La COVID-19 aidera à mettre de la diversité dans la High-Tech israélienne
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La COVID-19 aidera à mettre de la diversité dans la High-Tech israélienne

"Nous avons échoué à intégrer les Haredim, les Ethiopiens, les femmes", dit Alan Feld, fondateur d'un groupe d'investissement ; le coronavirus pourrait servir "d'égalisateur"

Alan Feld, fondateur et partenaire israélo-canadien de Vintage Investment Partners (Autorisation)
Alan Feld, fondateur et partenaire israélo-canadien de Vintage Investment Partners (Autorisation)

La propagation de la pandémie de coronavirus a mis en exergue les disparités sociales profondes qui sont apparues en Israël au fil des années, et elle a mis en évidence l’échec du gouvernement et du secteur technologique à intégrer une population plus diversifiée dans son club hi-tech formé « exclusivement d’hommes blancs », selon Alan Feld, fondateur israélo-canadien et partenaire de gestion de l’entreprise Vintage Investment Partners.

Vintage est une société de capital-risque israélienne, forte de deux milliards de dollars en gérance. Cette firme investit dans les compagnies de capital-risque et dans des start-ups en Israël, en Europe et aux Etats-Unis, et elle combine fonds secondaires, fonds de co-investissements et fonds de fonds.

« Au cours des 26 années que j’ai passées dans le secteur, j’ai eu l’occasion de rencontrer les personnalités les plus étonnantes et les jeunes entrepreneurs les plus talentueux », a déclaré Feld au cours d’un entretien accordé la semaine dernière dans les bureaux de Vintage, à Herzliya, alors que l’Etat juif se préparait à fêter le Nouvel an juif. « Mais la révolution hi-tech israélienne n’a pas suffisamment filtré dans le reste du pays ».

« Nous avons échoué à intégrer les Haredim, les Arabes, les Ethiopiens, et les femmes aussi. Tous ne font pas suffisamment partie de cette tendance. C’est un échec du gouvernement et c’est notre échec aussi, en tant qu’industrie. Nous n’avons pas fait suffisamment pour savoir nous saisir de ce miracle qu’est la start-Up Nation en la rendant largement accessible. Et c’est une obligation que nous avons ».

Lors du premier hackathon pour ultra-orthodoxes dans les bureaux de Facebook à Tel Aviv, les équipes concilient textes sacrés et technologie, 16 novembre 2017. (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Ces disparités doivent disparaître, a continué Feld, pour garantir que l’Etat juif saura continuer être à la hauteur de son surnom de Startup Nation.

« Il y a du pouvoir dans la diversité », a-t-il continué. « Les recherches ont montré que plus une entreprise est diverse, meilleure est la qualité des produits parce qu’il est plus facile de répondre aux besoins d’une audience diversifiée. »

Mais au lieu de se concentrer sur un message d’inclusion, a ajouté Feld, chaque communauté ne s’est préoccupée que de ses intérêts les plus étroits.

Pour sa part, le gouvernement a souvent adopté un message du « nous contre eux », balkanisant ainsi le pays au lieu de se focaliser sur le bien commun. Quand on définit étroitement un ‘nous’, on crée la peur, les préjugés. Au lieu de briser les préjugés, nous ne faisons que les renforcer », continue-t-il.

Pour intégrer ces populations – parmi lesquelles les femmes et les personnes en situation de handicap – qui sont très largement restées à la marge de l’aubaine représentée par le hi-tech dont profite « un bastion d’hommes blancs », il n’est pas suffisant de faire appel à l’éducation et à la formation, même si ces deux éléments sont essentiels, poursuit-il.

« Les compagnies doivent faire des efforts pour absorber ces populations », estime-t-il, et la valeur de la diversité doit être prônée auprès des petits élèves israéliens, dès le début de leur scolarité.

« On a tendance à embaucher des gens qui nous ressemblent, qui parlent et qui pensent comme nous. Et non seulement nous laissons à l’écart des personnalités de très grand talent mais le manque de diversité renforce aussi la pensée de groupe, inhibant l’innovation », explique-t-il. Ce manque de sensibilisation et de diversité est un « obstacle énorme » à la croissance continue de la Startup Nation, ajoute-t-il.

L’un des projets d’innovation de Sheba : « La salle d’hôpital de l’avenir », construite au centre israélien de simulation médicale au centre médical Sheba (Autorisation : Centre médical Sheba)

La pandémie de coronavirus – qui a « accéléré de manière spectaculaire » l’adoption de technologies favorisant les soins, l’éducation et le travail à distance – pourrait servir « d’égalisateur » dans cette situation et elle a la capacité – si elle est bien gérée – de faire disparaître les écarts sociaux.

Des enseignements en ligne de grande qualité sont dorénavant disponibles sur Internet alors que le virus a renforcé l’adoption des technologies qui permettent l’apprentissage à distance, note-t-il. « Un grand nombre de contenus formidables peuvent être dorénavant placés à la disposition de la périphérie », explique-t-il. Et c’est la même chose dans le secteur des soins de santé, avec les habitants du nord et du sud du pays qui sont dorénavant en mesure de consulter des spécialistes installés dans le centre du pays par visioconférence au lieu de devoir parcourir des distances parfois importantes pour se rendre à un rendez-vous.

Mais là encore, précise-t-il, la révolution technologique et les changements qu’elle induira devront être appréhendés correctement. « Il va y avoir des changements fondamentaux » dans la manière dont vivent et travaillent les gens, a-t-il continué. Les entreprises qui n’adoptent pas ces technologies ne seront pas capables de survivre dans ce nouveau monde dominé par le hi-tech et de nombreuses firmes dans des secteurs comme le tourisme, l’hôtellerie, les taxis, la restauration et la location de bureaux ressentiront toutes un « glissement énorme » sous l’effet du coronavirus.

« Il n’y aura pas de parachute », s’exclame-t-il. « Les gens ont pu penser qu’ils auraient dix ans pour s’adapter à la révolution technologique qui était déjà en cours. Aujourd’hui, à cause de la COVID-19, on n’a plus le temps de s’adapter ».

« Il y aura un bouleversement à long-terme dans les emplois et le gouvernement doit mettre en place une stratégie pour prendre en charge tous ces travailleurs dont les postes ont définitivement disparu », note-t-il. « Il n’y a aucune stratégie établie pour le moment en Israël ou ailleurs. C’est une grosse inquiétude ».

Se tournant résolument vers l’avenir, Feld estime que les secteurs technologiques qui seront le plus dynamisés par la pandémie de coronavirus seront la santé – où la tendance aux soins à distance et aux soins à domicile va s’intensifier – et dans les technologies de l’éducation, pour développer encore les possibilités de l’enseignement à distance. Les voyages d’affaires, eux aussi, vont être bousculés, explique-t-il. « Une première réunion par le biais d’une visioconférence sur Zoom était inacceptable avant la COVID-19 », explique-t-il. « Ce n’est dorénavant plus le cas ».

A cause de ces prouesses technologiques, indique Feld, Israël est en bonne position pour profiter de la révolution technologique qui est accélérée par le coronavirus. « Je suis optimiste à long-terme », dit-il, « mais il est essentiel de rendre la technologie accessible à tous. Sinon, nous connaîtrons de très gros problèmes ».

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