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La COVID a envoyé les Juifs orthodoxes de New York en Terre promise : la Floride

De Miami jusqu'à Boca Raton, les communautés juives de la Floride ont connu une hausse majeure de leur population, un phénomène entraîné par la pandémie

La synagogue Young Israel à Hollywood, en Floride. (Crédit : Shira Hanau via JTA)
La synagogue Young Israel à Hollywood, en Floride. (Crédit : Shira Hanau via JTA)

HOLLYWOOD, Floride (JTA) — Quand des clients juifs orthodoxes viennent voir Sharon Brandt, commerciale dans l’immobilier, pour trouver un logement dans le secteur du sud de la Floride, elle leur demande de s’assurer que leurs enfants auront bien une place à l’école avant de concrétiser leur achat.

Et lorsque le rabbin Yoni Fein, directeur d’une école, la Brauser Maimonides Academy à Hollywood, en Floride, reçoit une demande d’inscription de la part de parents qui ne sont pas originaires de l’État, il leur conseille de s’assurer qu’ils pourront trouver un logement avant d’accepter le dossier de leur enfant.

Cette situation inextricable de pénurie de logements et de listes d’attente à rallonge dans les zones où sont installés les établissements scolaires communautaires n’est pas une coïncidence : la communauté juive de Hollywood pourrait bien être aujourd’hui l’une de celles qui augmentent le plus rapidement dans tout le pays.

« C’est très rare qu’une maison se présente », commente Brandt en évoquant le marché du logement dans la ville. « La vraie pénurie a commencé aux mois de janvier, février et mars 2021. Cela a été complètement dingue. »

Pendant toute la pandémie, les communautés juives orthodoxes du sud de la Floride – de Miami jusqu’à Boca Raton, dans le nord – ont connu une explosion de leur population, un phénomène entraîné par la pandémie. Et Hollywood qui, jusque-là, n’accueillait qu’une modeste communauté orthodoxe moderne, avec une seule synagogue ashkénaze et une petite école juive, est rapidement devenue l’une des communautés orthodoxes au développement le plus rapide dans tout le pays.

Si la communauté n’a pas cessé de se développer au cours des cinq dernières années environ, la pandémie s’est avérée être un moteur majeur de croissance pour le sud de la Floride. Les nouveaux et anciens résidents de la zone expliquent que la nouvelle flexibilité offerte par le télétravail, combinée aux frustrations causées par les restrictions mises en place dans la lutte contre le coronavirus ailleurs, ont amené de nouveaux habitants en Floride, un État plus calme. Cette migration fait évoluer la démographie de la Floride, qui était jusque-là un État prisé par les retraités juifs – et qui est aujourd’hui prise d’assaut par les jeunes familles.

Sharon Brandt, commerciale dans l’immobilier à Hollywood, en Floride. (Crédit : Shira Hanau)

Le rabbin Arnie Samlan, responsable de l’éducation juive à la Fédération juive du comté de Borward, qualifie ce phénomène « d’alyah orthodoxe vers la Floride », utilisant le terme en hébreu désignant l’émigration en Israël.

« Cette blague sur la Floride qui serait la salle d’attente de Dieu ? Ce n’est plus vrai », s’amuse Samlan.

Tandis que le marché de l’emploi a été longtemps l’un des facteurs majeurs qui ont pu empêcher les membres de la communauté de s’installer en Floride – cet État est dépourvu d’un pôle majeur pour le travail dans des industries comme la finance et le marketing, qui séduisent souvent les Juifs orthodoxes de la région de New York –, les opportunités de télétravail qui ont été offertes par la pandémie ont changé cet état de fait. Certaines entreprises ont même relocalisé toutes leurs opérations en Floride, entraînant avec elles leurs employés et leurs familles.

Max Klein, son épouse et leurs trois enfants ont quitté New Milford, dans le New Jersey, pour Hollywood à la fin du mois de juin, suite à la relocalisation de sa firme d’investissement qui a déménagé de New York pour s’installer à Miami. Pour Klein, le fait que son lieu de travail ait été déplacé a rendu cet exil familial naturel. Et il va sans dire que les avantages présentés par la vie en Floride ont aussi adouci les choses.

« Les impôts, la liberté plus grande en période de COVID, le beau temps toute l’année, tout vient s’ajouter », s’exclame-t-il.

Leora Cohen dit avoir eu d’abord du mal à s’adapter à son nouveau mode de vie en Floride après avoir quitté l’Upper East Side de Manhattan pour Hollywood, en 2019. Mais quand elle a vu ses amis, à New York, bloqués dans leur logement pour cause de pandémie avec leurs enfants tandis que ses enfants à elle jouaient à l’extérieur pendant tout l’hiver, elle a réalisé qu’elle ne pourrait plus jamais repartir.

« Ma famille me manque mais jamais je ne pourrais repartir de la Floride », dit-elle. Elle ajoute que « les joies de l’été à New York sont celles de notre vie quotidienne en Floride ».

Le bénévole Marty Heiman range une livraison de matzot pour Pessah à la banque alimentaire casher des services communautaires juifs durant la pandémie de coronavirus à North Miami Beach, en Floride. (Crédit : AP Photo/Lynne Sladky)

Même à un moment où le nombre de décès des suites de la COVID-19 connaît son paroxysme en Floride (alors que l’obligation du port du masque continue à être rejetée), l’approche souple de l’État face à la pandémie a aussi assurément contribué à attirer certains nouveaux arrivants.

« Il y a, bien sûr, des raisons politiques qui sont à l’origine de l’installation de tous ces gens ici, avec le confinement et la manière dont différents États ont pris en charge le coronavirus », estime Fein, le principal de la Brauser Maimonides Academy. « Et finalement, ils se décident à rester. Je connais quelques familles qui se sont installées ici parce qu’elles ne savaient pas quand la crise de la COVID se terminerait. »

Le rabbin Yosef Weinstock de la synagogue Young Israel, à Hollywood, déclare que l’affluence dans son lieu de culte avait déjà plus que doublé au cours des quinze dernières années, mais que les dix-huit mois qui viennent de s’écouler ont marqué une croissance sans précédent de sa communauté.

« Sur les registres, nous en sommes aujourd’hui à plus de 650 familles mais ce n’est qu’un point de départ », indique Weinstock qui note que l’adhésion à la synagogue a augmenté de plus de 60 familles depuis l’apparition du coronavirus aux États-Unis. Il pense qu’environ 200 familles de plus ont déménagé à Hollywood mais qu’elles ne se sont pas encore rapprochées de la synagogue.

Alors que les biens immobiliers vacants sont limités dans les quartiers orthodoxes existants, les nouveaux-venus ont acheté des logements dans les environs, ce qui a entraîné la création de synagogues satellites dans les quartiers.

À Boca Raton, la synagogue orthodoxe locale a deux nouvelles antennes – à l’Ouest et à l’Est – pour accueillir les nouvelles communautés. La synagogue Young Israel de Hollywood a ouvert une antenne à West Hollywood, dotée de son propre rabbin, et elle a récemment embauché un nouveau rabbin dans son lieu de culte principal pour répondre aux besoins de cette communauté croissante.

« C’est un peu saturé », dit Weinstock en évoquant le quartier d’Emerald Hills où la communauté juive orthodoxe de Hollywood s’est installée depuis sa construction, dans les années 1980.

Un avantage de cette effervescence toute nouvelle est l’explosion des restaurants casher à Hollywood et dans d’autres parties du sud de la Floride. À Surfside, une petite communauté du bord de mer, plusieurs blocs d’immeubles sont dominés par des restaurants casher chics – des grills ou des restaurants japonais ou italiens. À Hollywood, plusieurs grandes épiceries casher proposent quotidiennement des rayons entiers de plats préparés ou de sushis frais.

Des gens sur la plage de Hollywood, en Floride, le 2 juillet 2020. (Crédit : AP Photo/Lynne Sladky)

Une partie de cette croissance a assurément à voir avec la popularité du sud de la Floride en tant que lieu de villégiature pour les Juifs orthodoxes, selon Dani Klein, propriétaire du site de restauration casher YeahThatsKosher.com. Et une fois qu’un grand nombre de Juifs orthodoxes ont commencé à partir vivre en Floride à plein temps, la demande de restaurants casher de haute qualité – qui ont attiré par ricochet d’autres nouveaux arrivants – s’est multipliée.

« Au cours de la dernière décennie environ, on est passé d’un grand nombre de restaurants casher à un grand nombre de restaurants casher de très haute qualité », explique Klein. « Surfside est devenu le numéro deux en termes de restaurants casher après Crown Heights [qui se trouve à Brooklyn] dans le pays. »

À la Brauser Maimonides Academy, l’immigration massive en Floride a entraîné de longues listes d’attente dans toutes les classes.

Fein s’était installé à Hollywood après avoir quitté le New Jersey pour devenir le directeur de l’école en 2017. Il a vu des dizaines de ses amis suivre son exemple, transformant ce lieu de vacances prisé par les Juifs orthodoxes de New York en cadre de vie quotidien.

Avec le développement des communautés dans tout le sud de la Floride, ces dernières années, les nouveaux arrivants n’ont plus besoin de sacrifier les services auxquels ils sont habitués, comme les restaurants casher nombreux, les épiceries juives et les écoles juives de haute qualité qu’ils avaient à New York.

Alors que l’école comptait 450 élèves quand Fein a pris ses fonctions il y a quatre ans, il y a maintenant environ 650 élèves à Brauser-Maimonides, une école qui propose un accueil des enfants de la crèche à la Seconde. Et toutes les classes ont leur liste d’attente.

Si l’approche de la Floride face à la COVID pourra avoir séduit à court-terme les familles orthodoxes, les bénéfices économiques de cette installation – et en particulier en ce qui concerne les frais d’inscription dans les écoles juives – seront probablement plus durables.

Fein explique que les bourses financées par l’État, qui ont été récemment élargies aux écoles privées, ont été « un facteur majeur » pour les familles qui inscrivent leurs enfants dans des écoles juives. Au mois de mai, le gouverneur Ron DeSantis a ratifié une loi qui permet aux familles gagnant jusqu’à 100 000 dollars d’accéder aux bons scolaires financés par l’État (le montant de la bourse dépend d’un certain nombre de critères, parmi lesquels le revenu et le nombre d’enfants).

Les bourses, continue-t-il, permettent « essentiellement de résoudre la crise des frais scolaires pour beaucoup de familles ».

L’extérieur de la synagogue The Shul de Surfside, en Floride, le 25 juin 2021. (Crédit : Ron Kampeas/JTA)

Pour les familles qui ne peuvent pas prétendre à ces bourses, le fait que la Floride soit dépourvue d’un impôt sur le revenu pour l’État peut entraîner la différence pour les nouveaux arrivants à haut revenu en provenance d’États comme la Californie, New York ou le New Jersey, où les taxes sont élevées.

Allan Jacob, président de l’organisation Teach FL, qui prône le choix libre des écoles au sein de l’Union orthodoxe et qui est membre de l’équipe de transition de DeSantis, a récemment écrit une lettre ouverte pour le Wall Street Journal qui vante les avantages des écoles de la Floride pour les parents.

« Au-delà du choix éclairé de l’enseignement que les parents désirent pour leur enfant, les familles juives qui déménagent apprécient l’idée de vivre dans un État où il n’y a pas d’impôt sur le revenu et où les pressions du gouvernement sont moindres », affirme Jacob dans sa tribune.

Même avec l’expansion des communautés, plusieurs résidents de longue date disent que ces dernières ont conservé l’état d’esprit des plus petites – cet état d’esprit qu’avaient appelé de leurs vœux de nombreux Juifs pendant la pandémie, qui s’étaient sentis isolés de leurs amis et de leurs familles.

« Il y a une chaleur vraiment palpable, pas seulement parce qu’elle est vive, dans notre communauté », explique Weinstock. « L’état d’esprit est très familial. »

Fein déclare que « c’est, en quelque sorte, un moyen d’avoir le meilleur de deux mondes ».

« Les infrastructures sont importantes, il y a des restaurants casher, on peut choisir une école ou une synagogue, on peut avoir beaucoup d’amis et c’est aussi beaucoup abordable en termes de prix de l’immobilier », note-t-il. « Je n’aurais jamais pu me permettre d’acheter une maison à New York ou dans le New Jersey. Ici, j’ai réussi à acheter ma première maison. »

Samlan, qui s’est installé à Miami il y a huit ans avant de poser ses valises à Hollywood, loue un appartement en attendant de trouver enfin la maison qui deviendra la sienne. Il dit comprendre l’arrivée des Juifs orthodoxes dans l’État.

« Si vous aimez venir ici pour Pessah et Souccot », dit-il, « pourquoi ne pas travailler ici à distance ? »

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