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KKL-JNF passe du reboisement de masse à une gestion durable et ciblée

La politique n’est plus de "se demander où planter, mais s'il y a une raison de planter", explique un ex-cadre de l’organisation centenaire qui tente de s’adapter au dérèglement climatique

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

De gauche à droite : Gilad Ostrovsky, forestier en chef et directeur du département forestier du KKL-JNF, Chanan Zoref, directeur récemment retraité du district des monts de Judée, et Shani Rohatyn-Blitz, coordinatrice de la recherche et des relations internationales du département forestier, le 16 avril 2024. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)
De gauche à droite : Gilad Ostrovsky, forestier en chef et directeur du département forestier du KKL-JNF, Chanan Zoref, directeur récemment retraité du district des monts de Judée, et Shani Rohatyn-Blitz, coordinatrice de la recherche et des relations internationales du département forestier, le 16 avril 2024. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

La prochaine fois que vous pique-niquerez dans une zone de loisirs du Fonds national juif KKL-JNF, regardez les arbres.

C’est ce qu’a fait cette journaliste le mois dernier, à l’occasion de Yom HaAtsmaout, jour où les Israéliens ont coutume de se rendre dans la nature pour y faire des barbecues.

Nous nous sommes assis parmi de grands arbres – des rangées de troncs, pour être précis, dont les hautes cimes fournissaient de l’ombre. Sans branches basses gênantes, les familles ont accroché des hamacs et des tyroliennes entre les arbres. Les cimes étant très éloignées, les risques d’incendie dus aux barbecues étaient minimes.

Une visite récente avec des responsables du KKL a révélé que cette conception de la forêt faisait partie d’une politique basée sur la recherche visant à déterminer la meilleure façon d’adapter la gestion forestière à son objectif.

La visite a également porté sur certaines des questions auxquelles est confronté cet organisme qui a été fondé il y a 103 ans, alors que les forêts de pins caractéristiques vieillissent et que l’accent est désormais mis non plus sur la plantation de larges armadas de pins et de cyprès, mais sur la promotion de la culture naturelle d’espèces plus locales à feuilles larges. La pression pour développer de nouveaux espaces ouverts pour suivre la croissance démographique ne fait que s’accentuer. Parallèlement, le dérèglement climatique entraîne une recrudescence des parasites, des incendies de forêt, des sécheresses et des inondations.

Le KKL, un organisme quasi-gouvernemental qui contrôle 13 % des terres israéliennes, a planté plus de 240 millions d’arbres sur quelque 100 000 hectares en plus d’un siècle.

Une corde entre des arbres à forte croissance forme une tyrolienne ad hoc pour les enfants dans la forêt de Carmel Beach du KKL, dans le nord d’Israël, le jour de l’Indépendance d’Israël, le 14 mai 2024. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Près de la moitié de ces forêts sont constituées de pins et de cyprès résineux, plantés en rangées monospécifiques dans les années 1950 et 1960. Le pin de Jérusalem (ou d’Alep) occupe une place prépondérante en raison de sa résistance à la sécheresse et de sa capacité à pousser dans des sols calcaires sur les collines. La campagne de boisement s’est poursuivie dans les années 1970 et 1980, avec l’ajout d’espèces indigènes à feuilles larges tels que les chênes, les pistachiers et les caroubiers.

Nouvelle ère de plantation planifiée

Aujourd’hui, la politique a évolué pour ne planter que lorsqu’un objectif spécifique le nécessite.

Comme le souligne Chanoch Zoref, directeur fraîchement retraité du district des monts de Judée du KKL, « nous n’avons rien planté dans les monts de Judée depuis 20 ans, ni après les incendies, ni après la neige. La politique actuelle n’est pas de planter automatiquement, mais de se demander quel est le but du lieu ; la question n’est plus de savoir où nous pouvons planter, mais s’il y a une raison de planter. »

Dans la forêt des Martyrs, au nord-ouest de Jérusalem, où six millions d’arbres ont été plantés en 60 ans en mémoire des Juifs tués pendant la Shoah, une station de recherche fonctionne depuis 2009, en partenariat avec le centre Vulcani de l’État pour la Recherche et le Développement agricole. Cette station teste la meilleure façon d’encourager le rajeunissement des forêts et la biodiversité à travers différents niveaux d’éclaircissement des arbres. L’éclaircissement intentionnel des arbres est le principal outil de gestion forestière du KKL-JNF, renforcé par le pâturage du bétail pour lutter contre les mauvaises herbes.

Des espèces forestières indigènes prospèrent dans la lumière créée par l’éclaircissement des conifères à la station de recherche du KKL-JNF dans la forêt du Martyr près de Jérusalem, le 16 avril 2024. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Les résultats, combinés à des dizaines d’années d’expérience accumulée, font partie d’une politique détaillée de gestion forestière durable élaborée par le JNF-KKL. Les forestiers reçoivent des directives point par point sur la meilleure façon d’éclaircir les arbres dans différentes circonstances afin de permettre à ceux qui restent de prospérer, de permettre à d’autres espèces de pousser et d’augmenter la résilience face au réchauffement planétaire et au dessèchement du sol.

« Il y a quinze ans, le KKL est passé d’une organisation qui s’occupait des arbres à une organisation qui gère les écosystèmes à long terme et entreprend une gestion durable axée sur les objectifs », a expliqué Zoref.

« L’objectif initial était de faire pousser des arbres qui pourraient servir à des fins de loisirs. Aujourd’hui, nous avons une liste d’objectifs liés aux services écosystémiques tels que la prévention de l’érosion des sols, l’absorption du dioxyde de carbone de l’atmosphère (qui contribue au réchauffement de la planète) et l’encouragement de la biodiversité (une richesse de créatures vivantes), chacun en fonction de l’emplacement », a-t-il ajouté.

Parmi les autres objectifs figurent la protection des vues dégagées, l’éducation du public à la nature, la diversité des paysages, les coupe-feu, les zones tampons autour des communautés pour réduire le bruit et la pollution, les aires de repos, les sites de pique-nique et les pistes cyclables.

Restauration des habitats endommagés

Au ruisseau Kisalon, à quelques kilomètres de là, le KKL a concentré ses efforts sur la réhabilitation d’un habitat riverain endommagé en éclaircissant les pins pour favoriser la floraison des plantes des berges, tout en détruisant les peuplements d’asclépiades bleues, une plante agressivement envahissante en provenance d’Australie.

L’Acacia Saligna. (Crédit : Zeynel Cebeci, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Common)

Ici, comme dans un tiers des forêts du KKL à travers le pays, le personnel s’est muni de listes de contrôle détaillées pour enregistrer, cartographier et photographier tout ce qui concerne les arbres (hauteur, densité, circonférence et type d’espèce), la présence et le nombre de plantes rares et menacées, ainsi que le rayon nécessaire pour les protéger.

Les cartes servent de base à des plans de gestion à long terme, annuels et saisonniers.

Gilad Ostrovsky, forestier en chef et directeur du département forestier du KKL, a pour objectif de cartographier toutes les forêts d’ici cinq ans, mais il précise que la cartographie doit être réalisée avant que tout travail ne commence.

Où le KKL plante-t-il encore ?

Selon Ostrovsky, la plupart des plantations du KKL sont destinées à renouveler les forêts dans le nord et le sud du pays. (Les chiffres indiquant le nombre de conifères plantés ces dernières années n’étaient pas disponibles).

Dans les collines de Gilboa, par exemple, où poussent des espèces menacées telles que l’iris de Gilboa, des feuillus indigènes ont été plantés là où les forêts de conifères avaient vieilli.

Des arbres à feuilles larges sont également plantés là où les visiteurs ont besoin d’ombre.

Des feuillus sont plantés pour faire de l’ombre autour des tables de pique-nique dans les collines de Judée, à l’ouest de Jérusalem, le 16 avril 2024. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Dans le sud, cependant, le boisement a entraîné un conflit entre l’organisation et les Arabes bédouins, qui y voient un plan de l’État visant à les expulser de leurs villages non reconnus.

De violents affrontements ont éclaté il y a deux ans, quand l’État a chargé le KKL de planter des arbres dans cette région.

Combler un fossé ?

La Société pour la protection de la nature (SPNI), organisation à but non lucratif, s’est longtemps heurtée au KKL en raison de ce que la SPNI considère comme un excès de zèle dans ses efforts de boisement, jusque dans les prairies ouvertes appelées « batha ». Celles-ci ont leur écosystème et les arbres y sont naturellement rares aujourd’hui.

Arbustaie de Batha dans la région de Lahav, au sud d’Israël. (Alon Rothschild)

Le KKL est également en désaccord avec l’Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA) en raison de l’attachement de cette dernière aux forêts de conifères (facilement inflammables) et de sa réticence à éliminer les semis qui poussent après les incendies.

« Le KKL a pour tradition de toujours faire quelque chose, alors que l’autorité des parcs a pour tradition de ne pas intervenir », résume Zoref.

Il a toutefois ajouté qu’à mesure que l’autorité des parcs minimisait ses interventions et que le KKL s’impliquait davantage dans la prévention des incendies et l’élimination des espèces envahissantes, les deux organisations commençaient à se rapprocher en termes de gestion des écosystèmes israéliens.

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