La crise avec le monde juif pourrait coûter des milliards à Israël
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6,35 % du PIB d’Israël provient des Juifs de la Diaspora

La crise avec le monde juif pourrait coûter des milliards à Israël

Dans la tourmente des menaces de réduction de donations, Michael Oren affirme que les contributions et les investissements des Juifs de la Diaspora sont "presque équivalents à notre budget de la Défense"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Ana et Steven Weisman et Stephanie Trump marchent à la Porte Jaffa de Jérusalem lors du premier « méga-événement » de la mission de la Fédération juive du Grand Miami de 700 personnes en Israël. (Crédit : Randi Sidman-Moore / JTA)
Ana et Steven Weisman et Stephanie Trump marchent à la Porte Jaffa de Jérusalem lors du premier « méga-événement » de la mission de la Fédération juive du Grand Miami de 700 personnes en Israël. (Crédit : Randi Sidman-Moore / JTA)

Jérusalem risque de perdre des milliards de shekels si les communautés juives à travers l’Amérique du nord devaient traduire leur colère contre le gouvernement en une réduction de leurs donations et des investissements en Israël, a averti mardi l’assistant du ministre Michael Oren, originaire des Etats-Unis.

Après la décision du cabinet dimanche de faire avancer une loi controversée sur la conversion et de geler l’accord sur l’expansion d’une plate-forme de prière pluraliste au mur Occidental, plusieurs philanthropes juifs ont déclaré à Oren qu’ils pensaient sérieusement à suspendre leurs affaires avec Israël, a-t-il déclaré.

Des informations provenant de médias en hébreu ont également cité des officiels de haut rang dans la communauté juive américaine qui songent à réduire leurs contributions à l’Etat juif.

Si ces menaces se matérialisent dans un effet de boule de neige de désinvestissement massif d’Israël, Jérusalem perdrait une source majeure de revenu. Cette crise pourrait même mettre en danger la sécurité nationale avec la réduction du soutien envers Israël de politiciens américains juifs, a déclaré Oren.

« Ecarter la diaspora juive, particulièrement la partie la plus influente de la diaspora juive, que sont les Juifs américains libéraux qui investissent et contribuent à aider Israël de manière très généreuse, nous coûtera potentiellement des milliards de shekels, a déclaré au Times of Israël Oren, qui a grandi dans une communauté conservatrice dans le New Jersey. La crise actuelle complique véritablement la situation pour les philanthropes qui veulent lever de l’argent pour Israël ».

Selon un récent rapport du ministère des Affaires de la Diaspora, les Juifs de la Diaspora sont une source d’environ 58 milliards de shekels, ce qui représente 6,35 % du PIB du pays.

Les Juifs américains donnent 8 milliards de shekels en cash à Israël chaque année, c’est 90 % de toutes les donations à l’Etat juif, a déclaré Oren, citant le rapport.

Avec les contributions qu’ils ont réalisées à travers les investissements, le capital risque, le patrimoine immobilier, les exportations et le tourisme, le montant que les Juifs américains investissent dans l’économie israélienne atteint presque les 58 milliards de shekels (14,5 milliards d’euros), a-t-il expliqué en se référant au rapport.

« Une baisse d’1 % de la contribution de la Diaspora à l’économie israélienne entraînera la perte de 1 800 emplois israélien », a déclaré Oren, ancien ambassadeur israélien aux Etats-Unis.

Michael Oren lors d'un débat politique à l'Université Hébraïque de Jérusalem, en mars 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Michael Oren lors d’un débat politique à l’Université Hébraïque de Jérusalem, en mars 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Vingt-sept pour cent des touristes en Israël sont des Juifs de la Diaspora, a-t-il poursuivi, si ce nombre venait à diminuer d’1 %, 160 emplois israéliens seraient perdus, a-t-il ajouté.

« Les contributions et les investissements de la Diaspora juive en Israël sont presque équivalentes à notre budget de la Défense, a dit Oran. Cela coûterait potentiellement des milliers d’emplois et pourrait affecter notre sécurité en réduisant notre soutien parmi les représentants des Juifs américains, y compris ceux au Congrès ».

Environ 1 membre du congrès sur 10 est juif ; aucun n’est orthodoxe, a-t-il déclaré.

Dans le même temps, le colonel de réserve Dr Eran Lerman, un ancien assistant pour les Affaires de politique étrangère au Conseil de Sécurité Nationale d’Israël, a estimé que les décisions controversées du gouvernement sur la conversion et sur le mur Occidental dimanche constituaient une « menace à long-terme d’un des piliers fondateurs de la sécurité nationale israélienne : à savoir, la volonté et la capacité des organisations juives américaines à se tenir auprès d’Israël dans les moments difficiles, comme ils l’ont fait à de très nombreuses reprises depuis 1948 ».

« De plus, a écrit Lerman dans un article de mercredi pour le Centre d’Etudes stratégiques de Begin Sadat, éloigner délibérément et effrontément les courants non-orthodoxes – pour forcer leur base à se remettre en question pour savoir si leur engagement à Israël et aux besoins d’Israël leur fait gagner un droit dans le monde politique israélien dur et mouvementé – revient à mettre en danger la perspective de pouvoir mobiliser leur aide quand (et c’est bien quand, pas si) nous les solliciterons sur des questions centrales à notre survie. C’est littéralement comme si on sciait la branche sur laquelle on est assis ».

Il n’a pas fallu longtemps, après le vote de samedi du cabinet, pour que les dirigeants juifs avertissent que leur colère pourrait conduire à l’annulation des donations ou des visites qu’ils avaient prévues en Israël. Pourtant, de nombreuses Fédérations d’Amérique du Nord ont déclaré cette semaine que leur soutien de principe pour l’Etat juif continuera, malgré leur colère contre les politiques du gouvernement.

« C’est avoir de la peine à cause de mauvaises décisions qui ont un impact sur le peuple juif. Lorsque les gens ont de la peine, parfois ils réagissent de manière différente. Je m’attends à devoir gérer certaines réactions de ce genre [annulations de donations et de voyages], mais pas beaucoup », a déclaré au Times of Israël Steven Nasatir, le président du Fonds Juif Unifié (FJU)/ Fédération Juive de la Métropole de Chicago).

Selon un câble qui a fuité du consulat d’Israël à New York, Gordon Hecker, le PDG de Colombus, Ohio, la Fédération juive, a menacé de cesser toutes les donations à Israël en protestation contre la décision du gouvernement dimanche. Hecker a nié cela mercredi, déclarant au Times of Israël qu’il avait simplement déclaré qu’il y « avait certaines personnes qui voudront reconsidérer » leur démarche philanthropique à la lumière de la décision du gouvernement ». Sa Fédération continue à soutenir fermement Israël, a-t-il affirmé.

Le chef de la Fédération juive du New Jersey du nord, Jason Shames, a déclaré que cela allait probablement avoir un impact sur les relations de sa fédération avec l’Etat d’Israël, selon le câble qui a fuité.

La radio militaire a affirmé mercredi matin que la donation annuelle de 2 millions de dollars de la Fédération juive du Grand Miami à Israël était « menacée », et que la Fédération Atlanta avait annulé une rencontre avec des jeunes Israéliens qui voulaient lever des fonds pour les Scouts.

Mais des officiels de ces deux organisations ont catégoriquement démenti ces informations.

« Nous donnons largement plus de 2 millions par an à Israël, et il n’y a aucun volonté de supprimer ou de réduire nos donations, a déclaré au Times of Israël Jacob Salomon, le président et PDG de la Fédération Miami. En outre, nous prévoyons une grande mission vers Israël l’année prochaine en l’honneur du 70e anniversaire de l’état. Nous avons déjà 750 personnes qui sont inscrites et il n’y pas eu d’annulations suite aux actions du gouvernement dimanche ».

Jusqu’à présent, seul un donateur a ouvertement songé à annuler sa contribution, a déclaré Salomon.

« Je comprends la réaction impulsive que certains peuvent avoir, mais – si vous y réfléchissez – c’est précisément du fait de notre implication cohérente et continue et de notre soutien que nous avons la possibilité de faire entendre nos voix et nos préoccupations, a-t-il continué. Se désengager reviendrait à abandonner notre influence et notre voix pour aider à choisir la direction de ce pays qui est si précieux pour nous tous ».

Pourtant, il a ajouté que son organisation est « extrêmement déçue et frustrée » et travaillera activement pour que Jérusalem revienne sur ses positions.

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