Israël rend hommage à Kofi Annan, un homme « opposé à la délégitimation d’Israël »
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Israël rend hommage à Kofi Annan, un homme « opposé à la délégitimation d’Israël »

Le Premier ministre et le ministère des Affaires étrangères se sont joints aux condoléances du monde entier après la mort de l'ancien chef de l'ONU et prix Nobel de la Paix

L'ancien secrétaire-général des Nations unies Kofi Annan lors d'une séance photo à Paris, le 11 décembre 2017 (Crédit :   AFP PHOTO / JOEL SAGET)
L'ancien secrétaire-général des Nations unies Kofi Annan lors d'une séance photo à Paris, le 11 décembre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / JOEL SAGET)

Israël s’est joint à l’affluence d’hommages après la mort de Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU et prix Nobel de la Paix. Kofi Annan est mort samedi à 80 ans, après avoir accédé au rang de vedette de la diplomatie mondiale durant ses dix années à la tête des Nations unies.

« C’est avec une immense tristesse que la famille Annan et la Fondation Kofi Annan annoncent que Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies et lauréat du Nobel de la paix, est décédé paisiblement samedi 18 août après une courte maladie », a annoncé sa fondation dans un communiqué à Genève.

« Nous nous souviendrons de lui comme une personne très active sur la scène internationale, comme quelqu’un qui a lutté contre l’antisémitisme et le négationnisme. Nous adressons toutes nos condoléances à sa veuve et à sa famille », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le ministère des Affaires étrangères a déclaré qu’Annan avait consacré sa vie à la paix dans le monde.

« Durant son mandat, il s’est opposé aux tentatives de délégitimation d’Israël, et s’est battu avec force contre le négationnisme », a indiqué le ministère dans un communiqué.

Annan était un fervent supporter de la solution à 2 états et a été impliqué dans les négociations de paix entre Israël et les Palestiniens durant son mandat, entre 1997 et 2006.

L’an dernier, il avait déclaré à l’Associated Press qu’il ne pensait pas que la paix était possible sous les gouvernements actuels.

Les hommages ont afflué, du Ghana, son pays natal, à l’actuel secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui a souligné « une force qui guidait vers le bien », en passant par l’ex-président américain Barack Obama et les grands dirigeants européens.

Kofi Annan « a fait entrer les Nations unies dans le XXIe siècle en définissant un programme ambitieux qui a fait de l’ONU un outil indispensable pour la paix, la prospérité et la dignité humaine partout dans le monde », a déclaré dans un communiqué Ban Ki-moon, qui lui a succédé au secrétariat général.

Former UN Secretary-General Kofi Annan disagrees with US President Bill Clinton over what went wrong during Israeli-Palestinian peace talks. (Photo credit: Rob Judges)
Kofi Annan en 2012. (Crédit : Rob Judges)

« Kofi Annan a voué sa vie à faire du monde un endroit plus pacifique », a soutenu l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, louant un diplomate ayant « oeuvré inlassablement pour nous unir ».

Barack Obama a lui salué « l’intégrité, la détermination, l’optimisme » de l’ex-N.1 de l’ONU qui a aussi contribué à « motiver et inspirer » la « prochaine génération de leaders ».

« Nous n’oublierons jamais son regard calme et résolu, ni la force de ses combats », a tweeté le président français Emmanuel Macron, alors que son homologue russe Vladimir Poutine a déclaré avoir « sincèrement admiré la sagesse et le courage » du diplomate.

La Première ministre britannique Theresa May a rendu hommage à « un grand leader et réformateur de l’ONU » tandis que la chancelière allemande Angela Merkel a insisté sur une « voix » qui « va beaucoup nous manquer à une époque où la recherche en commun de solutions aux problèmes mondiaux est plus urgente que jamais ».

« Il ne tient qu’à nous de continuer le travail qu’il a commencé », a renchéri le Premier ministre canadien Justin Trudeau.
« Fils éminent de l’Afrique »

Kofi Annan fut le premier secrétaire général issu de l’Afrique sub-saharienne, et le Ghana, où il était né, a décrété une semaine de deuil à partir de lundi.

« Il a considérablement contribué au renom de notre pays par sa position, par sa conduite et son comportement dans le monde », a déclaré le président ghanéen Nana Akufo-Addo.

En Afrique du Sud, le parti au pouvoir, l’ANC, s’est souvenu d’un « fils éminent de l’Afrique » qui a oeuvré « en faveur (des pays) du Sud en développement ».

Un autre prix Nobel de la paix, l’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu, a de son côté évoqué « un remarquable être humain qui a représenté notre continent et le monde avec une immense grâce, intégrité et distinction ». « Mon ami, mon héros, mon inspiration », a résumé la Nigériane Amina J. Mohammed, vice-secrétaire général de l’ONU.

La Ligue arabe a aussi rendu hommage à Kofi Annan, tandis que le ministère égyptien des Affaires étrangères l’a qualifié d' »icône et source de fierté pour tous les Africains et les amoureux de la paix ».

Une vie consacrée à la diplomatie

Diplomate de carrière, Kofi Annan a contribué à rendre l’ONU plus présente sur la scène internationale pendant ses deux mandats, de 1997 à 2007.

Premier secrétaire général issu de l’Afrique sub-saharienne, le Ghanéen a dirigé l’organisation pendant la période troublée de la guerre en Irak, avant de voir son bilan terni par des accusations de corruption dans l’affaire « pétrole contre nourriture ».

A son départ, il était cependant un des dirigeants de l’ONU les plus populaires. Conjointement avec l’organisation, il a reçu en 2001 le Prix Nobel de la Paix pour ses « efforts en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ».

« J’ai essayé de placer l’être humain au centre de tout ce que nous entreprenons : de la prévention des conflits au développement et aux droits de l’Homme », avait-il déclaré en acceptant le Prix Nobel à Oslo.

A part quelques années passées comme directeur du tourisme du Ghana, M. Annan a consacré quarante ans de sa vie professionnelle aux Nations unies. Il a été le premier secrétaire général à être issu de l’organisation.

Il a d’abord dirigé les ressources humaines de l’ONU, puis les affaires budgétaires, avant de chapeauter à partir de 1993 le maintien de la paix et d’être propulsé quatre ans plus tard à la tête de l’organisation.

Lorsqu’il dirigeait le département de maintien de la paix, l’ONU a connu deux des épisodes les plus sombres de son histoire : le génocide rwandais et la guerre en Bosnie.

Les Casques bleus se sont retirés en 1994 du Rwanda en proie au chaos et aux violences ethniques. Et un an plus tard, l’ONU n’a pas su empêcher les forces serbes de massacrer plusieurs milliers de musulmans à Srebrenica, en Bosnie.

Ces échecs, écrit Kofi Annan dans son autobiographie, « m’ont confronté à ce qui allait devenir mon défi le plus important comme secrétaire général : faire comprendre la légitimité et la nécessité d’intervenir en cas de violation flagrante des droits de l’homme ».

Apparitions télé et dîners mondains

Annan s’est vite adapté à son nouveau rôle de diplomate en chef, multipliant les apparitions à la télévision et les participations aux dîners mondains à New York. Jusqu’à devenir une vedette, qualifié par certains de « rock star de la diplomatie ».

Kofi Annan, le 8 décembre 2007/ (Crédit : AFP/ Nicolas ASFOURI)

Kofi Annan devait sa nomination aux Etats-Unis, qui avaient mis leur veto à un second mandat de son prédécesseur, l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali.

Cela ne l’a pas empêché de faire preuve à l’occasion d’indépendance vis-à-vis des grandes puissances. Il avait ainsi irrité Washington en estimant « illégale » l’invasion de l’Irak en 2003 parce que cette opération n’avait pas été entérinée par le Conseil de sécurité.

Né en avril 1938 à Kumasi, au Ghana, fils d’un cadre d’une filiale du groupe anglo-hollandais Unilever, Kofi Annan a étudié à l’université de Kumasi, puis grâce à une bourse, dans une université américaine, avant d’entrer à l’Institut des hautes études internationales de Genève.

En 1965 il épouse Titi Alakija, issue d’une famille nigériane fortunée. Ils auront un fils, Kojo, et une fille, Ama, mais se sépareront à la fin des années 1970.

En 1984, il épouse en secondes noces Nane Lagergren, une juriste suédoise qui lui donnera une fille, Nina.

En février 2012, il est choisi par l’ONU et la Ligue arabe pour mener une médiation dans la guerre en Syrie, mais il jette l’éponge cinq mois plus tard. Il accusera les grandes puissances d’avoir par leurs dissensions transformé sa médiation en « mission impossible ».

Il a créé une fondation consacrée au développement durable et à la paix et fait partie du groupe des Elders (terme anglais signifiant « les anciens » ou « les sages »), créé par Nelson Mandela pour promouvoir la paix et les droits de l’homme.

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