Kushner : Sauver la solution à deux États car Israël « grappillait les terres »
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Kushner : Sauver la solution à deux États car Israël « grappillait les terres »

Le conseiller de Trump avertit les Palestiniens que s'ils continuent à rejeter la proposition de paix de Trump, "la situation empirera pour eux"

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

L'avant-poste de Mevo'ot Yericho dans la vallée du Jourdain en 2017. (Capture d'écran/YouTube)
L'avant-poste de Mevo'ot Yericho dans la vallée du Jourdain en 2017. (Capture d'écran/YouTube)

NEW YORK – Jared Kushner, conseiller principal de la Maison Blanche, a déclaré mercredi que le plan de paix de l’administration Trump avait pour but de « sauver la solution à deux Etats », car il empêche Israël d’étendre sa présence en Cisjordanie.

« La réalité aujourd’hui est qu’une grande partie de cette terre est habitée par des Israéliens », a indiqué M. Kushner aux journalistes lors d’un briefing téléphonique avant la signature par la Maison Blanche, la semaine prochaine, de l’accord de normalisation entre Israël et les Emirats arabes unis.

Au cours de l’appel, M. Kushner, qui vantait les efforts de l’administration Trump pour remodeler le Moyen-Orient, a été interrogé sur les Palestiniens qui semblent être laissés pour compte.

Le conseiller a souligné que le plan Trump présenté en janvier de cette année était toujours sur la table même s’il avait été rejeté par les Palestiniens, et qu’il leur offrait leur meilleur espoir d’arrêter l’expansion continue des implantations israéliennes en Cisjordanie, dont Israël s’est emparé lors de la guerre des Six Jours de 1967.

Portant un masque, le conseiller de la Maison Blanche Jared Kushner part après le discours du président américain Donald Trump sur le coronavirus lors d’un point de presse dans la roseraie de la Maison Blanche, le 11 mai 2020, à Washington. (AP/Alex Brandon)

« Ce que nous avons fait avec notre plan, c’est essayer de sauver la solution à deux Etats, parce que… si nous continuions avec le statu quo… En fin de compte, Israël aurait grapillé toutes les terres de Cisjordanie », a précisé le gendre et de Donald Trump. Ces commentaires sont parmi les plus spécifiques que l’administration Trump ait fait en opposition avec l’expansion de l’entreprise d’implantations d’Israël.

Le plan américain accorderait aux Palestiniens un État à souveraineté restreinte à Gaza et dans la plus grande partie de la Cisjordanie, avec des échanges de terres supplémentaires à l’intérieur d’Israël, tout en permettant à Israël d’annexer environ 30 % de la Cisjordanie, y compris toutes ses implantations et la vallée du Jourdain, et de conserver la quasi-totalité de Jérusalem-Est.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait campagne depuis 2019 sur un plan d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie, la Judée et Samarie bibliques, en coordination avec l’administration Trump. Mais l’administration a donné des signaux mitigés sur cette idée au cours des derniers mois, et la suspension du plan d’annexion unilatéral était l’une des principales conditions énoncées dans l’accord de normalisation israélo-américain du 13 août. Netanyahu a néanmoins insisté pour que l’annexion reste « sur la table ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant une carte de la vallée du Jourdain, jurant d’y étendre la souveraineté israélienne en cas de réélection, lors d’un discours à Ramat Gan, le 10 septembre 2019. (Menahem Kahana/AFP)

Kushner a indiqué que si le plan de paix Trump permet à Israël de conserver environ 30 % de la Cisjordanie, le territoire semi-contigu qui reste est suffisant pour que l’Autorité palestinienne se transforme en Etat.

« Et donc, en ce moment, vous avez une situation où il y a des terres qui pourraient devenir un État palestinien. Il est possible de la relier, mais la terre où se trouvent les résidents d’implantations israéliens en ce moment est une terre qu’Israël contrôle, et les chances qu’ils la cèdent un jour sont peu probables », a souligné M. Kushner, ajoutant que tout plan qui ignorerait cette réalité était voué à l’échec.

Le conseiller à la Maison Blanche a également affirmé aux Palestiniens que c’était à eux de venir à la table des négociations et que les Etats-Unis ne leur « courraient pas après », avertissant que s’ils continuaient à rejeter le plan, leur situation ne ferait probablement qu’empirer.

« Ma crainte pour les Palestiniens est que s’ils font ce qu’ils sont très bons à faire, c’est-à-dire trouver comment ne pas conclure un accord et jouer la carte de la victime, alors ce qui se passera, c’est que plus le temps passera plus la situation empirera pour eux », a-t-il dit.

M. Kushner a déclaré que le plan Trump visait à briser les paradigmes ratés des plans de paix précédents. « La raison pour laquelle ils n’ont jamais rien accompli est que les deux parties obtenaient ce qu’elles voulaient. Chaque fois qu’une négociation échoue, Israël prend plus de terres et les Palestiniens reçoivent plus d’argent de la communauté internationale. »

Dimanche, les médias israéliens ont rapporté que le ministre de la Défense Benny Gantz travaillait à faire avancer 5 000 logements d’implantations à travers différentes étapes de planification. Les dirigeants d’implantations ont affirmé que le gouvernement avait imposé un gel de facto de la construction en raison des développements régionaux, tels que l’accord de normalisation avec les EAU.

Le premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche), l’ambassadeur américain en Israël David Friedman (au centre) et le ministre du Tourisme Yariv Levin lors d’une réunion pour discuter de l’extension de la cartographie de la souveraineté israélienne à des zones de la Cisjordanie, dans l’implantation d’Ariel, le 24 février 2020. (Crédit : David Azagury/Ambassade des Etats-Unis à Jérusalem)

Cet accord a vu Netanyahu accepter de suspendre ses projets d’annexion de pans de la Cisjordanie que le plan Trump envisage d’inclure en Israël. Cependant, le Premier ministre a insisté sur le fait que le compromis était temporaire et qu’il n’avait pas retiré l’annexion de son agenda.

Lors de la conférence téléphonique de mercredi, M. Kushner a également souligné qu’il avait réussi à convaincre le gouvernement israélien d’accepter que Washington présente une carte de la Cisjordanie à partir de laquelle Jérusalem serait prête à négocier.

« Lors des premières réunions avec le président Abbas, ce dernier a fait savoir : ‘Si vous pouviez amener Israël à accepter une carte, alors le reste serait facile.’ Nous avons fait mieux que cela : nous avons obtenu qu’ils [les Israéliens] acceptent un État avec une carte », a déclaré M. Kushner.

Le Premier ministre israélien a dit qu’il n’appelle pas ce que les Palestiniens se voient offrir dans le plan de paix un « Etat », mais n’a aucun problème avec le fait que l’administration Trump étiquette le territoire comme tel.

Jared Kushner (à gauche), rencontre le président de l’Autorité palestinienne Abbas à Ramallah, le 21 juin 2017. (Bureau de presse de l’AP).

Les Palestiniens considèrent la Cisjordanie comme le cœur d’un futur État indépendant et Jérusalem-Est comme leur capitale. La majorité de la communauté internationale soutient leur position, mais Trump a inversé des décennies de politique étrangère américaine en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël et en y installant l’ambassade américaine. Il a également fermé les bureaux diplomatiques palestiniens à Washington et réduit le financement des programmes d’aide aux Palestiniens.

Abbas a rejeté le plan Trump et refusé de discuter avec l’administration à ce sujet, a fustigé les EAU pour leur accord avec Israël et, ces dernières semaines, a approfondi ses contacts avec le groupe terroriste islamiste du Hamas, qui dirige la bande de Gaza.

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