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Jean-Marie Le Pen relaxé après ses propos sur la « fournée » en 2014

Alors qu'il s'en prenait à des artistes engagés contre l'extrême droite, dont Patrick Bruel, l'ex-chef du FN avait déclaré: "Écoutez, on fera une fournée la prochaine fois!"

Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, le 20 août 2015. (Crédit : Kenzo Tribouillard/AFP)
Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, le 20 août 2015. (Crédit : Kenzo Tribouillard/AFP)

La justice française a relaxé vendredi l’ex-président du Front national (FN) Jean-Marie Le Pen, qui était jugé pour provocation à la haine raciale, sept ans après des propos qui avaient suscité un tollé et semé la discorde dans son parti.

Dans une vidéo diffusée en 2014, Jean-Marie Le Pen, alors député européen, s’en était pris aux artistes engagés contre le FN, tels le chanteur Yannick Noah, l’humoriste Guy Bedos et la star américaine Madonna. A l’évocation par son interlocutrice du nom de Patrick Bruel, chanteur et acteur d’origine juive, Jean-Marie Le Pen avait déclaré : « Ça ne m’étonne pas! Écoutez, on fera une fournée la prochaine fois! »

Le tribunal correctionnel de Paris a reconnu que les propos de M. Le Pen avaient pour cible la communauté juive, car « le mot fournée » renvoyait à « l’image quand bien même symbolique du processus d’extermination systématique des Juifs d’Europe », a expliqué la présidente du tribunal.

Cependant, le tribunal a jugé qu’il s’agissait, non pas d’un appel à la discrimination et à la violence, mais d' »une jubilation pour faire un bon mot face à un auditoire acquis » à Jean-Marie Le Pen.

L’ex-candidat à l’élection présidentielle, âgé de 93 ans, absent à l’énoncé du jugement, a réagi auprès de l’AFP: « Les faits l’ont emporté sur la malveillance. Je me réjouis que dans cette affaire qui était évidente le tribunal a jugé suivant le droit ».

Son avocat Me Frédéric Joachim a « salué la relaxe » auprès de l’AFP, y voyant « un succès pour la liberté de Jean-Marie Le Pen qui n’avait rien voulu dire de mal. »

Pour Me Julien Bensimhon, avocat du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), ce jugement « laisse penser qu’on peut en toute impunité sur internet ou dans les médias dire qu’on peut mettre Patrick Bruel, parce que juif, dans un four crématoire, c’est extrêmement dangereux ».

« En somme, un propos antisémite tenu en riant disculperait donc son auteur. C’est insensé », a regretté Me Sahand Saber, avocat de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) déplorant une décision « incompréhensible ».

Les avocats du BNVCA et de la Licra ont annoncé à l’AFP leur intention de faire appel.

Lors du procès, le ministère public avait considéré que les propos de M. Le Pen constituaient une « grave faute morale », mais n’avait pas présenté de réquisitions.

Jean-François Jalkh, nouveau président par intérim, du FN remet en question l’usage du Zyklon B durant la Shoah. (Crédit : Polomartini/Wikimedia Commons)

Son co-prévenu Jean-François Jalkh, ex-directeur de publication du site internet du FN, a lui aussi été relaxé.

Ces propos avaient à l’époque déclenché une pluie de condamnations et semé la discorde au sein du FN. Sa fille Marine Le Pen, alors présidente du parti d’extrême droite, rebaptisé depuis Rassemblement national, avait décrit « une faute politique ».

Le cofondateur du parti avait été exclu du mouvement à l’été 2015, avant d’être déchu de sa présidence d’honneur au congrès de mars 2018.

Jean-Marie Le Pen a plusieurs fois été condamné par la justice. En 1993, il s’était vu infliger une amende pour son jeu de mots de 1988, « Durafour crématoire », visant le ministre de la Fonction publique de l’époque, Michel Durafour.

Il avait également été condamné pour « contestation de crime contre l’humanité », quand il avait qualifié à plusieurs reprises les chambres à gaz de « point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale ».

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