Jordanie: avec la pandémie, une maquilleuse devient star des réseaux sociaux
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Jordanie: avec la pandémie, une maquilleuse devient star des réseaux sociaux

Sans travail à son retour à Amman, le succès d'Alaa Bliha sur les réseaux lui a offert deux offres d'emploi pour la télévision, l'une jordanienne et l'autre palestinienne

La maquilleuse jordanienne Alaa Bliha, 27 ans, à Amman, le 2 février 2021. (Crédit : AFP)
La maquilleuse jordanienne Alaa Bliha, 27 ans, à Amman, le 2 février 2021. (Crédit : AFP)

Une jeune maquilleuse jordanienne est devenue en pleine pandémie de coronavirus la coqueluche des réseaux sociaux de son pays, réalisant chaque jour des vidéos humoristiques dans lesquelles elle se maquille pour ressembler à des célébrités arabes ou étrangères.

Confinée chez elle, Alaa Bliha s’est lancée dans ses vidéos pour ne pas déprimer, elle qui avait perdu son travail de maquilleuse à Bahreïn et dû rentrer en Jordanie en raison de l’épidémie.

Dans le sous-sol d’un immeuble du nord d’Amman où elle vit avec sa mère et son jeune frère, elle s’est mise dans la peau de dizaines de personnalités, de l’ancien président américain Donald Trump à la reine Elizabeth II, en passant par l’actrice Angelina Jolie, le chanteur Michael Jackson ou le footballeur Cristiano Ronaldo.

« Tout le monde souffrait et je voulais apporter de la joie dans le coeur des gens », explique-t-elle.

Sans imaginer que le succès serait au rendez-vous, la femme de 27 ans conquiert en quelques mois des milliers de fans sur les réseaux sociaux. Elle compte désormais près de 30 000 abonnés sur Tik Tok et quelque 233 000 sur Instagram.

La maquilleuse jordanienne Alaa Bliha, grimée en reine Elizabeth, à Amman, le 2 février 2021. (Crédit : AFP)

« J’ai été surprise par l’enthousiasme que j’ai suscité et les encouragements que j’ai reçus », admet-elle.

« Tu es très drôle », « Je meurs de rire », « Tu es formidable, continue », commentent des internautes sous ses publications.

« Devenir quelqu’un d’autre »

Les artistes arabes ont aussi une place de choix dans les courtes vidéos de la jeune femme, tantôt transformée en Oum Kalthoum, la diva égyptienne, tantôt en Fairouz, l’icône libanaise.

Le chanteur syro-égyptien Farid el-Atrache ou l’acteur égyptien Adel Imam ont eux aussi été singés, tout comme le chanteur émirati Abdullah Bilkhair, dont l’imitation par Mme Bliha a été visionnée plus d’un demi million de fois sur Tik Tok.

Chaque maquillage demande un travail minutieux pour cette diplômée en arts visuels. Alaa Bliha étudie ses personnages et se grime pendant trois à sept heures devant son miroir à l’aide des produits cosmétiques, pinceaux, perruques et lentilles colorées qui remplissent sa chambre.

Elle enregistre ensuite des morceaux d’interviews ou de chansons de la personnalité choisie et mime les propos avec ses lèvres.

« Je passe des journées entières à regarder des vidéos, pour saisir leur démarche, leur manière de se vêtir, de fumer. Mon personnage me conduit à devenir quelqu’un d’autre. C’est une sensation très particulière », explique-t-elle.

De quoi s’occuper et faire face aux mesures drastiques mises en place par le gouvernement jordanien pour limiter la propagation du virus, que ce soit le confinement général de trois mois ou le couvre-feu qui a suivi.

Le royaume a enregistré quelque 330 000 cas confirmés de coronavirus depuis mars 2020, dont plus de 4 300 décès.

« Découvrir nos talents »

Pour ses prochaines vidéos, la maquilleuse veut imiter l’ex-président libyen Mouammar Kadhafi, le chef d’Etat égyptien Abdel Fattah Al-Sissi ou encore l’ancien candidat à la présidentielle américaine, Bernie Sanders.

Une cause lui tient particulièrement à cœur : les violences faites aux femmes. Le 25 novembre, pour la journée internationale dédiée à ce combat, elle a publié des photos et une vidéo saisissante d’elle avec des traces de coups.

« Tout n’est pas divertissant dans la vie. Il y a des femmes qui sont victimes de violence et de persécution. Il faut que cela cesse », assène-t-elle.

Sans travail à son retour à Amman au début de la pandémie, son succès sur les réseaux lui a offert deux offres d’emploi pour deux chaînes de télévision, l’une jordanienne et l’autre palestinienne.

« Dieu nous a donné du temps avec la pandémie et cela nous a permis de découvrir nos talents », se réjouit-elle.

L’acteur et scénariste jordanien Omar Zorba l’a aussi embauchée comme maquilleuse pour un feuilleton comique de 15 épisodes diffusé lors du prochain ramadan. Et il ne tarit pas d’éloges.

« Pendant le confinement, j’ai découvert sur Instagram qu’elle m’avait imité de manière saisissante », raconte-t-il à l’AFP.

« Elle est capable de modifier complètement les traits du visage des acteurs, pour leur permettre de jouer deux rôles différents dans la même série. Franchement, je n’ai pas vu en Jordanie une maquilleuse dotée d’un tel savoir-faire », assure-t-il.

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