Rechercher

Jérusalem : Voyage dans les tranchées de l’histoire israélienne sur le mont Sion

Quand les Jordaniens avaient menacé les approvisionnements, avant qu'Israël n'unifie Jérusalem, les ingénieurs de Tsahal avaient construit une tranchée secrète, aujourd'hui rénovée

  • Une vue du tunnel du mont Sion et de la montée sur l'escalier Benny Marshak. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une vue du tunnel du mont Sion et de la montée sur l'escalier Benny Marshak. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une vue sur le quartier Mishkenot Shaananim à paqrtir du mont Sion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une vue sur le quartier Mishkenot Shaananim à paqrtir du mont Sion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une vue des remparts de la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une vue des remparts de la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le tunnel restauré du mont Sion, sous l'Institut des études en terre sainte de l'université de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le tunnel restauré du mont Sion, sous l'Institut des études en terre sainte de l'université de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une photo de la vue à l'intérieur des remparts de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une photo de la vue à l'intérieur des remparts de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Des termes bibliques relatifs à la ville du Jérusalem gravés dans le nouveau toit du tunnel du mont Sion, un toit qui permet au soleil d'entrer, illuminant ces termes d'une lumière dorée. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Des termes bibliques relatifs à la ville du Jérusalem gravés dans le nouveau toit du tunnel du mont Sion, un toit qui permet au soleil d'entrer, illuminant ces termes d'une lumière dorée. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Un point d'entrée et de sortie du tunnel du mont Sion, qui vient d'être rénové. (Crédit :  Shmuel Bar-Am)
    Un point d'entrée et de sortie du tunnel du mont Sion, qui vient d'être rénové. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une des entrées du tunnel du mont Sion qui vient d'être rénové, aux abords de l'University College de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une des entrées du tunnel du mont Sion qui vient d'être rénové, aux abords de l'University College de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La descente des marches vers le tunnel du mont Sion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La descente des marches vers le tunnel du mont Sion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Entre la guerre d’Indépendance de 1948 et la fin de la guerre des Six jours, en 1967, il s’est passé 19 années lors desquelles une partie de Jérusalem a été placée sous le contrôle d’Israël et une autre partie – dont la Vieille Ville et le mur Occidental – sous celui de la Jordanie.

Jérusalem a été divisée par une frontière truffée de mines, démarquée par du fer barbelé et des panneaux effrayants qui avertissaient : « Danger ! Défense d’entrer ! »

Cette zone était alors connue sous le nom de No Man’s Land.

Peu après la prise de contrôle par Israël de la totalité de Jérusalem et la réunification de la ville en 1967, presque tous les vestiges de cette division haïe ont rapidement disparu. Quand ce travail de destruction a été terminé, il n’est resté qu’un seul souvenir : un trou d’une grande laideur sur le versant du mont Sion, « décoré » ici et là à l’aide de gros morceaux d’étain.

Pendant plus de 50 ans, les habitants de Jérusalem ont observé cette horreur qui s’est remplie de détritus et de débris et qui semblait être malheureusement destinée à rester une souillure sine die sur le mont Sion. Ce qui était regrettable – non seulement parce que le mont Sion a une importance historique et religieuse à la fois pour les Juifs et les chrétiens, – mais aussi parce que ce trou était l’entrée d’une tranchée souterraine qui avait été construite par l’armée israélienne en 1948 et qui avait été un atout déterminant avant la Guerre des Six jours.

L’année dernière, le site a connu une forte activité et, début septembre, la portion du tunnel du mont Sion, restaurée, a officiellement ouvert ses portes au public. Une petite banquette circulaire adorable, située à l’entrée, donne l’occasion aux guides touristiques d’expliquer l’histoire du site avant de pénétrer dans le tunnel – ou permet simplement aux visiteurs de se reposer et de profiter d’une très belle vue de la ville.

Financé par le ministère de Jérusalem et du patrimoine, le projet a coûté 2,5 millions de shekels et il constitue un bel hommage rendu à l’ingéniosité du Corps d’ingénierie de combat (CEC).

La descente des marches vers le tunnel du mont Sion. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le CEC, qui était initialement formé de vétérans juifs issus des Royal Engineers britanniques, avait été établi au tout début de la guerre d’Indépendance, en 1948. Il a pris part depuis à tous les conflits connus par l’État juif.

Nous nous sommes aventurés sur les remparts qui relient la porte de Jaffa à la porte de Sion – des remparts qui, dans le passé, ont abrité les soldats jordaniens – en compagnie de Gura Berger, porte-parole de la compagnie de développement de Jérusalem-Est (PAMI). Berger a suggéré qu’au cours de cette escapade, nous nous mettions dans la peau des snipers jordaniens qui se tenaient là avant l’unification de Jérusalem, nous révélant où les soldats jordaniens, en proie à l’ennui, avaient gravé des graffitis dans la pierre.

À l’époque, la Jordanie occupait la Vieille Ville, à l’intérieur des murs, tandis que le mont Sion – qui ne se situe qu’à quelques mètres au sud et qui est complètement isolé du reste de la Jérusalem juive – était sous le contrôle des Israéliens.

Enfant, au début des années 1960, le mari de Berger était élève dans une école située directement de l’autre côté des remparts. Depuis les fenêtres de la salle de classe – hors de portée des armes – les petits pouvaient facilement apercevoir les sacs de sable en haut des murailles fortifiées et les soldats prêts à dégainer.

Illustration : Des soldats de la Légion arabe sur les remparts de la Vieille Ville de Jérusalem en 1948. (Crédit : Domaine public)

Alors que les Jordaniens prenaient pour cible tout type de convoi militaire et médical, il était alors impossible de transférer des approvisionnements et des équipements de la partie de Jérusalem sous contrôle israélien jusqu’au mont Sion, ou de transporter des blessés ou des morts depuis le mont Sion jusqu’au territoire israélien.

La solution avait alors consisté en une tranchée qui partait d’un terrain situé sous un aqueduc, dans le quartier Mishkenot Shaananim du 19e siècle, avant de traverser la vallée et de monter dans les flancs du mont Sion. Ses murs avaient été construits en ciment et elle était partiellement recouverte par un toit en étain, qui disparaissait sous une couche de terre – étroite, raide, sinueuse, la tranchée devait être dissimulée aux regards.

En parcourant les remparts, en grimpant et en redescendant quelques-unes des 37 tours construites dans les murs et en examinant les fortifications, nous avons pu constater combien il devait être facile pour les snipers jordaniens de frapper des cibles israéliennes.

Une photo de la vue à l’intérieur des remparts de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les tours offraient une protection aux soldats jordaniens, et elles étaient parfaites pour l’organisation des troupes et pour ouvrir le feu. Mais si nous nous sommes arrêtés à plusieurs reprises pour chercher des yeux le tunnel sur le mont Sion, nous nous sommes rendus compte qu’indépendamment du lieu où nous nous trouvions, il était impossible de l’apercevoir.

Et quand nous sommes arrivés à l’angle le plus au sud et que nous avons bifurqué vers la porte de Sion, nous avons aperçu une boîte accrochée à une fenêtre de manière incongrue, de l’autre côté de la vallée de Hinnom Valley. Le tunnel, malheureusement, ne permettait pas de transporter assez rapidement les importantes quantités d’approvisionnement nécessaires pour répondre aux besoins de l’armée.

Pour résoudre ce problème, un ingénieur du CEC, Uriel Hefetz, avait créé une télécabine pour compléter les services assurés par le tunnel. Elle partait de ce qui est devenu aujourd’hui l’hôtel du mont Sion et elle arrivait à l’intérieur de l’University College, également connu sous le nom d’Institut d’études en Terre sainte, sur la montagne, à Jérusalem.

Une vue des remparts de la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

(Hefetz est connu pour sa bravoure pendant la guerre de l’Indépendance – mais cet héroïsme ne s’est pas arrêté là. À 51 ans, quand Israël a été attaqué sur de multiples fronts pendant Yom Kippour – la date la plus sainte du calendrier juif – en 1973, Hefetz est immédiatement parti sur le front syrien. Là-bas, il a passé trois semaines à évacuer des soldats blessés sur le champ de bataille et il a sauvé la vie d’au moins l’un d’entre eux, qui avait été grièvement blessé. Hefetz l’a sorti d’un tank endommagé et l’a mis en sécurité.)

Comme le tunnel, la télécabine n’a jamais été découverte par les Jordaniens. Elle fonctionnait la nuit et elle regagnait le fond de la vallée le jour. En plus de la cabine, le câble est encore visible aujourd’hui depuis l’angle des remparts, hébergé dans un musée merveilleux à l’intérieur de l’hôtel du mont Sion qui est actuellement temporairement fermé pour travaux.

Notre plan était de traverser le tunnel de haut en bas. Il débouche sur Hativat Yerushalayim (rue de la Brigade de Jérusalem) – une route tout en bas, le long de la Vieille Ville. C’est la seule portion qu’il reste de la tranchée originale : les autres ont disparu il y a longtemps.

À l’extérieur de la porte de Sion, un mur qui date probablement de l’époque hasmonéenne, il y a plus de 2 000 ans. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Après la descente à la porte de Sion et après l’avoir traversée, nous nous sommes dirigés vers le Jerusalem College. Impossible encore une fois d’apercevoir la tranchée – mais nous avons pu découvrir un panorama enthousiasmant de l’histoire juive. Une partie du mur, à la gauche de l’entrée, remonte presque certainement à la période hasmonéenne – celle des rois et des prêtres Juifs qui ont gouverné la Terre sainte il y a 2 000 ans.

Enfin, après avoir descendu des dizaines de marche, juste en-dessous de l’Institut, nous avons pu porter notre regard sur l’ouverture du tunnel.

Moshe Shapiro, expert dans le domaine de la préservation des sites historiques, est l’architecte qui a assumé la responsabilité de la restauration du tunnel du mont Sion. S’il a procédé à des changements minimalistes dans la tranchée initiale, il y a toutefois un changement significatif.

À l’origine, a expliqué Shapiro, la terre qui recouvrait le toit en étain et dissimulait le tunnel empêchait toute lumière d’y entrer et toutes les activités, à l’intérieur, se faisaient dans l’obscurité.

Le tunnel restauré du mont Sion, sous l’Institut des études en terre sainte de l’université de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Au fil des années, la terre s’est dégagée et la lumière a commencé à percer à travers les fissures qui étaient apparues dans l’étain. Pendant les travaux de restauration, Shapiro a décidé de renforcer cette luminosité en utilisant de l’acier oxydé pour le toit. Et non seulement cet acier donne l’impression d’un étain rouillé, note-t-il, mais il prévient la corrosion.

Dans ce toit en acier, Shapiro a gravé des mots figurant parmi les 70 termes utilisés dans la Bible pour décrire la Ville sainte de Jérusalem. Au crépuscule, dit-il, ces mots semblent avoir été écrits avec de l’or.

Des termes bibliques relatifs à la ville de Jérusalem gravés dans le nouveau toit du tunnel du mont Sion, un toit qui permet au soleil d’entrer, illuminant ces termes d’une lumière dorée. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Ce tunnel restauré est un hommage merveilleux rendu à l’ingéniosité de Tsahal et à l’Histoire moderne de la ville. Il est ouvert au public tous les jours de 8h du matin à 17h. L’accès est gratuit. Il y a deux entrées – pour descendre le tunnel, l’entrée se trouve sous le Jerusalem College – ou pour le remonter, l’entrée se trouve sur la rue Hativat Yerushalayim.

Quoi qu’il en soit, il faudra emprunter au retour les escaliers adjacents qui portent le nom de Benny Marshak, officier de la milice clandestine Palmach qui avait été créée par les Juifs dans la Palestine sous mandat britannique. Marshak a participé à la conquête israélienne du mont Sion en 1948 et à l’entrée conséquente des forces juives dans la Vieille Ville (l’unité avait néanmoins dû battre en retraite peu après en l’absence de l’arrivée de renforts).

Aviva Bar-Am est l’auteur de sept guides en langue anglaise sur Israël.

Shmuel Bar-Am est un guide touristique agréé qui propose des visites privées et personnalisées en Israël pour les particuliers, les familles et les petits groupes.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...