Karin Kneissl nie avoir comparé le sionisme au nazisme
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Interview

Karin Kneissl nie avoir comparé le sionisme au nazisme

Boycottée par Jérusalem en raison de son affiliation avec l'extrême-droite, la ministre des Affaires étrangères autrichienne affirme le statut d'Israël en tant qu'Etat juif

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Karin Kneissl, ministre autrichienne des Affaires étrangères, donne une conférence de presse à la suite d'une rencontre avec son homologue italien le 16 janvier 2018 à Rome (PHOTO AFP / TIZIANA FABI)
Karin Kneissl, ministre autrichienne des Affaires étrangères, donne une conférence de presse à la suite d'une rencontre avec son homologue italien le 16 janvier 2018 à Rome (PHOTO AFP / TIZIANA FABI)

Le sionisme ne peut être assimilé au nazisme, a déclaré la nouvelle ministre des Affaires étrangères autrichienne, rejetant les accusations selon lesquelles elle avait fait une telle comparaison dans le passé.

Dans un long entretien avec le Times of Israël, Karin Kneissl a défendu le Parti de la liberté, un parti d’extrême droite, affirmant que ni son leader Heinz-Christian Strache ni ses autres membres n’avaient des tendances antisémites.

Kneissl, qui a été nommée par le Parti pour la liberté, mais qui n’en est pas officiellement membre, a également réaffirmé l’engagement de son gouvernement envers la sécurité d’Israël et a même soutenu la demande du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux Palestiniens de reconnaître Israël comme un Etat juif.

Dans le même temps, Kneissl, qui a passé de nombreuses années au Moyen-Orient et qui parle couramment l’hébreu et l’arabe, a indiqué que le nouveau chancelier Sebastian Kurz rejetait la reconnaissance par l’administration américaine de Jérusalem comme capitale d’Israël. Elle a aussi critiqué la construction d’implantations israéliennes et a appelé à des « avancées positives » en faveur de la reprise des négociations de paix qui doivent mener à la mise en œuvre d’une solution à deux Etats dans le conflit israélo-palestinien.

« Insinuer une quelconque comparaison entre le nazisme et le sionisme est un non-sens absolu. Je n’ai jamais fait une telle comparaison », a confié Kneissl au Times of Israël.

« J’ai simplement souligné un fait historique : Theodor Herzl a certainement été inspiré par les aspirations nationalistes qui ont traversé de nombreux pays européens au cours du 19e siècle. On doit toujours replacer les choses dans un contexte historique. »

Lorsqu’elle avait été nommée à son poste au mois de décembre, cette native de Vienne, âgée de 52 ans, avait fait les gros titres en Israël après avoir qualifié le sionisme « d’idéologie de sang et de sol basée sur le nationalisme allemand » à ses tout débuts.

Cette citation, extraite de son livre Mon Moyen-Orient publié en 2014, avait amené certains observateurs à penser qu’elle faisait une liaison entre sionisme et nazisme.

« Certains journalistes n’ont repris qu’une seule ligne du livre sans en expliquer le contenu », a-t-elle expliqué au Times of Israël. « Ce qui est important aujourd’hui, c’est que le nouveau gouvernement autrichien sommes et moi-même resterons engagés envers Israël en tant qu’Etat juif et envers une solution à deux Etats, où Israël et la Palestine vivraient côte à côte, dans la paix et la prospérité ».

Sebastian Kurz, à gauche, alors ministre autrichien des Affaires étrangères, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 23 avril 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Etant donné son affiliation (même si elle reste officieuse) au Parti pour la liberté, connu sous son acronyme allemand FPÖ, les responsables du gouvernement israélien ne se sont pas engagés auprès de Kneissl, même si elle a affirmé que plusieurs hauts-responsables de Jérusalem l’avaient félicitée lorsqu’elle est devenue ministre des Affaires étrangères le mois dernier.

Au mois de décembre, l’Etat juif a fait savoir qu’il limiterait ses contacts avec les ministères dirigés par le FPÖ et qu’il ne traiterait qu’avec les fonctionnaires subalternes. Cette mesure concernait notamment Kneissl, au moins pour le moment, avaient alors fait savoir des responsables du ministère des Affaires étrangères au Times of Israël.

« Nous verrons ce qu’il se passera dans le mois qui vient mais je suis convaincue que nous trouverons un moyen d’interaction qui soit mutuellement respectueux avec le gouvernement israélien à l’avenir », a-t-elle dit.

La communauté juive autrichienne refuse d’avoir des contacts avec les politiciens du FPÖ et les leaders juifs du monde entier ont mis en garde Jérusalem contre une coopération avec le parti, affirmant que ses membres adoptaient toujours des positionnements antisémites et racistes.

Le FPÖ est connu pour être le refuge politique de néo-nazis et de xénophobes, mais, ces dernières années, le mouvements a tenté de prendre ses distances avec de tels opinions.

Des manifestants brandissent des bannières dénonçant le futur chancelier Sebastian Kurz et le prochain vice-chancelier du parti d’extrême-droite de la Liberté (FPO) Christian Strache durant une manifestation contre le nouveau gouvernement autrichien aux abords du palais présidentiel durant l’investiture du nouveau gouvernement autrichien à Vienne, en Autriche, le 18 décembre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / JOE KLAMAR)

« Le gouvernement autrichien a une position claire envers Israël dans son programme de coalition. Et je ne vois donc pas quel est le problème », a affirmé Kneissl.

« Le chef du FPÖ et vice-chancelier Heinz-Christian Strache a également souligné de manière répétée que l’antisémitisme n’avait pas sa place dans le parti. Dans la mesure où j’ai appris à le connaître, lui et les autres membres du parti, je peux vous affirmer qu’aucun d’entre eux n’est antisémite ni ne tolère l’antisémitisme ».

Tout accord futur sur l’application de la solution à deux Etats est inconcevable sans une reconnaissance mutuelle pleine et entière

Kneissl, qui a consacré sa thèse de doctorat en droit international au concept des frontières au Moyen-Orient, a souligné que l’accord de coalition passé entre le FPÖ et le parti populaire de Kurz, incluait un « engagement [explicite] envers Israël en tant qu’Etat juif avec l’objectif d’une solution à deux Etats qui permettra un Israël entouré en permanence de frontières sûres et un Etat palestinien stable ».

« Tout accord futur sur la mise en œuvre de la solution à deux Etats est inconcevable sans une reconnaissance mutuelle pleine et entière » a-t-elle expliqué.

D’un autre côté, elle a insisté sur le fait que les activités des implantations « menacent de saper encore davantage les perspectives d’une solution à deux Etats viable, qui reste la seule issue réaliste permettant d’offrir une perspective de paix et de prospérité pour les Israéliens et pour les Palestiniens ». Par conséquent, « des avancées positives sont absolument nécessaires pour créer un climat politique qui puissent permettre la reprise de négociations significatives et crédibles ».

Retrouvez ci-dessus la retranscription complète de l’entretien avec Karin Kneissl :

Le Times of Israël : Quelle est votre position sur le statut de Jérusalem ? Etes-vous d’accord avec la position adoptée par l’UE selon laquelle Jérusalem doit être la capitale de deux Etats – Israël et la Palestine – et qu’aucun changement ne doit intervenir dans le statu quo avant un accord de paix sur un statut final ?

Karin Kneissl : Les Etats membres de l’Union européenne partagent le consensus international sur Jérusalem incarné par la Résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations unies. La « question de Jérusalem » est l’une des questions essentielles concernant le statut final qu’Israël et l’Organisation de libération de la Palestine ont accepté de résoudre via des négociations bilatérales. Le résultat de telles négociations doit répondre aux aspirations des deux parties en trouvant un moyen de s’accorder sur le statut de Jérusalem en tant que capitale future des deux Etats.

Quelle est votre position sur les implantations de Cisjordanie ? Partagez-vous l’idée très répandue qu’elles sont illégales selon les termes de la loi internationale et qu’elles représentent un obstacle principal à la paix ?

Là encore, les positions des Etats membres de l’ONU et de la communauté internationale sont bien connues. Le mouvement des implantations menace de saper encore davantage les perspectives d’une solution à deux Etats viable, qui restent la seule issue réaliste permettant d’offrir une perspective de paix et de prospérité pour les Israéliens et pour les Palestiniens. Des avancées positives sont absolument nécessaires pour créer un climat politique qui puissent permettre la reprise de négociations significatives et crédibles.

Construction à Maale Adumim, le 25 septembre 2017 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Etes-vous plutôt en accord ou en désaccord avec l’assertion souvent faite par le Premier ministre Netanyahu selon laquelle le principal obstacle à la paix est le refus des leaders palestiniens de reconnaître un Etat juif, quelles que soient ses frontières ? Que pensez-vous de l’insistance de Netanyahu sur la reconnaissance palestinienne d’Israël en tant qu’Etat-nation du peuple juif comme prérequis indispensable à un accord de paix futur ?

Tout accord futur sur l’application d’une solution à deux Etats est inconcevable sans une reconnaissance mutuelle pleine et entière. Le Quartet pour le Moyen-Orient a été clair dans sa demande : Tous les membres d’un futur gouvernement palestinien devront s’engager à la non-violence, à la reconnaissance d’Israël et à l’acceptation des accords et obligations antérieures, dont la Feuille de route pour la paix.

Le nouveau gouvernement autrichien a inclus une déclaration dans son programme couvrant les cinq prochaines années qui souligne l’engagement de l’Autriche envers Israël en tant qu’Etat juif, tout en se concentrant sur une solution à deux Etats qui puisse permettre à Israël de vivre en permanence au sein de frontières sûres et l’établissement d’un Etat palestinien viable.

Ces dernières années, Netanyahu a prôné ce qu’il a qualifié « d’approche extérieure-intérieure ». Retournant l’Initiative de paix arabe, il a défié la sagesse populaire selon laquelle le monde arabe reconnaîtrait Israël après un accord de paix avec les Palestiniens. Et il estime plutôt qu’un rapprochement israélo-arabe plus large, au vu de la menace conjointe représentée par l’Iran, assouplirait les positions adoptées par les Palestiniens et qu’un accord de paix avec Ramallah ne surviendrait qu’après la réconciliation des Etats arabes avec Israël. Que pensez-vous de cette approche ?

J’ai un doute sur le fait que la question réelle soit vraiment une question de « séquençage ». Les vraies questions, ce sont les engagements à trouver une solution durable et la confiance : l’acceptation de ce que les aspirations de l’autre sont légitimes, et la confiance sur le fait que ce sur quoi les parties se sont accordées sera véritablement mis en œuvre.

Le monde arabe peut apporter une contribution significative et a indiqué qu’il était prêt à le faire via l’initiative de paix arabe.

Quelle est votre position sur l’accord sur le nucléaire iranien ?

Nous comprenons les besoins particuliers d’Israël en termes de sécurité et nous les prenons très au sérieux. Les besoins sécuritaires d’Israël font l’objet de références spécifiques dans le programme du nouveau gouvernement.

Le JCPOa [Plan global d’action conjoint] signé avec l’Iran prouve que l’on résout mieux les conflits par le dialogue et les négociations persistantes. Il n’y a aucune autre alternative crédible pour conserver l’Iran à l’écart du développement nucléaire. Une application stricte est essentielle – elle n’est pas construite sur la confiance mais sur des mécanismes de contrôle tels que le mécanisme de « rétorsion immédiate » en cas de brèche faite à l’accord.

Nous sommes convaincus que cette convention apportera plus de sécurité pour les pays de la région, et notamment pour Israël. L’AIEA a récemment certifié la mise en œuvre totale par l’Iran de ses obligations définies par le JCPOA dans son dernier rapport.

Des habitants devant un immeuble touché par une attaque aérienne de l’armée syrienne, le 29 janvier 2014 à Alep (Crédit : AFP/Mohammed Al-Khatieb)

Israël a, ces dernières semaines, fait savoir que le pays ne tolérera aucune présence militaire iranienne en Syrie et a promis de passer à l’action, même si elle doit être militaire, pour empêcher l’Iran de s’ancrer dans le pays. Considérez-vous que cette position soit justifiée au vu des menaces continues proférées par l’Iran à l’encontre d’Israël ?

La guerre civile en Syrie est une tragédie humanitaire et politique et représente un défi particulier pour la diplomatie internationale et le rétablissement de la paix. La communauté internationale s’accorde sur la nécessité d’un processus politique basé sur la Résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui définit la manière d’établir une Syrie nouvelle et démocratique, capable de prendre soin de tous les membres de ses communautés ethniques, religieuses et confessionnelles.

Les parties, dans la région, sont appelées à faire avancer le processus de paix, à adopter des mesures qui puissent construire la confiance et des initiatives menant à un cessez-le-feu. Il est véritablement inacceptable d’utiliser le territoire syrien pour menacer des pays avoisinants ou de mener une guerre via des mandataires au détriment de la population civile syrienne désespérée après sept années de guerre civile.

De quelle façon répondez-vous aux leaders juifs autrichiens et européens qui appellent au boycott des ministres issus du FPÖ ? Ils citent les affinités passées du parti avec le nazisme, affirmant qu’il n’a pas fait suffisamment pour prendre ses distances face à de tels positionnements.

Le gouvernement autrichien a une position claire envers Israël dans son programme de coalition. Et je ne vois donc pas le problème. Le chef du FPÖ et vice-chancelier Heinz-Christian Strache a également souligné de manière répétée que l’antisémitisme n’avait pas sa place dans le parti. Dans la mesure où j’ai appris à le connaître, lui et les autres membres du parti, je peux vous affirmer qu’aucun d’entre eux n’est antisémite ni ne tolère l’antisémitisme.

Heinz-Christian Strache, leader du parti d’extrême-droite autrichien, prend la parole lors de la première session de l’Assemblée nationale depuis les élections, le 9 novembre 2017, à Vienne (Crédit : AFP / APA / Georg Hochmuth)

Le gouvernement israélien a annoncé que, pour le moment, il n’interagira pas avec les politiciens du FPÖ et qu’il n’aura des contacts qu’au niveau professionnel dans les ministères dirigés par des politiciens du FPÖ. Le ministère des Affaires étrangères m’a fait savoir que vous étiez inclue parmi ces politiciens. Quel est votre sentiment face à cette décision d’Israël de « boycotter » les membres du FPÖ ?

Certains diplomates de haut-rang m’ont félicitée lors de ma nomination. Nous verrons ce qu’il se passera dans le mois qui vient, mais je suis convaincue que nous trouverons un moyen d’interaction qui soit mutuellement respectueux avec le gouvernement israélien à l’avenir.

Les médias israéliens en ont beaucoup parlé ces dernières semaines : dans votre livre sur le Moyen-Orient, vous avez comparé le sionisme à « l’idéologie de sang et de sol » de l’Allemagne nazie. Pouvez-vous nous expliquer dans quel contexte vous avez affirmé cela ? Pensez-vous que le sionisme peut être comparé à l’idéologie nazie ?

Insinuer une quelconque comparaison entre le nazisme et le sionisme est un non-sens absolu. Je n’ai jamais fait une telle comparaison.

J’ai simplement souligné un fait historique : Theodor Herzl a certainement été inspiré par les aspirations nationalistes qui ont traversé de nombreux pays européens au cours du 19e siècle. On doit toujours replacer les choses dans un contexte historique. Certains journalistes n’ont repris qu’une seule ligne du livre sans en expliquer le contenu.

Ce qui est important aujourd’hui, c’est que moi-même et le nouveau gouvernement autrichien sommes et resterons engagés envers Israël en tant qu’Etat juif et envers une solution à deux Etats, où Israël et la Palestine vivraient côte à côte, dans la paix et la prospérité.

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