Israël suspend les livraisons de vaccin vers les autres pays
Rechercher

Israël suspend les livraisons de vaccin vers les autres pays

Cet arrêt survient suite à une demande du procureur général, citant des incertitudes légales ; Gantz réclame l'arrêt des livraisons, déplorant un processus décisionnaire médiocre

Le Premier ministre israélien à l'arrivée de plus de 100 000 doses de vaccins à l'aéroport Ben Gurion près de Tel Aviv, en Israël, le 9 décembre 2020. (Crédit :  Abir Sultan/Pool Photo via AP)
Le Premier ministre israélien à l'arrivée de plus de 100 000 doses de vaccins à l'aéroport Ben Gurion près de Tel Aviv, en Israël, le 9 décembre 2020. (Crédit : Abir Sultan/Pool Photo via AP)

L’État juif a mis un terme à son plan visant à livrer ses excédents de vaccin contre le coronavirus à des pays amis alors que les autorités examinent actuellement si le Premier ministre Benjamin Netanyahu a disposé de l’autorité nécessaire pour ordonner une telle initiative, a annoncé jeudi le ministère de la Justice.

Cette annonce vient geler un plan qui prévoyait initialement l’envoi de 100 000 doses de vaccin à de nombreux pays.

Dans un communiqué, le procureur général Avichai Mandelblit a indiqué avoir reçu un certain nombre de requêtes réclamant le réexamen de la décision prise par Netanyahu. L’une d’entre elles, a-t-il précisé, lui a été envoyée par le conseiller à la Sécurité nationale Meir Ben-Shabbat, qui a fait savoir à Mandelblit qu’il n’avait pas été averti de l’initiative du Premier ministre. Il a demandé au procureur général de « geler toute action sur le dossier ».

Cela est le dernier épisode d’une saga qui a soulevé des questions, au sein de l’État juif, sur l’autorité décisionnaire de Netanyahu ainsi que, plus largement, sur cette démarche ayant pour objectif d’aider des nations reculées d’Afrique et d’Amérique latine à un moment où les territoires palestiniens voisins se battent pour garantir leur propre approvisionnement.

Jeudi matin, le ministre de la Défense Benny Gantz a appelé à ce que ces livraisons soient stoppées, affirmant que les vaccins étaient la propriété de l’État israélien. Il a condamné l’approche unilatérale du Premier ministre et a mis en doute les affirmations de Netanyahu portant sur un réel excédent d’approvisionnement alors que les Israéliens n’ont pas encore été totalement immunisés.

Benjamin Netanyahu s’adresse à l’Assemblée générale des Fédérations juives d’Amérique du Nord, le 10 novembre 2015 à Washington. (AFP/BRENDAN SMIALOWSKI)

« Ce n’est pas la première fois que des décisions diplomatiques et de Défense significatives sont prises dans le dos des autorités concernées tout en nuisant, peut-être, à notre sécurité nationale, à nos relations avec l’étranger et à l’État de droit », a écrit Gantz. « C’est un modèle qui entrave notre capacité à gérer de manière saine notre pays », a-t-il ajouté.

Il a demandé à ce que le dossier soit présenté devant le cabinet de sécurité pour être débattu et a ajouté avoir sollicité le procureur général en vue d’obtenir un avis juridique.

Gantz s’est réjoui de l’annonce de la suspension du plan, jeudi, expliquant qu’il avait été initialement adopté « de manière non-démocratique et contraire aux règles ».

Il a écrit sur Twitter que « s’il y a une raison de transférer des vaccins dans des pays variés et au détriment des citoyens israéliens, alors cette décision ne pourra être prise que par les instances dédiées. Pendre des décisions dans l’obscurité entraîne des inquiétudes sur d’éventuels préjudices qui pourraient être portés aux relations avec l’étranger et à la sécurité du pays ».

Netanyahu, qui se présente à sa réélection en date du 23 mars, a misé sa réussite politique sur la campagne de vaccination entreprise au sein de l’État juif, dont l’ampleur est unique dans le monde. Environ la moitié des 9,3 millions d’habitants du pays ont reçu au moins une dose de vaccin en un peu moins de deux mois.

Malgré le gel, une livraison est d’ores et déjà arrivée au Honduras, a annoncé le président du pays, Juan Orlando Hernandez, qui a ajouté que les doses seraient distribuées aux travailleurs qui se trouvent actuellement sur le front de la pandémie. La République tchèque a expliqué, mardi, avoir reçu 5 000 doses du vaccin Moderna de la part de l’État juif.

Le ministre adjoint de la Santé, Yoav Kisch, membre du parti du Likud de Netanyahu, a estimé au micro de la Radio militaire que Gantz était jaloux « des résultats obtenus par Netanyahu » et a déclaré qu’Israël avait plus de vaccins que nécessaire à partager avec des pays amis. Il a qualifié la mission « d’initiative politique et stratégique à zéro coût ».

Mercredi, Netanyahu avait expliqué qu’Israël avait des centaines de milliers de vaccins en trop et annoncé qu’il avait personnellement décidé de partager une petite quantité de cet excédent avec plusieurs pays amis dont il n’a pas donné le nom, dans un acte de remerciement symbolique « pour des choses que nous avons déjà reçues ».

Cette révélation a été particulièrement remarquée dans la mesure où Israël a été accusé, à l’international, de n’avoir partagé qu’une petite partie de ses vaccins contre la COVID-19 avec les Palestiniens.

Les responsables du secteur de la Santé ont noté que l’État juif serait incapable de vaincre pleinement le virus si les Palestiniens n’étaient pas vaccinés en raison des contacts réguliers entretenus entre les deux populations. Israël a envoyé approximativement 2 000 doses à l’Autorité palestinienne, promettant 3 000 doses supplémentaires qui n’ont pas encore été livrées. Le pays a autorisé le transfert de 10 000 doses du vaccin Sputnik offert par la Russie à l’AP et 2O 000 doses ont été livrées à la bande de Gaza la semaine dernière.

Des flacons de vaccins contre le coronavirus dans un centre de vaccination de la Clalit dans la ville de Safed, dans le nord du pays, le 22 février 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

L’Autorité palestinienne a indiqué la semaine dernière qu’Israël avait accepté de vacciner 100 000 Palestiniens qui travaillent au sein de ses frontières mais que Jérusalem devait encore donner son approbation à cette initiative.

Selon des informations parues dans la presse israélienne, les pays qu’Israël aurait prévu d’aider sont notamment Chypre, la Hongrie, le Guatemala, la République tchèque, les Maldives, l’Éthiopie, le Tchad, le Kenya, l’Ouganda et la Guinée. Chacun de ces pays devait bénéficier de 1 000 à 5 000 doses de vaccin Moderna.

Parmi ces 19 pays, la Mauritanie, qui n’entretient pas de relations diplomatiques avec l’État juif. Des responsables américains avaient indiqué, le mois dernier, au Times of Israël que la Mauritanie était sur le point de normaliser ses relations avec Israël lorsque s’était achevé le mandat du président américain Donald Trump.

Selon un communiqué du bureau du Premier ministre, Israël a été sollicité par de nombreux pays pour obtenir des vaccins. Le communiqué n’a pas nommé ces pays, ni le type de vaccins qui seraient donnés.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le ministre de la Santé Yuli Edelstein visitent le centre logistique de la firme pharmaceutique Teva à Shoham, où les vaccins contre le coronavirus seraient stockés dans des congélateurs avant d’être distribués, le 26 novembre 2020. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Le responsable de la lutte contre le coronavirus, Nachman Ash, et le directeur-général du ministère de la Santé, Chezy Levy, ont indiqué ne pas avoir été consultés concernant ce plan. D’éminents ministres du gouvernement ont, eux aussi, été maintenus dans l’ignorance.

Dans son courrier de jeudi, Gantz a noté que la décision de partager les vaccins avec les Palestiniens avait été prise à l’issue de consultations qui avaient impliqué différents ministères. Il a déclaré qu’il ne parvenait pas à comprendre pourquoi la dernière décision prise par Netanyahu n’avait jamais été abordée « dans les instances dédiées ».

Gantz et Netanyahu se sont opposés au cours de trois élections consécutives dont les résultats ont placé le pays dans l’impasse. Ils ont convenu, l’année dernière, de former un gouvernement d’urgence.

Leur accord de partage du pouvoir a été mis à mal par une méfiance réciproque, soulignée par les pactes diplomatiques conclus par Netanyahu avec un certain nombre de pays arabes, l’année dernière, sans que Gantz en ait été informé au préalable.

Leur coalition s’est effondrée en décembre et le pays se prépare à son quatrième scrutin national en l’espace de deux ans. Il aura lieu le mois prochain.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...