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Jérusalem-Est: Des biens immobiliers contrôlés par les îles Vierges britanniques

Les Pandora Papers révèlent comment le groupe de droite Ateret Cohanim du mouvement pro-implantation avait échoué à payer les enregistrements de ses sociétés-écrans

Vue de Road Town, à Tortola, sur les îles Vierges britanniques, centre de l'industrie des services financiers offshore, le 3 avril 2009. (Crédit : AP Photo/Todd VanSickle, File)
Vue de Road Town, à Tortola, sur les îles Vierges britanniques, centre de l'industrie des services financiers offshore, le 3 avril 2009. (Crédit : AP Photo/Todd VanSickle, File)

JTA — Certains des biens immobiliers les plus disputés de Jérusalem-Est sont passés sous le contrôle juridique des îles Vierges britanniques, ces dernières années, parce que les partisans du mouvement pro-implantation israéliens qui géraient ces habitations avaient utilisé des comptes offshore et qu’ils n’avaient pas versé les frais et autres taxes inhérents aux entreprises.

Cette révélation figure dans une série d’informations récentes qui ont été rendues publiques par Uri Blau et par Daniel Dolev du groupe Shomrim, une organisation de journalisme d’investigation, suite à la fuite massive de registres provenant du monde très secret des services financiers offshore.

Cette fuite, appelée les Pandora Papers, a été partagée avec Shomrim et avec environ 150 autres médias d’information du monde entier. Les 600 journalistes approximativement impliqués dans le projet ont publié des articles sur les politiciens et autres personnalités publiques possédant des comptes en banque, des biens immobiliers et autres avoirs dans des juridictions qui offrent à la fois discrétion des opérations et avantages fiscaux.

Sur les personnes identifiées dans les Pandora Papers, 565 sont des ressortissants israéliens, selon Shomrim, qui a noté qu’il n’était pas illégal de faire des affaires en utilisant des comptes offshore.

Ce type de compte est avantageux de différentes manière, permettant de dissimuler potentiellement l’identité du détenteur, réduisant les obligations fiscales et permettant au titulaire d’échapper aux exigences ou conséquences juridiques dans son pays d’origine.

Parmi ces Israéliens, Matityahu Dan, le chef d’Ateret Cohanim, une ONG israélienne de droite dont l’objectif est de renforcer la présence juive à Jérusalem-Est en prenant le contrôle d’habitations situées dans les quartiers palestiniens.

Ateret Cohanim utilise des entreprises enregistrées aux îles Vierges britanniques, selon Shomrim. L’une de ces entreprises s’appelle Philinest et elle contrôlerait deux appartements dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem par le biais d’un bail émanant d’une entité affiliée au KKL-JNF (Fonds national juif).

Matityahu (Mati) Dan, président de l’organisation Ateret Cohanim, au cours d’une visite dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 2 décembre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le trésorier d’Ateret Cohanim, qui avait la charge de verser les frais d’enregistrement annuels, a présenté sa démission en 1998 et la personne venue la remplacer n’a pas continué les paiements, a rapporté Shomrim, citant une déposition faite devant la cour par Dan.

Contacté par Shomrim, Dan s’est refusé à tout commentaire.

En résultat, les îles Vierges britanniques ont annulé l’enregistrement de l’entreprise. Les lois locales déterminent que les avoirs d’une entreprise dans cette situation deviennent la propriété du gouvernement des îles Vierges.

En 2010, Ateret Cohanim a demandé à un tribunal local de réinstaller Philinest et en 2019, les magistrats ont finalement accepté, selon Shomrim.

Vue de Road Town, à Tortola, sur les îles Vierges britanniques, centre de l’industrie des services financiers offshore, le 3 avril 2009. (Crédit : AP Photo/Todd VanSickle, File)

Donhead, autre compagnie des îles Vierges britanniques propriété d’Ateret Cohanim, avait obtenu un bail sur une parcelle de terrain dans le quartier palestinien de Silwan quand son enregistrement avait pris fin en 2010. L’ONG israélienne a tenté de réclamer la réintégration de la firme dans les registres mais il est impossible de dire pour le moment si elle a obtenu gain de cause, a noté Shomrim.

Quelques organisations à but non-lucratif du mouvement pro-implantation israélien utilisent elles aussi les îles Vierges britanniques pour gérer les biens immobiliers à Jérusalem-Est – et plusieurs, de manière similaire, ont été dans l’obligation d’essayer de récupérer l’enregistrement de leurs firmes après avoir été dans l’incapacité de payer les frais exigés pour ce faire, selon Shomrim.

Il s’agirait de Humberstone Ventures S.A, qui contrôle un bien immobilier adjacent à l’église du Saint sépulcre dans la Vieille Ville, et une autre compagnie appelée Beit Hanina Properties.

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