La fiancée de Khashoggi appelle à « punir » le prince héritier saoudien
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La fiancée de Khashoggi appelle à « punir » le prince héritier saoudien

Les États-Unis ont rendu public un rapport des services de renseignement estimant que le prince héritier saoudien avait "validé" une opération visant à "capturer ou tuer" Khashoggi

Hatice Cengiz, fiancée du journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi, s'adresse à la presse le 3 juillet 2020 alors qu'elle quitte le palais de justice d'Istanbul, après avoir assisté au procès de 20 suspects saoudiens dont deux anciens collaborateurs du prince héritier Mohammed ben Salmane, accusés d'avoir tué et démembré son fiancé en 2018. (Crédit : Ozan KOSE / AFP)
Hatice Cengiz, fiancée du journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi, s'adresse à la presse le 3 juillet 2020 alors qu'elle quitte le palais de justice d'Istanbul, après avoir assisté au procès de 20 suspects saoudiens dont deux anciens collaborateurs du prince héritier Mohammed ben Salmane, accusés d'avoir tué et démembré son fiancé en 2018. (Crédit : Ozan KOSE / AFP)

La fiancée turque du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné au consulat de son pays à Istanbul, a appelé lundi à « punir sans délai » le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, après la publication d’un rapport américain l’accusant d’avoir validé son meurtre.

« Il est impératif que le prince héritier, qui a ordonné le meurtre brutal d’une personne innocente, soit puni sans délai », a déclaré Hatice Cengiz dans un communiqué. « Cela pourrait non seulement rendre justice pour Jamal, mais aussi éviter que des actes semblables ne soient commis à l’avenir ».

Vendredi, les États-Unis ont rendu public un rapport des services de renseignement estimant que le prince héritier saoudien, surnommé « MBS », avait « validé » une opération visant à « capturer ou tuer » M. Khashoggi.

Washington n’a toutefois pas annoncé de sanction contre le puissant héritier du trône d’Arabie saoudite.

Mohammed ben Salmane (à gauche) et le journaliste assassiné Jamal Khashoggi. (Orwell Productions)

« Je salue la publication du rapport américain. La vérité, qui était déjà connue, a été réaffirmée et est désormais définitive. Mais ce n’est pas assez, car la vérité n’a de sens que si elle sert l’accomplissement de la justice », a déclaré Mme Cengiz.

« Si le prince héritier n’est pas puni, cela enverra un signal pour toujours que le principal coupable peut tuer en toute impunité », a-t-elle déploré. « Les gouvernements du monde entier, à commencer par l’administration (du président américain Joe) Biden, doivent se demander s’ils sont prêts à serrer la main d’une personne dont la culpabilité (…) a été attestée, sans avoir été punie. »

Critique du pouvoir saoudien après en avoir été proche, Jamal Khashoggi, résident aux États-Unis et chroniqueur du quotidien Washington Post, a été assassiné le 2 octobre 2018 dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando d’agents venus d’Arabie saoudite.

Son corps, démembré, n’a jamais été retrouvé.

Un manifestant déguisé en prince saoudien Mohammed ben Salmane, le visage ensanglanté, manifeste devant l’ambassade saoudienne à Washington, le 8 octobre 2018, pour demander que justice soit rendue pour le journaliste Jamal Khashoggi. (Crédit : Jim Watson / AFP)

Après avoir nié l’assassinat, Ryad a fini par dire qu’il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls. À l’issue d’un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort et trois autres à des peines de prison. Les peines capitales ont depuis été commuées.

Cette affaire a terni l’image du jeune prince héritier, véritable homme fort du royaume rapidement désigné par des responsables turcs comme le commanditaire du meurtre malgré les dénégations saoudiennes.

La Turquie n’avait pas encore réagi lundi matin à la publication du rapport américain.

À Genève (Suisse), la rapporteure spéciale de l’ONU sur les exécutions sommaires Agnès Callamard s’est dite lundi « déçue » de ce que les États-Unis n’aient pas annoncé de sanctions à l’encontre du prince héritier en dépit des conclusions accablantes du rapport du renseignement américain.

« Il est à mon avis extrêmement problématique voire dangereux de reconnaître la culpabilité de quelqu’un pour lui signifier ensuite que rien ne serait fait à son encontre. Il s’agit selon moi d’une démarche extrêmement dangereuse de la part des États-Unis », a dit Mme Callamard lors d’une conférence de presse.

« J’appelle le gouvernement américain à agir sur la base de ses conclusions rendues publiques en sanctionnant MBS pour ce qu’il a fait. Et j’entends par là le sanctionner diplomatiquement en le bannissant de certains cercles », a-t-elle ajouté.

Reporters sans frontières a annoncé mardi le dépôt d’une plainte en Allemagne pour crimes contre l’humanité visant notamment le prince héritier saoudien, l’ONG dénonçant sa « responsabilité » dans l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et l’emprisonnement d’une trentaine de ses confrères.

Déposée lundi « auprès du procureur général de la Cour fédérale de justice de Karlsruhe » en raison de sa compétence « sur les principaux crimes internationaux », la plainte « porte sur la persécution généralisée et systématique des journalistes en Arabie saoudite » et cible, outre le prince héritier, quatre autres hauts responsables saoudiens, a précisé RSF dans un communiqué.

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