusalem, au mois d’avril 2022. (Crédit : Ariel Jerozolimski for The Times of Israel)

En ce qui concerne les Palestiniens, Herzog note qu’un accord politique n’est pas réalisable dans le contexte actuel mais que le dialogue interpersonnel est non seulement réalisable et souhaitable, mais aussi nécessaire.

Il fustige « la rhétorique hautement inexacte et sans fondement utilisée par les dirigeants palestiniens à l’encontre d’Israël – notamment en ce qui concerne le Mont du Temple », et il ajoute que « nous ne trouverons pas d’accord de statut permanent actuellement. La situation ne permet pas d’avoir la capacité de mettre réellement en place un processus – alors que la nation palestinienne est divisée entre deux factions différentes, alors que le terrorisme est en embuscade, alors que le système politique est dysfonctionnel, etc… Mais on peut trouver des moyens qui renforceront les capacités de dialogue de personne à personne. Et c’est toujours une idée séduisante pour moi. Parce qu’en fin de compte, les Palestiniens sont nos voisins et que de la même manière que j’ai le sentiment que nous sommes en train de vivre une période historique avec l’inclusion d’Israël dans la région, j’ai aussi le conviction qu’il faut que cette inclusion intègre une forme ou une autre de dialogue avec les Palestiniens. »

Pour le moment, note-t-il, « il y a une sorte de blocage mental entre les deux nations auquel nous devons nous attaquer différemment ».

Finalement, résoudre le problème palestinien « nécessite de l’originalité et un mode de pensée nouveau. Cela nécessite de porter un regard lucide sur les faits sur le terrain et, bien sûr, de prendre en compte l’aspect psychologique entre les deux nations. Comment faire en sorte que les nouvelles générations dialoguent ? Après tout, on voit des personnalités réellement brillantes, de l’originalité aussi dans la nouvelle génération – et peut-être qu’un espoir découlera de là ».

« Je ne crois pas fermement dans les vieux paradigmes parce que je ne les vois pas nécessairement porter des fruits. Et je tente d’expliquer à ceux qui répètent toujours ces mêmes paradigmes qu’ils doivent les réexaminer, tenter de déterminer là où les choses ont mal tourné et pourquoi elles ont mal tourné », ajoute-t-il. « Enfin, je crois de tout mon être que la cause israélienne est juste, sans aucune ambigüité. Et il sera possible d’aller de l’avant quand les gens le comprendront, et qu’ils nous accepteront dans la région. »

La meilleure manière d’aller de l’avant, suggère-t-il, est « de voir comment nous pouvons avancer pas à pas – en privilégiant les petits pas par rapport aux grands – pour faire évoluer la situation d’une manière qui sera bénéfique pour nos deux peuples. Nous sommes voisins et parce que nous sommes voisins, nous pouvons trouver des moyens de mettre en place un dialogue qui a du sens ».

En ce qui concerne les récentes violences et les fortes tensions au sujet du Mont du Temple/Haram al-Sharif – le lieu le plus saint du Judaïsme dans la mesure où c’était là que se dressaient les temples bibliques, et le troisième sanctuaire le plus sacré de l’Islam avec la mosquée al-Aqsa – Herzog indique qu’il est crucial de « remettre les pendules à l’heure ».

Il déplore que « malheureusement, nous sommes bombardés de fake news, de diatribes et de mensonges concernant les agissements d’Israël sur le Mont. Prenez par exemple le problème du sacrifice juif. On a affirmé que des jeunes boucs allaient être sacrifiés. En fait, un groupe d’extrémistes voulait monter sur le Mont, la police israélienne a arrêté les membres de ce groupe, elle les a empêchés de mener à bien leur projet avant qu’ils n’entrent sur le site ».

« Mais il y a eu des vagues et des vagues de mensonges – des fake news publiées partout dans le monde musulman afin de provoquer la haine et de pousser les parties dans un nouveau conflit. »

« Mais avant de se plaindre et de jouer au jeu des responsabilités, il faut connaître les faits. J’espère que les choses vont se calmer parce que nous faisons de notre mieux pour apaiser la situation, » dit-il.

Évoquant la diaspora, Herzog explique « faire tout son possible » pour aider à renforcer la compréhension mutuelle et le respect dans la communauté juive mondiale et dans les relations entretenues par cette dernière avec Israël, ajoutant que l’unité juive est plus que jamais nécessaire parce que « je prédis malheureusement que l’antisémitisme, dans le monde, va connaître un nouvel essor en raison de la situation géostratégique, pas seulement post-COVID mais aussi en raison de l’effet d’entraînement du conflit en Europe ».

Il dit également œuvrer en faveur de solutions pour la prière juive au mur Occidental, « en particulier concernant la situation initiale [de l’an 2000] portant sur le site alternatif de prière non-orthodoxe à l’arche de Robinson ».

L’interview avec le président sera à découvrir dans son intégralité dans le Times of Israel à l’occasion de Yom HaAtsmaout.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...