Kathy Hochul intervient pour empêcher la démolition d’une synagogue centenaire à Brooklyn
La synagogue Kingsbrook, installée dans un hôpital pour accueillir les Juifs fuyant l'antisémitisme, devait être détruite dans le cadre d'un projet immobilier
Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

La gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, est intervenue cette semaine pour empêcher la démolition d’une synagogue historique à Brooklyn.
La congrégation Chaïm Albert se bat pour sa survie dans une affaire judiciaire, car le centre hospitalier propriétaire de son bien immobilier, One Brooklyn Health, a publié des plans d’aménagement prévoyant la démolition de la synagogue.
Ce projet de développement, situé sur l’ancien campus du Kingsbrook Jewish Medical Center, avait été lancé par l’État sous l’administration de l’ancien gouverneur Andrew Cuomo. L’agence immobilière publique de l’État de New York, Homes and Community Renewal, a supervisé le projet, donnant ainsi à l’État un droit de regard sur les plans.
Ce projet, qui prévoyait la démolition de la synagogue, a suscité un tollé au sein de la communauté juive et parmi les élus locaux, avant que Hochul n’intervienne.
« La synagogue Kingsbrook existe depuis le début des années 1900 et témoigne de la force et de la résilience de la communauté juive », a déclaré Hochul vendredi dans un communiqué adressé au Times of Israel. Le nom officiel de la congrégation est Chaïm Albert, mais elle est généralement appelée la synagogue Kingsbrook.
« Je suis fière d’avoir mené les efforts visant à sauver la synagogue historique de Kingsbrook de la démolition et d’avoir encouragé les dirigeants de l’hôpital et de la synagogue à trouver une solution permettant aux deux sites de prospérer et de servir la communauté », a-t-elle ajouté.
Le bureau de Hochul n’a pas répondu à une question sur la manière dont elle était précisément intervenue.
Le porte-parole de One Brooklyn Health a refusé de commenter.
En juin, la synagogue a intenté un procès à One Brooklyn Health, affirmant que le projet de démolition menaçait de « balayer près d’un siècle de vie religieuse juive » sur le site, et qu’il violait les assurances précédemment données à la synagogue selon lesquelles elle pourrait continuer à fonctionner sur place.
Fondé à la fin des années 1920 dans le quartier de Flatbush, à Brooklyn, le Kingsbrook Jewish Medical Center a été créé en raison de l’antisémitisme qui régnait dans les autres hôpitaux de la région, notamment à l’égard des Juifs ayant des besoins particuliers. Les membres de la communauté juive ont acheté les terrains sur lesquels le centre hospitalier a été construit et des donateurs juifs ont financé ses activités.
Des commodités pour les Juifs ont été intégrées à ce complexe hospitalier, comme une cuisine casher et un espace dédié aux offices de prière.
La congrégation juive était active dans l’enceinte de l’hôpital au moins depuis 1928. Le bâtiment d’origine de la synagogue a été démoli en 1950 pour laisser place à des salles de radiologie. La structure actuelle, avec ses sols en marbre et ses vitraux, a été construite pour la remplacer. Elle a été baptisée Congrégation Joseph Chaïm Albert, en l’honneur du père d’Isaac Albert, alors président de l’hôpital.
La synagogue était fréquentée à la fois par des membres juifs du personnel hospitalier et par d’autres Juifs des environs, notamment ceux de la communauté hassidique de Crown Heights.
La synagogue appartenait à l’hôpital, mais des accords de longue date entre la congrégation et les propriétaires fonciers permettaient à ce lieu de culte de rester dédié à un usage religieux. En vertu de ces accords, les membres de la congrégation finançaient le fonctionnement et l’entretien des locaux, et Kingsbrook avait accepté par le passé de ne pas les vendre à un tiers, selon la plainte.
Au début des années 2000, Kingsbrook a rencontré des difficultés financières et a fusionné avec deux autres hôpitaux pour former l’organisation à but non lucratif One Brooklyn Health, défenderesse dans le procès.
Sous la direction des autorités de l’État, l’établissement de santé a décidé de fermer partiellement ses portes et de vendre le bâtiment à des promoteurs immobiliers en 2019. À l’époque, l’État avait déclaré à la congrégation que la synagogue ne faisait pas partie du plan de réaménagement et qu’elle serait préservée.
« L’accès à la synagogue sera préservé pendant et après la fin des travaux », avait déclaré un représentant de l’État en 2019.
Le litige avec One Brooklyn Health a débuté en 2020 lorsque la synagogue a été fermée en raison des restrictions liées à la pandémie de COVID, selon la plainte. Les responsables de l’hôpital ont déclaré à la congrégation qu’elle serait autorisée à revenir une fois les restrictions levées, mais le centre hospitalier continue depuis lors de lui bloquer l’accès, selon la plainte.
Avant la pandémie, le bâtiment accueillait des offices chaque Shabbat et chaque jour de fête, attirant environ 40 personnes chaque Shabbat. Une soixantaine de personnes se considèrent encore comme membres de cette congrégation.
Le centre hospitalier n’a pas entretenu la synagogue, laissant le bâtiment se détériorer. Cette négligence a donné aux propriétaires un motif supplémentaire pour interdire l’accès à la synagogue et affirmer aux membres de la congrégation qu’ils ne pouvaient pas y reprendre les offices en raison de la détérioration du bâtiment, toujours selon la plainte.
Le centre hospitalier a cessé ses activités d’hospitalisation en 2023, a vendu une partie du terrain à des fins de développement et cherchait à vendre le reste, y compris la synagogue. Selon la plainte, le projet de vente du terrain à un promoteur immobilier résidentiel ne prévoyait aucune disposition concernant la synagogue, ce qui signifiait que le bâtiment serait démoli.
Selon la congrégation, l’hôpital aurait profité des fermetures liées au COVID pour vider le bâtiment et faciliter la vente au promoteur immobilier, car il serait plus facile, d’un point de vue juridique et en termes de relations publiques, de vendre un bâtiment vide que de déplacer une congrégation active.
L’intervention de Hochul dans cette affaire a été un soulagement pour les groupes juifs locaux.
« La synagogue est un phare pour tout le quartier depuis un siècle. Nous remercions la gouverneure Hochul d’avoir contribué à empêcher son déplacement », a déclaré le rabbin Lazer Avtzon, de l’Association of Crown Heights Shuls, qui représente plus de 100 synagogues de la région.
« Nous apprécions l’intervention de la gouverneure, et j’ai hâte d’emmener mes enfants à la synagogue dans un avenir proche, car je vis à seulement trois pâtés de maisons », a déclaré le rabbin Shmuel Rosenstein du Conseil communautaire juif de Crown Heights.
La procureure générale de l’État de New York, Letitia James, a remercié Hochul « d’être intervenue pour sauver la synagogue historique Kingsbrook ».
« Cette synagogue revêt une grande importance pour la communauté depuis des décennies, et je suis reconnaissante qu’un élément précieux de l’Histoire juive à New York soit préservé », a indiqué James dans un communiqué.
Hochul a soutenu Zohran Mamdani, maire de New York, dans sa campagne électorale et brigue un nouveau mandat l’année prochaine contre Bruce Blakeman, un Juif républicain proche du président américain Donald Trump et fervent détracteur de l’anti-Israël Mamdani.







