Jean-Luc Coatalem lauréat du prix Jean Giono
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Jean-Luc Coatalem lauréat du prix Jean Giono

L'écrivain a cherché à lever le voile sur un lourd secret de famille : l'arrestation par la Gestapo en 1943 à Brest de son grand-père Paol

Jean-Luc Coatalem (Crédit : capture d'écran YouTube)
Jean-Luc Coatalem (Crédit : capture d'écran YouTube)

Finaliste malheureux des prix Goncourt et Renaudot, Jean-Luc Coatalem a reçu mercredi le prix Jean Giono pour La part du fils, récit dans lequel l’écrivain mène une enquête sur la disparition de son grand-père mort dans un camp de concentration.

Décerné chaque année « au meilleur ‘raconteur d’histoires’, il récompense un ouvrage en français laissant une large place à l’imagination ». Doté de
10 000 euros, il est parrainé par la Fondation Jan Michalski.

Contrairement à ses précédents récits d’aventures (« Je suis dans les mers du sud », Grasset, 2001, prix des Deux-Magots, où il partait à la recherche de Paul Gauguin ou de « Mes pas vont ailleurs », Stock, 2017, prix Femina essai, sur les traces de Victor Segalen), « La part du fils » (Stock) est un texte plus intime.

Jean-Luc Coatalem a cherché dans ce livre à lever le voile sur un lourd secret de famille : l’arrestation par la Gestapo en 1943 à Brest de son grand-père Paol que l’écrivain-voyageur, né en 1959, n’a pas connu mais dont la vie n’a jamais cessé de le hanter.

Les fils de Paol, Ronan et Pierre, respectivement oncle et père de Jean-Luc Coatalem, ont catégoriquement gardé le silence sur la disparition de leur père. Ils sont allés jusqu’à interdire à Jean-Luc Coatalem de parler de cette affaire en public – le malheur n’étant pas un sujet.

Est-ce pour cela que le récit (272 pages, 19 euros) est présenté comme un roman ? Le but revendiqué de l’écrivain était de raconter « le destin de mon grand-père, des siens, des nôtres ».

Parler de l’obstination des Bretons est un cliché bien sûr. Mais Jean-Luc Coatalem s’est accroché à cette histoire jusqu’à réussir à démêler les fils d’un écheveau semblant inextricable.

The front gate at Buchenwald whose inscription reads, 'To Each What He Deserves.' (Photo credit: courtesy of Paul Paul Pugliese)
Le camp de Buchenwald où sur l’inscription sur le fronton est écrit : « À chacun ce qu’il mérite » (Crédit : Paul Paul Pugliese)

Paol a été dénoncé comme résistant par un voisin. Déporté à Buchenwald, il servira d’esclave dans les souterrains du camp de Dora où étaient fabriqués les V2 qui ont terrorisé Londres à la fin de la guerre.

L’ingénieur qui avait conçu ces engins de mort s’appelait Wernher von Braun. Récupéré par les Américains, l’ex-nazi mit sur pied le programme spatial américain.

A LIRE : Avant Apollo, Wernher von Braun faisait les fusées d’Hitler

Il y a des pages poignantes quand Jean-Luc Coatalem découvrant le destin tragique de son grand-père se souvient de cette nuit d’été 1969 où son père le réveilla vers 4H00 du matin pour regarder à la télé le premier homme fouler le sol lunaire.

L’ex-bourreau était devenu un héros, sa victime un mort anonyme.

Arrivé au bout de sa quête, Jean-Luc Coatalem a adressé à sa famille le dossier de ses recherches. Sortant de son silence, son père lui adressera en retour un courrier récapitulant tout ce qu’il savait sur Paol. Jean-Luc Coatalem n’a pas trahi les siens, il est devenu leur mémoire.

L’an dernier, le prix Jean Giono avait été attribué à Paul Greveillac pour « Maîtres et esclaves » (Gallimard).

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