Jérusalem : L’hôtel COVID, un terreau fertile pour la souche britannique ?
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Jérusalem : L’hôtel COVID, un terreau fertile pour la souche britannique ?

"Entrez en quarantaine, sortez avec le coronavirus !" : Les résidents déplorent une mauvaise hygiène, une gestion chaotique et un manque de nourriture

Une résidente de l'hôtel Dan Panorama à Jérusalem, structure de quarantaine dirigée par l'armée, proteste contre les conditions d'accueil, le 21 décembre 2020. (Capture d'écran)
Une résidente de l'hôtel Dan Panorama à Jérusalem, structure de quarantaine dirigée par l'armée, proteste contre les conditions d'accueil, le 21 décembre 2020. (Capture d'écran)

La principale structure de quarantaine, mise en place pour empêcher la nouvelle souche de COVID-19 identifiée au Royaume-Uni de pénétrer au sein de l’Etat juif, pourrait s’avérer être un terreau fertile pour le virus en raison de la mauvaise gestion des lieux et des normes d’hygiène insuffisantes, affirment les résidents.

Israël a obligé des centaines de ses citoyens revenant du Royaume-Uni, du Danemark et d’Afrique du sud à se placer à l’isolement dans des hôtels par crainte de cette nouvelle variante qui serait, selon les spécialistes, beaucoup plus contagieuse.

Mercredi soir, cette politique va être élargie à tous les Israéliens entrant dans le pays, indépendamment de leur provenance.

Les nouveaux arrivants de Grande-Bretagne, pour leur part, ont confié au Times of Israel les dures conditions de leur quatorzaine – décrivant la manière dont ils avaient embarqué dans des bus bondés, où les passagers ne portaient pas le masque, avant d’être emmenés dans un hôtel de Jérusalem placé sous l’autorité de l’armée.

« Le manque de lingettes, de gel hydroalcoolique, de gants et de masques inutilisés dans l’hôtel est dangereux en plus d’être absurde », commente Eliot Cohen.

Le séjour effectué par Cohen au Dan Panorama avec ses trois enfants a été si pénible qu’il s’est tourné vers des travailleurs sociaux qui ont persuadé le ministère de la Santé de le laisser quitter l’hôtel lundi.

« La politique là-bas, ça pourrait être : ‘Entrez en quarantaine et sortez avec le coronavirus’ – ce qui n’a aucun sens ».

Il ajoute que la situation qu’il vit actuellement à l’hôtel démontre que la nouvelle politique qui a été déterminée par le gouvernement et qui consistera à mettre tous les nouveaux arrivants à l’isolement dans des structures de ce type, dès mercredi, ne portera ses fruits que si des améliorations majeures sont réalisées pour mieux accueillir les personnes.

Elliot Cohen et ses enfants dans leur chambre à l’hôtel Dan Panorama à Jérusalem, le 21 décembre 2020. (Autorisation : Elliot Cohen)

Cohen déplore un manque d’accès à la nourriture en quantité suffisante. Il rejette également la réaction du Front intérieur de l’armée qui affirme avoir été averti à la dernière minute de l’arrivée des voyageurs, estimant que l’unité en charge de l’hôtel aurait dû être déjà préparée à un tel scénario, – presque un an après le début de la pandémie.

Mais la porte-parole du Front intérieur, Tamar Barsheshet, indique au Times of Israel qu’avec seulement deux heures pour préparer l’hôtel, les soldats ont fait de leur mieux.

Elle reconnaît que la majorité des griefs exprimés par les résidents est justifiée, admettant qu’il y a eu de la « pagaille » à l’hôtel et que des initiatives visant à améliorer la situation ont été entreprises lundi soir.

« Jusqu’à hier soir, les résidents étaient dans le vrai », dit-elle au Times of Israel, promettant des améliorations rapides.

« Pas mieux traités que des prisonniers »

« Si on comprend bien qu’il est important de nous isoler, nous ne sommes pas mieux traités que des prisonniers en ce qui concerne l’accès à la nourriture et aux nécessités les plus basiques, ce qui est scandaleux. L’Etat d’Israël devrait avoir honte », commente Ellen Steel.

Ellen Steel dans sa chambre du Dan Panorama à Jérusalem le 22 décembre 2020. (Autorisation : Ellen Steel)

Elle s’entretient avec le Times of Israel depuis sa chambre au Dan Panorama où elle dort dans les draps qui, elle en est convaincue, ont été utilisés par le résident précédent qui se trouvait à l’hôtel en raison d’une suspicion d’infection au coronavirus, comme elle.

Steel affirme que les améliorations promises par l’armée se limitent, pour le moment, à des initiatives telles que distribuer d’importantes quantités d’eau minérale.

Comme un grand nombre d’autres résidents, elle a quitté le Royaume-Uni dimanche, avant que le gouvernement ne prenne la décision d’une mise en quarantaine obligatoire des citoyens qui arrivent sur le sol israélien – ce qui signifie qu’elle-même est arrivée sans rien qui puisse servir lors d’un séjour prolongé à l’hôtel et qu’elle a constaté, à son entrée au Dan Panorama, que peu de choses avaient été prévues.

« C’est une honte qu’Israël puisse se préparer à une guerre contre l’Iran en dix minutes environ mais que le pays ne puisse pas se préparer à organiser le séjour de citoyens à l’hôtel en s’assurant qu’ils auront accès aux nécessités de base – une quantité raisonnable de nourriture, de couches et de quoi faire des biberons pour les nourrissons », explique Steel.

« Cris et colère »

Pour Cohen, l’hôtel est devenu le lieu des « cris et de la colère » – des sentiments tellement forts que, lundi, 30 personnes ont contrevenu aux règles de quatorzaine en quittant leurs chambres et en allant protester à l’accueil. Certains sont ensuite sortis manifester quelques minutes à l’extérieur.

Des résidents réfléchissent à la possibilité d’en appeler à la Haute-cour pour obtenir le droit de rentrer chez eux avec un dispositif électronique qui permettrait de garantir qu’ils observent bien leur mise à l’isolement, pour trouver une alternative à l’hôtel.

Cohen raconte : « Avec mes enfants, il y a beaucoup de pleurs, des cauchemars. Il y a la police, il y a l’armée ; il y a les cris, les hurlements et les enfants ne comprennent pas ce qu’il se passe ».

« Ils ont faim parce que les repas arrivent avec plusieurs heures de retard et il est interdit de quitter la chambre pour demander à manger. Avoir des enfants qui s’attendent à prendre leur petit-déjeuner à 8 heures et qui doivent attendre qu’il soit distribué à 11 heures est très stressant ».

Shosh Shapira dans sa chambre du Dan Panorama à Jérusalem, le 22 décembre 2020. (Autorisation : Shosh Shapira)

Shosh Shapira, originaire de Raanana et mère de trois enfants, dit que la nourriture servie au Dan Panorama est « dégoûtante et insuffisante », consistant en un petit-déjeuner suivi de deux plateaux-repas ressemblant à ceux qui sont distribués dans les avions, dont les plats chauds arrivent froids. La communication d’informations de la part du Front intérieur est « non-existante » et personne ne sait ce qu’il se passe, ajoute-t-elle.

« Ici, à l’hôtel, il y a un grand sentiment d’insatisfaction », explique-t-elle

La plus grande inquiétude de Shapira, c’est que cette expérience de mise à l’isolement lui fasse contracter – avec une certaine ironie – le coronavirus et peut-être même la nouvelle souche britannique.

« Je suis inquiète, j’ai fait tellement attention depuis le mois de février et, à cause des négligences qui ont marqué notre transport vers l’hôtel, la manière dont on nous y a fait entrer, je pourrais bien l’avoir attrapé », explique-t-elle.

Après l’arrivée à l’aéroport, les militaires lui ont ordonné de montrer dans un bus qui était bondé et où, contrairement à l’avion, de nombreux passagers ne portaient pas le masque.

« On a attendu 40 minutes avant de partir et moi, je tapais à la fenêtre et je criais : ‘Ouvrez-moi, ouvrez la fenêtre, donnez-nous de l’air », dit-elle.

Les fenêtres et les portes sont restées fermées et de nombreux passagers sont restés sans masque jusqu’à l’arrivée à Jérusalem, deux heures plus tard.

« Là, on a été amenés à l’hôtel et c’était une scène de confusion totale », continue Shapira. « Tous les vols sont arrivés en même temps, aucune distanciation sociale n’a été respectée à la réception et certains ne portaient pas le masque ».

Des gens arrivent dans le hall bondé de l’hôtel Dan Panorama de Jérusalem, le 20 décembre 2020. (Autorisation : Shosh Shapira)

Le risque de contagion entraîné par le partage de certains objets dans les hôtels de quatorzaine était apparu clairement au mois de juin à Melbourne, en Australie, quand les autorités avaient fait savoir que de nombreux cas de coronavirus avaient été constatés chez des personnes respectant la distanciation sociale qui s’étaient échangé un briquet pour allumer une cigarette.

Shapira et d’autres résidents du Dan Panorama déclarent que lors de l’arrivée et de l’enregistrement, chacun a dû utiliser le même téléphone et porter le combiné au visage pour échanger avec le réceptionniste qui se trouvait derrière un écran en plastique. Le téléphone n’a été désinfecté à aucun moment.

« Quand j’ai utilisé ce téléphone que des centaines de personnes avaient porté au visage, je me suis dit que c’était répugnant au vu des inquiétudes liées à la contagion mais je n’ai pas eu le choix », note Shapira. « Il fallait l’utiliser pour obtenir une chambre, du savon et une serviette ».

« Maintenant, après ce qui s’est passé lors de notre arrivée, beaucoup s’inquiètent d’être malade », dit-elle.

La situation au Dan Panorama est « scandaleuse » et insupportable pour de nombreux Israéliens qui y effectuent actuellement leur quarantaine, continue-t-elle, ajoutant qu’elle s’interroge sur les capacités du Front intérieur à prendre en charge la situation quand il va falloir généraliser l’opération, mercredi.

« On veut que tout le monde aille dans les hôtels de quarantaine mais si ça s’est passé comme ça avec les passagers de Grande-Bretagne seulement, je ne sais vraiment pas comment ils vont y arriver », s’exclame-t-elle.

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