La famille de Sarah Halimi dépose un recours pour rouvrir l’instruction
William Attal, le frère de Sarah Halimi, estime que cette affaire est pire que l'affaire Dreyfus

L’affaire du meurtre de Sarah Halimi pourrait-elle être relancée ?
Dans un communiqué transmis mercredi à l’AFP et confirmant une information du Point, les avocats de la famille de la victime, Mes Olivier Pardo et Raphaële Bialkiewicz, affirment détenir « des éléments nouveaux » sur Kobili Traoré, jugé pénalement irresponsable du meurtre de Sarah Halimi.
Ils affirment avoir « déposé entre les mains de Mme la procureure générale près la cour d’appel de Paris une demande de réouverture de l’instruction » visant cet homme, mis en examen dans une autre affaire et écroué en février.
Il y a près de neuf ans, à Paris, ce gros consommateur de cannabis avait roué de coups, au cri de « Allah Akbar », et jeté du haut d’un balcon Sarah Halimi, sa voisine d’immeuble âgée de 65 ans.
Bien qu’ayant entériné la nature antisémite du meurtre, la Cour de cassation avait confirmé l’absence de procès dans cette affaire retentissante en avril 2021. Selon les experts psychiatres, le meurtrier avait été pris d’une « bouffée délirante » au moment des faits.
Dans leur communiqué, les avocats de la famille de Sarah Halimi assurent disposer « d’éléments nouveaux que ne détenaient ni les magistrats instructeurs, ni les experts judiciaires, ni la chambre de l’instruction » et qui « mettent à bas l’irresponsabilité pénale » du mis en cause.
Ils citent notamment « la consommation de crack antérieure au passage à l’acte », « la préméditation » et « l’exploitation d’un enregistrement audio réalisé au moment de la défenestration de Sarah Halimi par l’un de ses voisins, qui démontre la conscience politique et antisémite » de Traoré.
Selon les conseils, toutes ces informations sont « incompatibles avec une abolition du discernement ».
Sollicité par l’AFP, Me Thomas Bidnic, l’avocat de Traoré, n’a pas pu être joint dans l’immédiat.
« Souffrances »
« On fera tout pour que cet assassin soit jugé », a souligné auprès de l’AFP William Attal, le frère de Sarah Halimi.
« Personne n’imagine les souffrances que ma sœur a endurées », a-t-il dit, avant d’ajouter : « Si en France, on n’est pas capable de juger et de faire condamner un tueur qui a prémédité un assassinat aussi terrible que celui de ma sœur, alors la France n’est plus la France. »
Il estime que cette affaire est pire que l’affaire Dreyfus.
Dans un dossier distinct, Traoré est soupçonné, avec deux autres suspects, d’avoir attaqué, le 27 janvier dernier, une personne auprès de laquelle ils se fournissaient en stupéfiants et avec laquelle l’un des suspects avait un litige financier, a relaté le parquet en février.
La victime a raconté qu’elle « attendait la visite d’un homme » quand, derrière lui, « deux autres avaient pénétré dans son appartement, le visage dissimulé, l’avaient aspergée de gaz lacrymogène et violentée, avant de fouiller l’habitation ».
Depuis l’affaire Sarah Halimi, Traoré a fait « l’objet de soins en unité pour malades difficiles (UMD) jusqu’en 2020, puis à l’hôpital jusqu’en 2023, de nouveau en UMD pendant un an, avant de retourner à l’hôpital en septembre 2024 », selon le ministère public.
Dans le nouveau dossier, un psychiatre a attesté, lors de la récente garde à vue de Traoré, qu’il ne présentait « ni symptomatologie aiguë, ni syndrome délirant, ni désorganisation », rapporte le parquet de Paris.
« Kobili Traoré a dû faire valoir, cette fois encore, que son discernement était aboli, mais cette fois, l’expertise démontre que ce n’est pas le cas. C’est un élément complémentaire sur lequel je vais m’appuyer », avait insisté auprès de l’AFP Me Pardo.
Me Bidanic a fermement contesté cette affirmation : « J’affirme que jamais, dans ce nouveau dossier, Kobili Traoré n’a fait valoir l’abolition de son discernement. »
« L’affaire Sarah Halimi n’est pas terminée », ont affirmé Me Pardo et Me Bialkiewicz.







