La défense d’Israël plus dure sous le duo Trump-Netanyahu – Démocrates US
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La défense d’Israël plus dure sous le duo Trump-Netanyahu – Démocrates US

Les députés ont mis en garde le président qui, selon eux, transforme Israël en cause partisane pour son propre bénéfice

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le président américain Donald Trump, (à gauche), accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, à Washington, le 25 mars 2019. (Crédit : Manuel Balce Ceneta/AP)
Le président américain Donald Trump, (à gauche), accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, à Washington, le 25 mars 2019. (Crédit : Manuel Balce Ceneta/AP)

WASHINGTON — Au cours des dernières décennies, l’une des positions les plus aisées à adopter, au Capitole, portait sur le soutien sans équivoque à Israël. Pour quelles raisons ?  Depuis la force et l’efficacité du lobby pro-israélien jusqu’à cette réalité simple selon laquelle la majorité des Américains croient en la légitimité de la cause israélienne.

Mais aujourd’hui, à Washington, les choses pourraient nettement se compliquer.

Les points de vue défendus par les députées Rashida Tlaib et Ilhan Omar — qui soutiennent toutes les deux la campagne du mouvement anti-israélien BDS (Boycott, Divestment, and Sanctions) sont loin de dominer l’arène politique. En effet, elles sont seulement deux sur un total de 235 législateurs Démocrates.

Mais la récente décision prise par Jérusalem de leur interdire à toutes les deux l’entrée dans le pays place sur le devant de la scène une réalité nouvelle et complexe : Il est de plus en plus difficile pour les Démocrates de défendre l’Etat juif.

« Je pense qu’il va falloir travailler plus dur pour plaider en faveur d’Israël », a expliqué Brad Schneider, membre du Congrès et fervent pro-israélien, au Times of Israel dans la journée de vendredi.

« Je ne pense pas que ce soit plus difficile de défendre Israël : Les faits n’ont pas changé et Israël est encore notre allié le plus précieux dans la région. Mais il va falloir travailler plus dur », a-t-il ajouté.

La représentante américaine Ilhan Omar, Démocrate du Minnesota, parle pendant que la représentante du Michigan Rashida Tlaib écoute au cours d’une conférence de presse au Capitole, à Washington, le 15 juillet 2019 (Crédit :AP Photo/J. Scott Applewhite, File)

Non pas que les Démocrates soient soudainement devenus plus hostiles à la notion même d’Etat juif. Mais le Premier ministre israélien a aligné son pays sur un président américain bien déterminé à transformer Israël en cause partisane.

« Cela a manifestement été une tentative destinée à nuire à Israël », déclare Brad Sherman, Démocrate élu au Congrès.

« Peut-être pas intentionnellement, mais il prend un pays disposant dans le monde d’un ami essentiel et il tente de le transformer en un pays jouissant d’une demi-amitié seulement ».

Sherman, l’un des partisans les plus convaincus de la cause israélienne à la Chambre, attribue la responsabilité de la décision d’interdire les deux élues presque exclusivement au président américain Donald Trump, qu’il qualifie de « pseudo-sioniste » qui « utilise Israël au profit de ses propres intérêts ».

Au mois de juillet, Israël avait fait savoir que le pays autoriserait la visite d’Omar et Tlaib en dépit d’une loi, adoptée en 2017, qui interdit l’entrée sur le territoire aux étrangers soutenant sciemment le boycott de l’Etat juif. Mais, la semaine dernière, le gouvernement de Netanyahu est revenu sur sa décision après que Trump a averti qu’il « ferait preuve d’une grande faiblesse » en accueillant les deux députées.

Democratic Congressman Brad Sherman of California (photo credit: CC BY cliff1066™, Flickr)
Le membre Démocrate du congrès Brad Sherman de Californie (Crédit : CC BY cliff1066™, Flickr)

« Cette action n’était pas israélienne », confie Sherman au Times of Israel. « Israël a pris cette décision suite à d’intenses pressions exercées par le président des Etats-Unis. Quand le président dit qu’il faut le faire, alors on doit le faire. Dieu seul sait ce que Trump aurait pu faire s’ils ne l’avaient pas fait ».

Depuis, Trump a écrit à de multiples reprises sur Twitter que les deux jeunes représentantes récemment élues « haïssent Israël » et qu’elles représentent « le visage du parti Démocrate ». En d’autres mots, il utilise l’incident pour renforcer son image parmi les électeurs pro-israéliens – et, de manière plus remarquable, parmi les chrétiens évangélistes.

A LIRE : Israël et les Juifs pris en étau dans la politique américaine

Et pourtant, ce n’est que le dernier épisode impliquant le Premier ministre israélien et son gouvernement, au cours de l’année passée, qui aura laissé un goût amer aux libéraux américains.

En février, Netanyahu avait conclu un accord permettant à un parti politique anti-arabe raciste d’entrer dans la coalition – une initiative que les commentateurs américains avaient comparée à la nomination d’un membre du Ku Klux Klan au cabinet.

En mars, il avait promis d’annexer les implantations de Cisjordanie.

Selon certains militants libéraux, les Etats-Unis et l’Etat juif doivent relever le même défi : combattre l’ascension d’un leader autocratique et populiste qui permet aux forces les plus obscures de la nation de relever la tête.

« Pour ceux qui s’inquiètent de ce qui est en train de se passer ici et là-bas – c’est un combat politique », commente Jeremy Ben-Ami, à la tête de J-Street, un groupe sioniste progressiste.

« Il y a le bien et il y a le mal et si vous croyez en certains principes démocratiques, vous devez lutter contre ceux qui n’y croient pas », poursuit-il.

Qu’en est-il de la prochaine vague de Démocrates qui seront élus ?

Schneider est connu par certains, à Washington, comme étant un Démocrate de l’AIPAC. Il est étroitement aligné sur le puissant lobby pro-israélien. En effet, il a écrit et présenté une résolution de la Chambre, adoptée au début de l’été, qui condamnait le mouvement du BDS.

Et il rencontre souvent des membres nouvellement élus au Congrès pour débattre de l’importance de l’alliance fondamentale entre Israël et les Etats-Unis. Mais depuis l’interdiction d’entrée sur le territoire d’Omar et Tlaib, il pense que ces entretiens seront beaucoup plus compliqués.

Le représentant Démocrate de l’Illinois Brad Schneider. (Autorisation/JTA)

« Quand je rencontre de nouveaux membres du Congrès, comme je l’ai fait dans le passé, il peut y avoir a priori une réticence et une résistance », explique-t-il.

« Mais je pense que les faits se trouvent encore de notre côté pour parvenir à persuader et c’est la raison pour laquelle il aurait été cohérent de laisser Omar et Tlaib d’aller en Israël. Parce que maintenant, c’est comme si Israël avait quelque chose à cacher », ajoute-t-il.

Schneider explique que l’envoyé israélien aux Etats-Unis, Ron Dermer, l’a appelé au téléphone peu avant l’annonce de la décision prise la semaine dernière. Tandis que Schneider juge que sur Israël, Omar et Tlaib n’ont pas « seulement tort, mais complètement tort », il note qu’il a eu une « longue conversation » avec Dermer au cours de laquelle il l’a mis en garde sur les possibles répercussions de cette interdiction.

Schneider affirme avoir dit à Dermer que « les empêcher de se rendre dans le pays ne fera pas qu’amplifier leur message, cela leur donnera tout un studio pour le diffuser ».

Il ajoute avec mélancolie que « c’est très exactement ce qui est en train de se passer. Elles ont obtenu beaucoup de temps d’antenne depuis la prise de décision ».

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