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Kahana : l’idée que la solution à deux Etats apporterait la paix est « absurde »

L’éminent membre de la coalition s’est aussi excusé d’avoir dit que "s’il y avait un bouton pour les envoyer par train express pour la Suisse... j’appuierais dessus"

Matan Kahana, alors ministre des affaires religieuses, arrive à une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 1er mai 2022. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)
Matan Kahana, alors ministre des affaires religieuses, arrive à une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 1er mai 2022. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

Matan Kahana, éminent membre de la coalition s’est indigné, mardi, après la diffusion d’un enregistrement donnant à entendre ses propos, à savoir qu’il expulserait volontiers tous les Arabes de Terre Sainte s’il existait un bouton magique pour le faire. En réponse aux nombreuses critiques, le vice-ministre des Affaires religieuses, Matan Kahana, a indiqué s’être mal exprimé.

Kahana, qui appartient au parti de droite Yamina, dirigé par le Premier ministre Naftali Bennett, évoquait le conflit israélo-palestinien, lundi, dans un lycée de l’implantation d’Efrat, au sud de Jérusalem. Dans une vidéo diffusée par la chaîne publique Kan, on voit Kahana expliquer qu’il ne croyait pas la paix possible avec les Palestiniens à court terme, et que les parties resteraient dans l’impasse.

« S’il existait un bouton sur lequel appuyer pour faire disparaître tous les Arabes, les envoyer par train express pour la Suisse – pour y être heureux, car je leur souhaite le meilleur – j’appuierais volontiers dessus », a-t-il déclaré.

« Mais ce bouton n’existe pas », a-t-il poursuivi. « Apparemment, c’est notre destin de vivre ici [ensemble] sur cette terre, d’une manière ou d’une autre. »

On entend également Kahana – jusqu’à récemment ministre des Affaires religieuses – manifester son opposition à la solution à deux États, affirmant que l’idée qu’elle apporterait la paix était « absurde », puisque les Palestiniens « n’abandonneraient jamais Beit Gamliel et Sheikh Munis – l’université de Tel Aviv »… référence au village palestinien que les habitants ont quitté en 1948, qui accueille aujourd’hui des locaux de l’université.

« Les Arabes se racontent une histoire différente, nous savons que c’est faux et absurde », a déclaré Kahana. « Ils se disent que ce sont eux qui ont toujours vécu ici et que nous les avons expulsés. »

Ces propos ont été condamnés par plusieurs députés, parmi lesquels des députés du parti de la coalition Raam, entré dans l’histoire l’an dernier en devenant le premier parti arabe à rejoindre une coalition israélienne. L’improbable coalition s’est considérablement affaiblie ces derniers temps, à la défaveur de la défection ou du vote contestataire ou abstentionniste de députés de plusieurs partis.

« Matan Kahana, nous sommes ici parce que c’est notre patrie », a répondu le député Raam Walid Taha. « Vous, et ceux qui pensent comme vous, continuerez à ronger votre frein parce que nous ne disparaitrons pas de sitôt. »

Walid Taha, député du parti Raam, assiste à une réunion du comité d’organisation de la Knesset, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le député Ahmad Tibi, du parti d’opposition à prédominance arabe Liste arabe unie, a écrit sur Twitter : « Il y a un bouton qui vous fera disparaître du gouvernement et de la Knesset. Je vais très bientôt appuyer dessus », en référence manifeste aux fragilités de la coalition et au projet de motion pour dissoudre la Knesset et convoquer de nouvelles élections.

Le député de coalition Eli Avidar, du parti de droite Yisrael Beytenu, a également critiqué Kahana.

« Ces propos sont épouvantables. C’est honteux », a-t-il déclaré. « Les Arabes sont des citoyens israéliens et ils ont le droit d’être là. Ce dont nous devrions nous débarrasser, c’est de tous ces propos et opinions sectaires. »

Le chef du parti d’Avidar, Avigdor Liberman, a longtemps fondé sa carrière politique sur le sentiment anti-arabe, en affirmant que nombre d’Arabes israéliens « devraient se trouver un autre endroit ».

Toujours en réponse aux critiques, Kahana a reconnu mardi matin avoir « mal choisi ses mots ».

« Dans une conversation que j’ai eue hier soir avec des étudiants, j’ai rappelé que ni nous ni les Arabes n’irions ailleurs, raison pour laquelle il nous fallait trouver le moyen de vivre ici ensemble », a-t-il écrit dans un tweet. « Le gouvernement actuel est un premier pas important dans cette direction. Je me suis très mal exprimé. »

Selon les médias israéliens, Kahana aurait d’abord appelé Tibi pour lui présenter ses excuses. Ce dernier aurait exigé qu’il fasse des excuses publiques et aurait déclaré : « Le conflit est une chose, mais je ne dirai jamais que les Juifs devraient être déportés par train. C’est quelque chose de terrible.»

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