Une congrégation new-yorkaise active depuis 97 ans se bat contre une vente immobilière
La congrégation Chaim Albert poursuit l'ONG One Brooklyn Health pour l'empêcher de vendre le bâtiment, une opération susceptible d'entraîner la disparition de son ancienne synagogue
Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

NEW YORK – Une congrégation de Brooklyn, fondée il y a près d’un siècle à proximité d’un hôpital juif, se bat pour continuer à exister à New York.
Selon les pièces de la plainte déposée devant un tribunal new-yorkais, la vente des locaux du centre hospitalier pourrait en effet bien précipiter la fin de la synagogue de la congrégation Chaim Albert. Selon cette dernière, le projet immobilier va à l’encontre des assurances données par l’État de New York, selon lesquelles la synagogue pourrait continuer ses activités, comme de l’accord passé entre la synagogue et le centre hospitalier propriétaire des murs, One Brooklyn Health.
Selon les termes de la plainte, déposée en juin dernier devant la Cour suprême de l’État de New York, le projet immobilier risque de « faire disparaitre près d’un siècle de vie religieuse juive ».
Le Kingsbrook Jewish Medical Center a été fondé à la fin des années 1920, dans le quartier de Flatbush, à Brooklyn, en réaction à l’antisémitisme qui régnait dans d’autres hôpitaux de la région, particulièrement envers les Juifs ayant des besoins spéciaux.
Des membres de la communauté juive ont donc acheté les terrains sur lesquels l’hôpital a été construit et des dons juifs ont ensuite contribué au fonctionnement du centre.
Des services spécifiquement destinés aux Juifs ont été intégrés au complexe hospitalier, à commencer par une cuisine casher et un espace pour la prière.
La congrégation juive y est active depuis 1928 au moins. Le bâtiment d’origine de la synagogue a été démoli pour construire des salles de radiologie en 1950, et la structure actuelle, avec ses sols de marbre et ses vitraux, a été construite en remplacement et baptisée Congrégation Joseph Chaim Albert en hommage au père du président de l’hôpital de l’époque, Isaac Albert.
La synagogue était fréquentée par les fidèles de l’hôpital et les Juifs des environs, jusqu’au quartier hassidique de Crown Heights.
En proie à des problèmes financiers au début des années 2000, Kingsbrook a fusionné avec deux autres centres hospitaliers pour former l’ONG One Brooklyn Health, le défendeur au procès.
Sous la direction de autorités de l’État, Kingsbrook a choisi de fermer partiellement et de vendre la propriété à des promoteurs immobiliers en 2019. À l’époque, l’État avait informé la congrégation que la synagogue ne faisait pas partie du plan de réaménagement et que le bâtiment serait conservé en l’état.
« L’accès à la synagogue sera préservé tout au long des travaux et ensuite », déclarait un service de l’État en 2019.
Selon les termes de l’action en justice, l’hôpital et le gouvernement de l’État ont annoncé leur intention de vendre la propriété à un promoteur sans prendre de dispositions pour la synagogue, ce qui a pour conséquence que le bâtiment sera démantelé. Ce qui va à l’encontre des accords passés entre la congrégation, l’hôpital et le gouvernement de l’État, peut-on lire dans les pièces du procès.
La synagogue appartient à l’hôpital, mais des accords anciens entre la congrégation et les propriétaires fonciers stipulent que la synagogue gardera son usage religieux. C’est d’ailleurs en raison de ces accords que les membres de la congrégation ont financé l’exploitation et l’entretien du bâtiment, Kinsbrook s’étant engagé à ne pas vendre les locaux de la synagogue à un tiers, peut-on lire dans les pièces du procès.
Toujours selon ces pièces de procédure, le différend avec One Brooklyn Health a commencé en 2020, lorsque la synagogue a été fermée en raison des restrictions liées au coronavirus, pendant la pandémie de COVID. La direction de l’hôpital avait fait savoir aux fidèles qu’ils pourraient revenir lorsque les restrictions seraient levées, mais le centre hospitalier les avait maintenues.
Avant la pandémie, le bâtiment organisait des offices chaque Shabbat et chaque jour de fête, qui ne manquaient pas d’attirer une quarantaine de fidèles le vendredi pour Shabbat. Aujourd’hui encore, une soixantaine de personnes s’en revendiquent membres, prêtes à y retourner dès que possible.
Les membres de la congrégation ont protesté contre la fermeture, en organisant par exemple une cérémonie de Hanoukka devant l’hôpital.
Ce dernier a cessé d’hospitaliser des patients dès 2023, d’ores et déjà vendu une partie des murs à un promoteur et tente de vendre le reste des lieux, dont la synagogue, peut-on lire dans les pièces de procédure.
Le centre hospitalier n’a fait aucun entretien dans la synagogue, qui tombe aujourd’hui en ruine – une négligence qui donne à ses propriétaires légaux une raison de plus d’en interdire l’accès à la congrégation, lit-on dans les pièces de procédure.
Selon les termes de la plainte, l’hôpital a profité des fermetures imposées par le COVID pour vider le bâtiment et en faciliter la vente au promoteur immobilier : il est en effet plus facile, sur le plan juridique mais aussi médiatique, de vendre un bâtiment vide que de déplacer une congrégation active.
La plainte est en cours d’examen.
Un membre de Brooklyn Health a refusé de répondre aux questions du Times of Israel sur cette affaire.







