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Plantation d’arbres dans le Neguev : 11 arrestations après des heurts

Cette deuxième journée de reboisement a commencé sous une forte présence policière

La police israélienne arrête un homme lors d'une manifestation des Bédouins contre un programme de reboisement entrepris par le KKL-JNF dans le sud du Negev, le 12 janvier 2022. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)
La police israélienne arrête un homme lors d'une manifestation des Bédouins contre un programme de reboisement entrepris par le KKL-JNF dans le sud du Negev, le 12 janvier 2022. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Onze personnes ont été arrêtées, mercredi matin, suite à des affrontements avec la police alors qu’un programme de reboisement controversé vient de reprendre dans le sud du pays, attisant les tensions et plongeant la coalition dans la crise.

Des dizaines de manifestants se sont heurtés aux forces de l’ordre au second jour des manifestations dénonçant cette initiative de reboisement entreprise par le KKL-JNF (L’Yisrael-Jewish National Fund).

La journée a commencé avec une présence policière importante au lendemain de l’arrestation de dix-huit personnes pour troubles à l’ordre public présumés, au cours d’un mouvement de protestation des Bédouins, qui considèrent cette initiative comme une atteinte à leurs terres. Ce mouvement avait débouché mardi soir sur des émeutes.

Alors qu’une délégation du Likud a planté des arbres dans la journée de mardi, le député du parti Sionisme religieux Itamar Ben Gvir s’est rendu sur les lieux du reboisement mercredi.

Ben Gvir a expliqué dans un tweet qu’il avait obtenu une autorisation rabbinique particulière de planter un arbre même si cette année est une année de shemitah – la septième du cycle agricole biblique – pendant laquelle, selon la Torah, les agriculteurs israéliens doivent laisser les terres en jachère.

Ce programme a entraîné une crise au sein de la coalition, le parti Raam s’y opposant avec virulence. L’opposition de droite a souligné que la tournure prise par les événements était la preuve que le gouvernement du Premier ministre Naftali Bennett était faible face aux pressions exercées par les législateurs arabes.

Le député Itamar Ben Gvir plante un arbre aux abords du village bédouin de Mulada, dans le désert du Negev, dans le sud d’Israël, le 12 janvier 2022. (Crédit : Flash90)

Selon des informations transmises mercredi après-midi, le ministre des Affaire sociales, Meir Cohen, aurait pris des initiatives visant à trouver un compromis dans cette crise, et le reboisement devait arrêter jusqu’à ce que toutes les parties impliquées se lancent dans des négociations. Des responsables du parti Raam devraient prendre part à ces discussions.

Des informations survenues après que Mansour Abbas, leader de Raam, dont la base électorale est constituée des communautés arabes du sud d’Israël, a promis mardi qu’il cesserait de voter aux côtés de la coalition en signe de protestation contre les travaux de reboisement en cours dans le Negev.

Avec une mince majorité parlementaire de 61 députés à la Knesset, forte de 120 sièges, la coalition dépend du soutien de Raam.

Mickey Levy, président de la Knesset, a déclaré mercredi au site Ynet en réponse à l’annonce d’Abbas qu’il « y aura des hauts et des bas, il y a un désaccord naturel sur certaines questions ».

Walid Taha, député de Raam, a pour sa part dénoncé la plantation de ces arbres, mercredi, ajoutant qu’il fallait trouver une solution.

« Ce que nous devons faire, c’est épuiser toutes les méthodes et ou tous les outils existants afin de mettre un terme à ce reboisement et il faut empêcher que cette folie politique soit à nouveau appliquée dans l’année qui vient », a confié Taha à Ynet.

Le député Walid Taha, à droite, et Mickey Levy, à gauche, en séance plénière de la Knesset, le 5 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cette controverse suscitée par l’entreprise de reboisement avait commencé il y a quelques semaines, quand le KKL-JNF avait commencé des activités forestières dans une région où sont installés les Bédouins de la tribu al-Atrash. Un responsable municipal bédouin avait estimé que des milliers de personnes vivaient sur les lieux où travaillait le JNF-KKL et que si les plans de reforestation continuaient, elles risquaient d’être finalement expulsées.

Le gouvernement a déterminé que les terres étaient publiques mais les résidents bédouins affirment qu’elles leur appartiennent.

Les Bédouins du Neguev ont une relation difficile avec l’État. Pendant des décennies, le gouvernement a cherché à les faire s’installer dans des villes planifiées, reconnues, mais un grand nombre d’entre eux vivent dans tout un ensemble de hameaux illégaux répartis dans le sud du désert israélien.

Les Bédouins accusent le KKL-JNF de chercher à les déplacer, mais l’organisation explique, pour sa part, qu’elle ne fait que répondre à une demande gouvernementale sur des terres publiques. Le KKL-JNF travaille sur tout le territoire israélien et met en œuvre des projets de préservation de la nature, mais certains l’accusent d’avoir un agenda politique.

Une voiture incendiée dans le sud d’Israël lors d’une manifestation contre un programme de reboisement du KKL-JNF, le 11 janvier 2022. (Capture d’écran)

Le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a déclaré mardi que « les politiciens des deux côtés doivent calmer les choses au lieu d’alimenter l’incendie » et il a demandé à ce que le programme soit interrompu jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée.

De son côté, le chef de l’opposition, Benjamin Netanyahu, a émis un communiqué au ton belliqueux, disant que « personne n’arrêtera de reboiser la terre d’Israël. J’apporte mon soutien aux forces de sécurité et je demande à Bennett une condamnation immédiate des incitations de Raam, son important partenaire gouvernemental ».

En réponse, Abbas, le chef de Raam, a indiqué que Netanyahu lui-même avait convenu de mettre un terme à de telles initiatives lorsque les deux hommes avaient évoqué un éventuel partenariat politique, l’année dernière.

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