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La Colombie a élu un président qui a comparé Israël aux nazis

Gustavo Petro a été officiellement réprimandé par Israël en 2014, pour avoir publié de fausses photos anti-israéliennes et accusé Tsahal du « massacre » des Gazaouis

Le nouveau Président colombien Gustavo Petro (au centre) célèbre sa victoire au second tour des élections présidentielles aux côtés de son épouse Veronica Alcocer et de sa coéquipière Francia Marquez à l’Aréna Movistar de Bogota, le 19 juin 2022, le 19 juin 2022 (Crédit : Daniel MUNOZ / AFP)
Le nouveau Président colombien Gustavo Petro (au centre) célèbre sa victoire au second tour des élections présidentielles aux côtés de son épouse Veronica Alcocer et de sa coéquipière Francia Marquez à l’Aréna Movistar de Bogota, le 19 juin 2022, le 19 juin 2022 (Crédit : Daniel MUNOZ / AFP)

L’amélioration des relations entre la Colombie et Israël pourrait connaitre un revers avec la victoire à l’élection présidentielle de l’ex-rebelle de gauche Gustavo Petro, critique virulent d’Israël qui a, par le passé, comparé la situation des Palestiniens à la « discrimination » subie par les Juifs aux mains des nazis.

« L’État d’Israël est une chose et la religion juive en est une autre, tout comme l’État colombien est une chose et la religion catholique une autre », avait publié Petro sur Twitter en 2019. « Confondre État et religion est caractéristique d’une mentalité archaïque. L’État d’Israël discrimine les Palestiniens comme les nazis discriminaient les Juifs. »

Petro a également été un opposant virulent à la décision des États-Unis de 2017 de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, et a accusé l’armée israélienne d’avoir perpétré un « massacre » contre les Gazaouis lors de violentes manifestations à la frontière contre le transfert de l’ambassade américaine, en mai 2018.

Selon un article paru en 2014 dans El Tiempo en Colombie, l’ambassade d’Israël à Bogota a publiquement réprimandé Petro, alors maire de la capitale, pour avoir publié de fausses images qui, selon lui, étaient des Gazaouis tués par Israël pendant la guerre entre Tsahal et le groupe terroriste Hamas cette année-là dans la bande de Gaza.

« Des images fausses et manipulées de ce qui est censé se passer dans la bande de Gaza », a déclaré l’ambassade, selon la source d’information, ajoutant que « la plupart de ces images sont anciennes et proviennent d’un conflit interne en Syrie ».

Par ailleurs, Petro a tweeté la photo d’une manifestation anti-israélienne en Grande-Bretagne, en juillet 2014, assortie de la légende « Londres contre la barbarie ».

Des manifestants pro-palestiniens brandissent des pancartes et agitent des drapeaux palestiniens lors d’un rassemblement de masse contre Israël à Londres le samedi 9 août 2014. (Photo : Leon Neal/AFP)

Petro s’est également déclaré prêt à renouer des relations diplomatiques avec le Venezuela, interrompues en 2019, autre point de friction possible avec Israël, dans la mesure où le Venezuela est un allié clé de l’Iran.

Mardi, le ministère israélien des Affaires étrangères a publié sur Twitter des félicitations suite à la victoire de Petro.

« Nous félicitons le peuple colombien et le président élu Petro Gustavo pour le succès des élections démocratiques et nous nous réjouissons à la perspective de renforcer les relations entre Israël et la Colombie, et entre nos deux peuples », peut-on lire dans le tweet.

Le prédécesseur de Petro, le président colombien Iván Duque, a sensiblement amélioré la qualité des relations avec Israël durant son mandat et s’est rendu en Israël en novembre dernier pour l’ouverture d’un bureau du commerce et de l’innovation à Jérusalem, consécration de relations déjà étroites entre Israël et un allié clé en Amérique du Sud.

Il a rencontré à cette occasion le Premier ministre Naftali Bennett à Jérusalem, et les deux dirigeants ont évoqué la menace iranienne, entre autres défis régionaux. Bennett a remercié Duque d’avoir ajouté le Hezbollah et le Corps des gardiens de la révolution iranienne à la liste des organisations terroristes de Colombie.

Le Premier ministre Naftali Bennett (à droite) serre la main du président de la Colombie, Ivan Duque, dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 9 novembre 2021 (Crédit : Haim Zach/GPO)

Lors d’un dîner d’État organisé par le président Isaac Herzog, Duque a déclaré que « la Colombie est le premier allié d’Israël en Amérique latine. »

Petro, pour sa part, qui a un passé de rebelle au sein du mouvement M-19, aujourd’hui disparu, a été amnistié après avoir été emprisonné.

La victoire de dimanche était sa troisième candidature à la présidence. Il a recueilli 50,48 % des voix, selon les résultats publiés par les autorités électorales. Âgé de 62 ans, il sera officiellement déclaré vainqueur après un décompte officiel susceptible de prendre quelques jours. Historiquement toutefois, les résultats préliminaires sont toujours confirmés par les résultats définitifs.

Il propose d’ambitieuses réformes pour les retraites, la fiscalité, la santé et l’agriculture ainsi que des changements dans la lutte contre les cartels de la drogue et d’autres groupes armés en Colombie.

Gustavo Petro, candidat à la présidence de la coalition du pacte historique, montre son bulletin de vote avant le second tour du scrutin présidentiel à Bogota, en Colombie, le 19 juin 2022. (Crédit : AP Photo/Fernando Vergara)

L’élection s’est tenue dans un pays marqué par la lutte contre la montée des inégalités, de l’inflation et de la violence, facteurs qui ont amené les électeurs au premier tour de l’élection, le mois dernier, à délaisser les politiciens centristes et de droite, depuis longtemps au pouvoir, et à choisir deux outsiders pour le second tour.

La performance de Petro est la dernière victoire politique en date de la gauche en Amérique latine, mue par un désir de changement. Le Chili, le Pérou et le Honduras ont élu des présidents de gauche en 2021, et au Brésil, l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva est en tête des sondages pour l’élection présidentielle de cette année.

Mais les résultats sont aussi un sujet d’inquiétude pour certains électeurs dont la seule référence de gauche est le Venezuela voisin, en proie aux pires troubles. Petro souhaite également faire évoluer la relation qu’entretient la Colombie avec les États-Unis, en renégociant l’accord de libre-échange et s’accordant sur de nouvelles manières de lutter contre le trafic de drogue.

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