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Joe Biden en route pour sa première tournée au Moyen-Orient

Un véritable exercice d'équilibriste entre le conflit israélo-palestinien, les tensions avec l'Iran et les négociations avec la puissance pétrolière saoudienne

Les travailleurs de Waldorf Astoria se préparent pour la visite du président américain Joe Biden, à l'hôtel Waldorf Astoria de Jérusalem, le 12 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les travailleurs de Waldorf Astoria se préparent pour la visite du président américain Joe Biden, à l'hôtel Waldorf Astoria de Jérusalem, le 12 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président américain Joe Biden est attendu mercredi en Israël à l’occasion de sa première tournée au Moyen-Orient.

Air Force One a quitté le sol américain et doit se poser vers 15H30 (12H30 GMT) à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, où M. Biden sera accueilli par le président Isaac Herzog et le Premier ministre Yaïr Lapid.

Et, aussitôt l’armée israélienne lui fera sur place une démonstration de ses technologies, incluant un laser anti-drones.

« Les discussions (avec M. Biden) se concentreront surtout et avant tout sur l’Iran », a déclaré cette semaine M. Lapid, Premier ministre intérimaire jusqu’aux élections anticipées du 1er novembre.

Joe Biden, vétéran de la scène politique américaine, avait visité pour la première fois Israël en 1973, quand ce pays était, sous la houlette de Golda Meir, un allié de l’Iran du Shah.

A gauche, le tout nouveau jeune sénateur démocrate du Delaware, Joe Biden, au Capitole de Washington, le 13 octobre 1972 – à droite, la Première ministre israélienne Golda Meir s’exprime devant les Nations unies le 22 d’octobre 1970. (Crédit : AP photos)

Aujourd’hui, Israël tente d’empêcher les puissances occidentales, dont les Etats-Unis, de remettre sur les rails un pacte international de 2015 encadrant le programme nucléaire iranien, que Donald Trump a sabordé en 2018.

Avec une éventuelle levée des sanctions américaines contre l’Iran, l’Etat hébreu redoute qu’un accord ne fasse gonfler l’aide fournie par Téhéran à des alliés comme les groupes terroristes du Hezbollah libanais et du Hamas palestinien. Israël cherche à réduire l’influence iranienne, via entre autres sa « nouvelle architecture » du Moyen-Orient, alliance plus ou moins officielle de pays hostiles à Téhéran et ses « proxys » régionaux comme le Hezbollah au Liban.

« Si les visites des responsables américains dans les pays de la région ont comme objectif de renforcer la position du régime sioniste (Israël, ndlr) et normaliser ses relations avec certains Etats, ces efforts n’apporteront pas la sécurité » à Israël, a déclaré mercredi Ebrahim Raïssi, selon un communiqué de la présidence iranienne.

Des travailleurs de la résidence du président israélien se préparent pour la visite du président américain Joe Biden, à la résidence du président à Jérusalem, le 11 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La police va déployer quelque 16 000 hommes pendant la visite. De nombreuses routes seront fermées et à Jérusalem où les policiers quadrillent le centre-ville.

« Bienvenue Monsieur le Président », titre une partie de la presse israélienne, alors que sur la rue King David à Jérusalem, où logera Joe Biden, les poteaux ont été coiffés de drapeaux américains pour marquer cette première visite d’un chef d’Etat américain depuis le républicain Donald Trump en 2017.

Le conseiller à la sécurité nationale américain Jake Sullivan a assuré lundi que Washington avait rétabli avec les Palestiniens « des liens diplomatiques quasiment coupés ». Il a énuméré un soutien financier rétabli et le soutien « sans équivoque » de Washington à une solution « à deux Etats », palestinien et israélien.

Malgré une demande, aucune rencontre n’est prévue avec la famille de Shireen Abu Akleh, la journaliste américano-palestinienne de la chaîne du Qatar Al-Jazeera tuée par balle en mai lors d’une opération israélienne en Cisjordanie.

L’ONU, Al-Jazeera, le Qatar, la famille Abu Akleh et différentes enquêtes journalistiques soutiennent que le tir provenait d’un soldat israélien, un scénario jugé « vraisemblable » par les Etats-Unis qui ont tenu cependant à écarter l’hypothèse d’un tir délibéré.

Outre les dirigeants israéliens, M. Biden doit rencontrer jeudi le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu.

Vendredi, Joe Biden rencontre à Bethléem en Cisjordanie le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

S’il clame prendre le contrepied de Donald Trump, le démocrate de 79 ans n’a pas rouvert le consulat américain à Jérusalem-Est, pas plus qu’il n’a vraiment cherché à relancer le processus de paix.

« Jusqu’à présent, nous n’entendons que des mots vides de sens et nous ne voyons aucun résultat », a dit Jibril Rajoub, un responsable palestinien.

Le haut responsable du Fatah Jibril Rajoub, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, assiste par vidéoconférence à une réunion avec le chef adjoint du Hamas Saleh Arouri (non vu) pour discuter du plan d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie par Israël, le 2 juillet 2020. (ABBAS MOMANI / AFP)

Autre sujet crucial : la perspective, encore bien hypothétique, d’une normalisation entre l’Arabie saoudite et Israël qui a établi des liens avec plusieurs pays arabes ces dernières années.

Joe Biden tracera un trait d’union symbolique entre les deux pays en effectuant un vol direct inédit vendredi Tel-Aviv-Jeddah.

« Le fait que le président Biden vole directement en Arabie saoudite résume la dynamique des derniers mois. Il y a une relation délicate, fragile, nouvelle, à plusieurs égards. Et nous espérons et agissons de façon à ce qu’il s’agisse des premiers pas, du début, d’un processus de normalisation », a déclaré à la presse un haut responsable israélien.

« Nous ne pouvons pas imaginer le futur du Moyen-Orient sans normalisation des relations entre Israël et l’ensemble de ses voisins, incluant l’Arabie saoudite », a ajouté ce responsable requérant l’anonymat.
L’administration Biden voudrait par ailleurs obtenir du royaume saoudien, allié stratégique des Etats-Unis et premier exportateur de brut mondial, qu’il ouvre les vannes pour calmer l’envolée des cours de l’or noir et apaiser l’inflation.

En campagne, Joe Biden voulait réduire le royaume au rang de « paria » après l’assassinat en 2018 du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Elu, il a déclassifié un rapport concluant que le prince héritier et homme fort du royaume Mohammed ben Salmane, dit « MBS », avait « validé » ce meurtre.

Samedi à Jeddah, il est prévu qu’il rencontre « MBS ».

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