Israël inquiet d’une nouvelle proposition de l’ONU sur le nucléaire
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Israël inquiet d’une nouvelle proposition de l’ONU sur le nucléaire

Les États-Unis nient vouloir abandonner leur engagement à protéger Israël contre une pression internationale dommageable

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry devant la Conférence d'examen de 2015 des Parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) à l'Assemblée générale des Nations Unies le 27 avril 2015 à New York. (Crédit photo: AFP Photo / Timothy A. Clary)
Le secrétaire d'Etat américain John Kerry devant la Conférence d'examen de 2015 des Parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) à l'Assemblée générale des Nations Unies le 27 avril 2015 à New York. (Crédit photo: AFP Photo / Timothy A. Clary)

L’Israël officiel maintenait jeudi un silence de pierre, mais les initiés disaient craindre que l’administration Obama puisse ne pas bloquer les nouvelles tentatives déployées dans une conférence de l’ONU pour forcer Israël à dévoiler ses capacités nucléaires comme une étape vers une dénucléarisation du Moyen-Orient.
 
Les États-Unis ont envoyé en Israël un haut fonctionnaire pour discuter de la question d’un Moyen-Orient dénucléarisé, une question centrale de la Conférence d’examen du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qui est censée adopter vendredi ses résolutions de clôture.

Lors de la conférence précédente en 2010, l’administration Obama avait, au grand dam d’Israël, contresigné le document final qui avait appelé à une conférence de tous les Etats du Moyen-Orient pour faire avancer une proposition de 1995 pour un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires et qui avait demandé à Israël de signer le TNP et de placer « toutes ses installations nucléaires sous les dispositifs de surveillance complets de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) ».

Plus tard, cependant, le président Barack Obama et son conseiller à la sécurité nationale James Jones avaient condamné les tentatives visant à singulariser Israël.

« Nous nous opposons fermement aux tentatives visant à singulariser Israël, et nous nous opposerons à des actions qui metteraient en péril la sécurité nationale d’Israël », avait déclaré Obama. Et Jones de dire qu’il « déplore » la singularisation d’Israël, qui, selon lui, jette un doute sur la perspective de la conférence prévue.

Le Département d’Etat a confirmé jeudi que Thomas Countryman, le secrétaire d’Etat adjoint pour la sécurité internationale et la non-prolifération, se trouvait en Israël pour discuter de la question du TNP. Un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a refusé de commenter la visite de Countryman, en disant qu’il s’agissait d’une question « très sensible ». D’autres responsables ont également refusé de commenter.

Deux initiés, qui tous deux n’ont accepté de s’entretenir avec le Times of Israel que sous condition d’anonymat, ont exprimé des inquiétudes que les États-Unis pourraient revenir sur leur engagement de 2010 de veiller à ce que la sécurité d’Israël ne soit pas compromise sur cette question.

L’un a dit quil était à craindre que les Etats-Unis puissent prendre une position qui romperait cette promesse. L’autre a dit : « il semble possible qu’il y ait là-bas un changement ». Les initiés ont estimé que la question était encore fluide, puisque les textes définitifs de la conférence de New York étaient toujours débattus.

Dans un article paru mercredi dans Bloombergview.com, le journaliste Eli Lake a écrit que le gouvernement israélien s’inquiétait que les États-Unis puissent permettre à la Conférence « d’adopter une résolution qui pourrait contraindre Israël à dévoiler son arsenal nucléaire ».

Il a cité un haut fonctionnaire du gouvernement israélien disant « Israël est de plus en plus préoccupé que les Etats-Unis ne vont pas empêcher la conférence d’examen du TNP… d’adopter une résolution sur le Moyen-Orient qui mettrait en péril la sécurité nationale d’Israël ».

Cependant Lake a également cité Bernadette Meehan, une porte-parole du Conseil national de sécurité, contestant cette affirmation. Les Etats-Unis, a déclaré Meehan, travaillent pour s’assurer que le texte final « réponde à nos intérêts et à ceux d’Israël ».

Elle a ajouté : « Les États-Unis et Israël soutiennent tous deux la création d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient. Nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires israéliens pour faire avancer nos intérêts communs, y compris la préservation du TNP ».

Obama avait déclaré en 2010 que les Etats-Unis soutenaient un Moyen-Orient exempt d’armes de destruction massive, mais il a souligné qu’ « une paix globale et durable dans la région et le plein respect par tous les Etats de la région de leurs obligations en matière de contrôle des armements et de non-prolifération sont des précurseurs essentiels pour sa mise en place ».

L’article de Lake a en outre mentionné, cependant, que les Etats-Unis risquent de ne pas être en mesure de bloquer une décision problématique, même s’ils le désiraient. Se basant sur une proposition égyptienne, écrit-il, la délégation espagnole ferait pression pour que le secrétaire général des Nations unies soit autorisé à convoquer une conférence sur un Moyen-Orient dénucléarisé, même sans l’accord des États-Unis, de la Russie et de la Grande-Bretagne, comme cela était requis précédemment.

Néanmoins, même si les États-Unis êtaient impuissants à l’arrêter, « l’adoption d’une telle résolution serait en contradiction avec l’engagement des États-Unis fait à Israël déclaré publiquement en 2010 par le président Obama, puis par le conseiller de sécurité nationale James Jones, » a souligné à Lake le responsable israélien anonyme.

Mais Meehan a aussi ecarté cette perspective. « Cette administration et ce président ne rompent pas les engagements envers nos partenaires israéliens, et toute suggestion du contraire est offensante » a-t-elle dit à Lake.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a qualifié ce mois-ci le projet proposé de zone exempte d’armes nucléaires d’ « objectif ambitieux et plein de défis », mais qui mérite d’être poursuivi.

La présidente de la conférence d’examen, Taous Feroukhi d’Algérie, a invité mercredi les pays à combler les lacunes « encore importantes » sur les grandes questions de désarmement et de non-prolifération.

« Je n’ai rien de concret à partager avec vous. Tel est le problème », a-t-elle dit. « S’il vous plaît, j’ai besoin de votre aide. » Elle a fixé un délai jusqu’à jeudi après-midi pour un projet de texte qui pourra être partagé avec les capitales des pays en vue d’une eventuelle action vendredi.

La conférence d’examen fixant les repères au Traité de non-prolifération nucléaire n’a lieu qu’une fois tous les cinq ans, et une absence d’accord sur la voie à suivre mettrait en évidence la frustration croissante des pays sans armes nucléaires pour obtenir que ceux qui sont dotés d’armes nucléaires de prendre des mesures concrètes pour les désarmer.

Israël ne fait pas partie du traité, mais s’est révélé cette année comme un observateur surprise. Il a accusé ses voisins arabes de l’échec de progrès vers la réalisation d’un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires, en disant que, après cinq séries de consultations avec certains de ses voisins arabes en Suisse entre octobre 2013 et juin 2014 sur un calendrier possible, les autres pays ont abandonné les réunions.

Israël n’a pas dit pourquoi les négociations avaient été abandonnées, mais a noté que les consultations étaient « le premier engagement direct entre Israël et ses voisins sur cette question depuis plus de 20 ans ».

L’Iran, qui est une partie au traité et qui a engagé des pourparlers avec les puissances mondiales sur son propre programme nucléaire lequel est vu par beaucoup comme une menace régionale majeure, a parlé ce mois-ci au nom de plus de 100 pays, la plupart en développement pour appeler Israël à renoncer à ses armes nucléaires, les qualifiant de menace régionale.

Israël n’a jamais reconnu publiquement ce qui est largement considéré comme un vaste programme d’armes nucléaires.

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