La « fear of missing out » liée aux smartphones a des incidences physiques – étude
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La « fear of missing out » liée aux smartphones a des incidences physiques – étude

En prenant à témoin les utilisateurs de téléphones casher, une équipe israélienne affirme que les accros aux smartphones sont plus susceptibles de souffrir de douleurs physiques

Illustration de l'addiction aux smartphones. (Crédit : myella via iStock by Getty Images)
Illustration de l'addiction aux smartphones. (Crédit : myella via iStock by Getty Images)

Des chercheurs israéliens affirment que l’angoisse liée au fait de rater quelque chose – communément appelée « FOMO » (fear of missing out) – peut entraîner des douleurs physiques réelles.

Ils se sont intéressés plus particulièrement au phénomène, qui se manifeste par la tendance à fixer son téléphone portable de peur de manquer des messages, des publications ou des notifications. Les chercheurs ont établi une corrélation directe entre la dépendance aux appareils et deux marqueurs de stress et d’anxiété : le grincement des dents (bruxisme) et les douleurs maxillaires. Les personnes qui sont moins attachées à leur téléphone dorment aussi mieux, avec un sommeil moins interrompu.

« Nous pensons que ces symptômes sont liés à la FOMO, la peur de manquer quelque chose », a déclaré le Dr. Pessia Friedman-Rubin, de la faculté dentaire de l’université de Tel Aviv. « Les gens utilisent constamment leur téléphone parce qu’ils ont peur de manquer quelque chose, et vérifient WhatsApp, Facebook et d’autres applications. »

« Cela crée un cycle de dépendance croissante aux téléphones portables, qui entraîne des sentiments de stress et d’anxiété, et le sentiment que quelqu’un pourrait écrire quelque chose sur les réseaux sociaux et qu’on va le manquer et ne pas être dans le coup. En bref, les téléphones sont en fait la cause du stress de nombreuses personnes, et nous en voyons des manifestations physiques. »

Illustration : une femme souffre de douleurs maxillaires. (Crédit : fizkes via iStock by Getty Images)

Friedman-Rubin et son équipe ont tiré parti d’une caractéristique spécifiquement israélienne de l’utilisation des appareils électroniques, dans l’étude qui a intégré la thèse de doctorat de son étudiant, le Dr. Yitzhak Hochhäuser, membre de la communauté haredi d’Israël.

De nombreux ultra-orthodoxes évitent les smartphones ordinaires et possèdent à la place des téléphones dits casher – des appareils sur lesquels on ne peut pas accéder aux réseaux sociaux et à la plupart des autres applications, sur les recommandations des rabbins.

Parmi les utilisateurs de smartphones ordinaires, 45 % éprouvent un besoin modéré à élevé d’avoir constamment leur téléphone à portée de main et environ 50 % estiment que leur téléphone leur cause un niveau de stress modéré à élevé. Parmi les utilisateurs de téléphones casher, seuls 22 % ressentent le besoin d’être disponibles et seuls 20 % pensent que leur appareil leur cause du stress.

Dans un article universitaire à comité de lecture qui sera bientôt publié dans la revue Quintessence International, les chercheurs ont signalé une incidence beaucoup plus élevée d’habitudes anxieuses chez les utilisateurs réguliers de smartphones, et ont suggéré que cela était dû à leurs habitudes téléphoniques. L’étude a porté sur 600 personnes, âgées de 18 à 35 ans.

Un enseignant brandit son téléphone portable certifiant qu’il est « casher », à l’entrée d’une école ultra-orthodoxe à Jérusalem, le 6 mai 2020. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Quelque 24 % des utilisateurs réguliers de smartphones ont signalé des grincements de dents pendant la journée, et 21 % la nuit, alors que pour les utilisateurs de téléphones casher, les chiffres étaient respectivement de 6 % et 7,5 %. Quelque 29 % des personnes possédant des appareils ordinaires souffraient de douleurs dans les muscles de la mâchoire, mais seulement 14 % des utilisateurs de téléphones casher ressentent cette douleur.

La nuit, 54 % des utilisateurs de smartphones ordinaires se réveillent alors qu’ils souhaiteraient s’endormir, contre 20 % des utilisateurs de téléphones casher.

Dr. Pessia Friedman-Rubin. (Crédit : Pessia Friedman-Rubin)

Friedman-Rubin a déclaré que son équipe voulait étudier la possibilité que des facteurs autres que l’utilisation du téléphone portable, tels que les différences culturelles générales entre les Israéliens laïcs et religieux, aient un impact sur les résultats, et elle a donc examiné de plus près les habitudes d’utilisation des appareils parmi les participants à l’étude.

« Nous avons, non seulement, trouvé des différences entre les groupes, mais aussi des schémas clairs montrent que, plus vous utilisez votre smartphone, plus vous êtes susceptible de souffrir de douleurs à la mâchoire, de grincer des dents et de vous réveiller la nuit », a-t-elle déclaré. « Nous avons effectué un travail statistique très complexe et nous avons vu que, si l’on sépare les autres facteurs, l’utilisation du téléphone portable est le plus susceptible d’expliquer les schémas de comportement que nous avons observés. »

À la question de savoir s’il est possible que les smartphones ne soient pas une cause de stress, mais plutôt un exutoire au stress, ce qui pourrait expliquer la corrélation, Friedman-Rubin a répondu que cette hypothèse ne correspondait pas aux commentaires fournis par les participants dans les questionnaires. Beaucoup ont présenté les smartphones comme une source de stress, a-t-elle commenté.

Friedman-Rubin a précisé que cette étude n’avait pas pour but de dénigrer la technologie des smartphones, mais qu’elle suggérait aux gens de fixer des limites.

« Nous sommes bien sûr favorables au progrès technologique, mais comme pour tout dans la vie, l’utilisation excessive des smartphones peut entraîner des symptômes négatifs », a déclaré Friedman-Rubin. « Il est important que le public soit conscient des conséquences qu’il a sur le corps et l’esprit. »

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