Kalifat : comparer l’interdiction du burkini à l’Holocauste est indécent
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Kalifat : comparer l’interdiction du burkini à l’Holocauste est indécent

Le président du CRIF critique un politicien de gauche qui a déclaré que les musulmans étaient persécutés comme les juifs l’avaient été

Francis Kalifat, président du CRIF, à Paris, le 29 mai 2016. (Crédit : François Guillot/AFP)
Francis Kalifat, président du CRIF, à Paris, le 29 mai 2016. (Crédit : François Guillot/AFP)

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, le CRIF, a condamné la comparaison d’un homme politique entre l’interdiction des tenues de baignade pudiques de certaines musulmanes et la persécution des juifs français pendant l’Holocauste.

Francis Kalifat, président du CRIF, a fait sa première déclaration publique du débat sur le burkini dans un communiqué publié vendredi sur le site internet de l’association, deux semaines après que la première de 30 municipalités françaises a publié un arrêté interdisant la tenue de baignade. La plus haute cour de France, le conseil d’Etat, a estimé vendredi que ces interdictions étaient illégales.

Dans son communiqué, Kalifat a condamné les tweets de Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de Gauche, qui a déclaré qu’en France, « les juifs avaient été persécutés, puis les protestants, et aujourd’hui les musulmans. »

Kalifat a déclaré que l’allusion de Mélenchon à l’Holocauste, pendant lequel un quart de la communauté juive française a été assassiné par les nazis et leurs collaborateurs français, atteignait « les sommets de l’absurde et de l’indécence ». Ces remarques, a déclaré Kalifat, sont conçues « pour attirer l’attention et instrumentaliser les polémiques ».

Kalifat a également demandé aux politiciens de condamner les remarques de Mélenchon.

« Ce relativisme et le parallèle sont totalement inacceptables et doivent être dénoncés, a écrit Kalifat. Profiter de la polémique actuelle pour assimiler les arrêtés ‘anti burkini’ à la Saint-Barthélemy et à la Shoah est indigne et nauséabond. »

La déclaration de Kalifat ne faisait aucune référence à l’interdiction en elle-même, qui est, d’après ses détracteurs, discriminatoire envers les musulmans et constituent une atteinte à leur liberté individuelle.

Manuel Valls pendant un débat sur l'islam radical, le 4 avril 2016. (Crédit : Lionel Bonaventure/AFP)
Manuel Valls pendant un débat sur l’islam radical, le 4 avril 2016. (Crédit : Lionel Bonaventure/AFP)

Le Premier ministre français Manuel Valls a défendu les interdictions, émises pour contrer « un projet politique […] conçu pour perpétrer la servitude des femmes. »

Certains des critiques de l’interdiction ont averti qu’elle pourrait mettre un frein à d’autres libertés religieuses, dont celles des femmes juifs orthodoxes qui, comme beaucoup de musulmanes pratiquantes, considèrent qu’elles ont l’obligation de couvrir leurs corps presque complètement pour se conformer aux lois religieuses sur la pudeur.

Le Conseil des députés britanniques juifs avait déploré mercredi le « harcèlement » des nageuses musulmanes par la police à Nice pour mettre en place l’interdiction. Il s’agissait d’un geste rare du Conseil, qui commente rarement les sujets de politique étrangère sans consulter les dirigeants juifs locaux.

Moshe Sebbag, rabbin de la Grande Synagogue de Paris, avait reconnu mardi pendant un entretien avec JTA que d’autres dirigeants juifs français étaient réticents à s’exprimer sur ce sujet.

« C’est un sujet compliqué, et les deux parties ont des arguments convaincants », avait déclaré Sebbag, ajoutant que l’Etat française était un « pays laïc avec une liberté religieuse ».

Les rabbins Yechiel Eckstein, à gauche, et Moshe Sebbag à la Grande Synagogue de Paris, le 27 juin 2016 (Crédit : Cnaan Liphshiz / JTA)
Les rabbins Yechiel Eckstein, à gauche, et Moshe Sebbag à la Grande Synagogue de Paris, le 27 juin 2016 (Crédit : Cnaan Liphshiz / JTA)

Mais Sebbag avait finalement défendu l’interdiction, dont les partisans, avait-il déclaré, « comprennent aujourd’hui qu’il existe une guerre religieuse, une prise de pouvoir de l’établissement laïc de la république française, et c’est ce qu’ils trouvent inacceptable. »

Quand il lui avait été demandé s’il était d’accord avec l’interdiction des burkinis, il avait répondu que « oui, parce que vous voyez que ce [burkini] n’est pas innocent, ça envoie un message. »

Selon les autorités françaises, les islamistes français ont tué 12 personnes depuis 2012 pendant des attaques contre des cibles juives en France et en Belgique. La majorité des environ 200 agressions antisémites violentes enregistrées en France tous les ans sont perpétrés par des personnes dont la famille est musulmane, selon le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA).

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