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La 20e chaîne provoque un tollé pour avoir reçu le pyromane d’une école mixte

La TV de droite présente ses excuses après que le pyromane Yitzhak Gabai a joyeusement déclaré en direct qu'il ne regrettait pas d'avoir incendié l'école bilingue à Jérusalem

Capture d'écran d'une interview de Yitzhak Gabai, un militant juif d'extrême droite, sur la Vingtième chaîne, qui explique comment il a incendié une école arabo-juive à Jérusalem. L'émission a été diffusée le 11 novembre 2018. (Channel 20)
Capture d'écran d'une interview de Yitzhak Gabai, un militant juif d'extrême droite, sur la Vingtième chaîne, qui explique comment il a incendié une école arabo-juive à Jérusalem. L'émission a été diffusée le 11 novembre 2018. (Channel 20)

Une chaîne de télévision de droite a déclenché une vague de condamnations dimanche après avoir diffusé une interview en direct d’un terroriste juif qui n’a exprimé aucun regret pour l’incendie criminel qu’il a déclenché contre une école arabo-juive, rappelant avec joie les détails de cette agression aux téléspectateurs.

La Vingtième chaîne a par la suite présenté ses excuses pour son émission « Open Studio », qui accueillait Yitzhak Gabai, condamné à plus de trois ans de prison pour avoir incendié l’école Max Rayne Yad Beyad à Jérusalem en 2014.

Gabai et les frères Nahman et Shlomo Twitto ont été reconnus coupables en septembre 2015 par le tribunal de district de Jérusalem d’avoir déclenché un incendie dans une école bilingue hébreu-arabe et peint sur les murs du lycée des messages tels que « Il n’y a pas de coexistence avec un cancer » ; « Mort aux arabes » et « Kahane avait raison », une référence à feu le rabbin Meir Kahane, mentor du mouvement ultra-nationaliste juif.

Les trois hommes appartenaient à l’organisation d’extrême droite Lehava, qui, inspirée par les enseignements de Kahane, vise à faire cesser la coexistence entre juifs et arabes en Israël.

En décembre 2015, Gabai a été condamné à trois ans de prison après avoir rejeté un accord de plaidoyer signé par les frères Twitto pour différents chefs d’incendie criminel, port d’arme illégale et incitation à la violence sur les réseaux sociaux. La Cour suprême a par la suite accepté l’appel interjeté par le ministère public et a porté la peine à 40 mois.

Yitzhak Gabai, un membre de l’organisation d’extrême droite Lehava à la cour de district de Jérusalem, le 1er décembre 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Lors de l’interview de la Vingtième chaîne, ponctuée de jovials échanges entre Gabai et les autres participants, Gabai a expliqué comment il avait mis le feu à l’école et a déclaré : « Je ne regrette pas d’avoir mis le feu à l’école. Je regrette d’avoir été en prison, mais j’ai payé ».

Souriant en se rappelant les détails, Gabai a raconté comment le groupe avait repéré les lieux la veille de l’attaque à la recherche de caméras de sécurité et de voies d’évacuation possibles. Il a dit que le but de l’attaque était d’attirer l’attention des médias sur la coexistence entre Juifs et Arabes.

Après l’émission, il y a eu une vague de critiques sur les réseaux sociaux, beaucoup déplorant que la chaîne ait donné une tribune à Gabai et que le présentateur Boaz Golan n’ait ni condamné ce crime ni posé de questions de fond.

D’éminents journalistes israéliens ont également critiqué l’émission, parmi lesquels Erel Segal, qui a récemment déclaré qu’il quittait la chaîne où il travaillait depuis quatre ans en tant que présentateur.

L’interview avec Gabai était « une honte », a tweeté Segal.

Baruch Kara, journaliste de la Dixième chaîne, a écrit sur son fil Twitter : « Une honte. Rire de l’incendie de l’école. »

Amit Segal de la principale chaîne d’information Hadashot a twitté : « Vraiment écoeurant. Si c’est pour ça qu’ils ont créé une chaîne de droite, alors nous devons la fermer. »

Josh Breiner, correspondant juridique de Haaretz, a noté dans un tweet que pendant sa condamnation, Gabai a dit aux juges que « je me suis fourvoyé, avec des sentiments débridés. Donnez-moi une chance, c’était une erreur, j’ai appris la leçon. »

La Vingtième chaîne a publié un communiqué dans lequel elle a exprimé sa réprobation à l’égard de cette interview.

« La direction de la Vingtième chaîne désapprouve l’interview qui a eu lieu ce soir sur ‘Open Studio’ avec le criminel Yitzhak Gabai qui a mis le feu à l’école bilingue à Jérusalem », a déclaré la chaîne dans un communiqué. « L’interview a dérogé à toutes les normes admises et nous désapprouvons complètement le crime commis et la manière dont l’interview a été menée. »

L’intérieur de l’école Max Rayne Yad Beyad de Jérusalem, une école judéo-arabe qui a été vandalisée le 28 novembre 2014 (Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash90 / JTA)

L’animateur Boaz Golan s’est également excusé en écrivant sur sa page Facebook : « Le but de l’interview était de lui donner l’occasion de se repentir de ses actes. À mon grand regret, Gabai a dit clairement qu’il ne regrettait pas son geste ».

« Nous avons commis une erreur en donnant une tribune dans une émission en direct à une personne qui a commis un crime, sans pouvoir contrôler le message qu’elle donnerait, et que sur le plateau il se créait une atmosphère mêlant frivolité et plaisanteries, et que l’interview ne fut pas interrompue immédiatement. »

« Pour lever toute ambiguïté, nous condamnons l’homme et ses actes et nous en tirerons la leçon. Nous nous excusons auprès de nos téléspectateurs. »

La Vingtième chaîne a commencé à émettre en août 2014 en tant que station axée sur la tradition juive avec une orientation conservatrice. Parfois surnommée Fox News en raison de sa programmation de droite et de sa prétention à offrir un point de vue contraire aux « médias grand public », la chaîne n’a reçu l’autorisation de diffuser ses propres journaux télévisés qu’en décembre 2016.

La Vingtième chaîne a essuyé des critiques ce même mois lorsqu’elle a censuré le président Reuven Rivlin pour sa participation à une conférence à New York, à laquelle ont également participé des membres de Breaking the Silence – l’ONG de gauche qui dénonce des prétendues violations commises par des soldats israéliens contre des Palestiniens en Cisjordanie.

En mars 2016, la députée Stav Shaffir de l’Union sioniste a prétendu qu’un sketch satirique diffusé sur la Vingtième chaîne constituait un acte de harcèlement sexuel. Sur Facebook, Shaffir a fustigé la chaîne pour un passage de son émission « The Patriots » dans laquelle l’animateur Erel Segal a déclaré que la députée avait du plaisir sexuel à faire du vélo.

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