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Israël et des responsables juifs dénoncent l’arrivée de Ramy Shaath en France

L'homme, militant politique égypto-palestinien du BDS, est arrivé samedi à Paris ; il était détenu depuis 2019 pour avoir voulu fomenter des "troubles contre l'État" égyptien

Le militant égypto-palestinien Ramy Shaath à son arrivée à l'aéroport de Roissy, le 8 janvier 2022, après avoir été détenu en Égypte pendant plus de deux ans. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)
Le militant égypto-palestinien Ramy Shaath à son arrivée à l'aéroport de Roissy, le 8 janvier 2022, après avoir été détenu en Égypte pendant plus de deux ans. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)

Le militant politique égypto-palestinien Ramy Shaath est arrivé samedi à Paris, après plus de 900 jours de détention en Egypte. Mais sa famille s’insurge qu’il ait été contraint de renoncer à sa nationalité égyptienne pour obtenir sa libération, et des responsables israéliens et des représentants communautaires juifs ont dénoncé la venue, saluée et voulue par Emmanuel Macron, de ce militant ouvertement anti-Israël.

L’ambassade d’Israël en France a dénoncé un « deux poids deux mesures » de la part de la France, qui assimile l’antisionisme à l’antisémitisme tout en offrant l’asile au fondateur du mouvement Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS) contre Israël en Egypte.

« La France s’est honorée d’avoir dénoncé à de nombreuses reprises ce nouvel antisémitisme qu’est la haine d’Israël. Elle ne peut se féliciter d’accueillir sur son sol le militant Ramy Shaath, fondateur du mouvement BDS en Egypte dont il vient d’être expulsé », a tweeté l’ambassade. « Le boycott et l’incitation à la haine d’Israël et des Juifs sont interdits par les lois françaises. Nous sommes déçus, alors que la France a récemment adopté la définition opérationnelle de l’antisémitisme, incluant la haine d’Israël. »

Francis Kalifat, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), a lui écrit : « On dénonce le nouvel antisémitisme mais plutôt que de sanctionner les actions du BDS, on le renforce en accueillant en France Ramy Shaath, le fondateur en Egypte du mouvement BDS qui prône la haine et la délégitimation. »

Bruno Benjamin, président du CRIF 13, a lui dénoncé « l’incroyable posture du président Emmanuel Macron,⁩ qui se dit soulagé de la libération d’un militant d’une organisation antisémite et antisioniste ». « Expulsé d’Égypte réfugié en France, pourquoi cette propension française à la récupération de rebuts ? », a-t-il questionné.

Gil Taieb, vice-président du CRIF, a lui jugé « lamentable » l’accueil français.

Dans un communiqué, le B’nai B’rith France et son président, Philippe Meyer, l’ont également dénoncé.

Ramy Shaath est aussi le fils de Nabil Shaath, ancien ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne (AP) et membre vétéran de la direction palestinienne.

« C’est énorme. Je suis très heureux d’être ici », a-t-il lancé samedi après-midi en anglais, quelques minutes après être sorti de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, le bras levé tout en tenant la main de son épouse, la Française Céline Lebrun, qui avait elle-même été expulsée d’Egypte au moment de son arrestation.

« J’ai passé les deux dernières années et demi entre des prisons, des lieux de disparition forcée, certains sous terre, d’autres à l’isolement, d’autres encore où j’étais avec énormément de monde soumis à un traitement particulièrement inhumain », a-t-il raconté.

Ramy Shaath a été libéré « dans la soirée du (jeudi) 6 janvier, après plus de 900 jours de détention arbitraire », a écrit sa famille dans un communiqué. Les autorités égyptiennes l’ont ensuite remis à un représentant de l’AP à l’aéroport du Caire, d’où il a pris un avion pour Amman, avant de rejoindre la France.

Le président français Emmanuel Macron à l’aéroport international King Abdulaziz, à Djeddah, ville côtière de la mer Rouge en Arabie saoudite, le 4 décembre 2021. (Crédit : Thomas Samson/AFP)

Disant partager le « soulagement » de l’épouse de Ramy Shaath, le président français Emmanuel Macron a salué, sur Twitter, « la décision des autorités égyptiennes » et dit « merci à tous ceux qui ont joué un rôle positif dans cette heureuse issue ».

« Depuis plus de deux ans, les autorités françaises ont été pleinement mobilisées auprès des autorités égyptiennes afin que la situation de M. Shaath puisse trouver une issue positive », a de son côté commenté le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, dans un communiqué.

Ramy Shaath, 48 ans, est une figure de la révolution égyptienne de 2011 et le coordinateur en Egypte du mouvement BDS. Il était détenu depuis juillet 2019 pour avoir voulu fomenter des « troubles contre l’État ».

« Ils m’ont accusé de beaucoup de choses et ils m’ont dit un jour : ‘Vous êtes accusé de faire partie d’une organisation terroriste.’ Et j’ai demandé au gars : ‘Quelle était l’organisation terroriste ?’ Il a dit : ‘Eh bien, nous n’allons pas vous le dire’ », a-t-il répondu.

Après « deux ans et demi de détention injuste dans des conditions inhumaines », sa famille regrette que les autorités égyptiennes l’aient « contraint » à « renoncer à sa citoyenneté égyptienne comme condition préalable à sa libération ». « Personne ne devrait avoir à choisir entre sa liberté et sa citoyenneté », a-t-elle déploré dans le communiqué.

Le militant égypto-palestinien Ramy Shaath et son épouse Céline Lebrun-Shaath à son arrivée à l’aéroport de Roissy, le 8 janvier 2022, après avoir été détenu en Égypte pendant plus de deux ans. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)

60 000 détenus d’opinion

En décembre, cinq organisations de défense des droits humains avaient interpellé le président français Emmanuel Macron sur le sort de ce militant.

Un an plus tôt, au cours d’une visite à Paris du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi le 7 décembre 2020, M. Macron avait affirmé s’être entretenu avec lui de « cas individuels », dont celui de Ramy Shaath.

L’Egypte compte plus de 60 000 détenus d’opinion, selon des ONG. Les États-Unis estiment que le pays viole les droits humains dans tous les domaines et ont en conséquence gelé 10 % de leur aide.

La libération de Ramy Shaath ne met pas fin à « la nécessité d’une action internationale contre le bilan catastrophique du gouvernement égyptien en matière de droits humains », estiment dans un communiqué onze ONG, dont Amnesty international et la Fédération internationale des droits de l’Homme.

Un autre prisonnier a été libéré samedi, après plus de deux ans de détention préventive. Il s’agit de Ramy Kamel, militant copte des droits humains, qui s’est fait connaître lors de la révolte populaire de 2011 qui a balayé le président Hosni Mobarak.

Le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi lors de la 55e conférence sur la sécurité de Munich, dans le sud de l’Allemagne, le 16 février 2019. (Crédit : Sven Hoppe / DPA / AFP)

Ramy Kamel a été arrêté le 23 novembre 2019 sur des accusations d’appartenance à un groupe terroriste. « Ramy est parmi les siens… c’est la fête ! », s’est réjouie sa sœur Bossi sur sa page Facebook.  

Parmi les « innombrables prisonniers » encore « arbitrairement détenus » en Egypte figurent beaucoup de « militants pacifiques, défenseurs des droits humains, avocats, universitaires et journalistes détenus uniquement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association », ont listé ces organisations, appelant Le Caire à libérer ces opposants.

Un autre militant égyptien des droits humains, le chercheur Patrick Zaki, a été libéré en décembre après 22 mois de détention mais encourt toujours jusqu’à cinq ans de prison pour « fausses informations » à cause d’un article dénonçant les discriminations contre les chrétiens.

Questionné sur son engagement, Ramy Shaath a expliqué n’avoir pas évolué « deux ans et demi (de prison) plus tard ». « Je suis toujours aussi déterminé à continuer. »

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