La gagnante « différente » de l’Eurovision délivre aussi un message pour Jérusalem
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Opinion

La gagnante « différente » de l’Eurovision délivre aussi un message pour Jérusalem

L'édition 2019 peut souligner le besoin cruel de tolérance de la ville, où l’on efface les visages des femmes et où une ado avait été poignardée à mort durant la gay pride

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

L'image tronquée d'Hillary Clinton dans un journal haredi (Crédit : Onlysimchas.org/JTA)
L'image tronquée d'Hillary Clinton dans un journal haredi (Crédit : Onlysimchas.org/JTA)

Cela devait être une semaine tumultueuse pour Israël, avec notre capitale dans l’œil du cyclone.

Le Jour de Jérusalem dimanche – où les célébrations de la réunification de la ville à Israël après la guerre de 1967 débordent souvent en violence entre Juifs et Arabes dans une capitale qui, en réalité, est loin d’être unie.

L’inauguration de l’ambassade américaine lundi – avec le président Donald Trump qui tient sa promesse de reconnaître formellement Jérusalem comme la capitale d’Israël en y transférant l’ambassade de Tel Aviv. Des centaines d’invités participeront à la cérémonie, y compris une immense délégation américaine, et les forces de sécurité israéliennes sont en état d’alerte maximale devant les menaces de violences à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem Est.

Le « Jour de la Nakba » de mardi – la commémoration annuelle palestinienne de ce qu’ils considèrent être la « catastrophe » causée par la création d’Israël il y a 70 ans. Les chefs du groupe terroriste du Hamas à Gaza encouragent les Gazaouis à marcher sur la barrière de la frontière et à la traverser en masse pour la « libération de toute la Palestine ».

Et qui sait ce qui se prépare à d’autres frontières, avec l’Iran bien décidé à « riposter » à l’attaque aérienne d’Israël sur son infrastructure militaire en Syrie la semaine dernière, vexé par l’humiliation de voir ses archives sur les armes nucléaires dérobées par le Mossad sous son nez à Téhéran et sa duplicité incontestablement dévoilée, et en colère contre Trump qui s’est retiré de l’accord sur le nucléaire iranien si généreux pour avoir partiellement et temporairement suspendu la recherche d’obtenir une bombe nucléaire.

Pourtant, la séquence dramatique a commencé même plus tôt que prévu, samedi soir, lorsque Netta Barzilai a remporté la compétition de Chanson de l’Eurovision avec une chanson véritablement irrésistible soulignant au moins partiellement l’émancipation féminine avec ses bruits de poules.

Submergée par sa victoire sans pour autant perdre son calme, Barzilai dans ce moment de triomphe s’est révélée être une formidable icône israélienne, faisant l’éloge de son pays, montrant sa générosité pour ses rivaux vaincus et saluant la compétition et les personnes qui ont voté pour embrasser la différence et la diversité qu’elle défend.

« Merci beaucoup d’avoir choisi la différence », s’est-elle enthousiasmée devant des spectateurs du monde entier (environ 200 millions de personnes). Merci d’avoir accepté les différences entre nous. Merci d’avoir célébré la diversité. Merci. J’aime mon mays. La prochaine fois à Jérusalem ».

Sans surprise, les critiques ne se sont pas fait attendre longtemps. Des activistes anti-Israël, notamment du mouvement BDS, promettent de profiter du fait que Jérusalem sera le prochain pays organisateur de la compétition l’année prochaine pour mettre en place une campagne majeure afin de souligner les politiques israéliennes ostensiblement « d’apartheid » concernant les Palestiniens. (L’accusation ne résiste pas un examen rigoureux : avec toute la complexité entourant le conflit israélo-palestinien, le point capital est qu’Israël ne revendique pas la souveraineté en Cisjordanie et à Gaza, et son préalable fondamental pour soutenir la création d’un état palestinien est la demande éminemment raisonnable que leur état ne devrait pas se faire aux dépens du nôtre).

Pourtant, la victoire de Barzilai a déjà constitué un défaite douloureuse pour les militants du BDS, qui ont incité les participants de l’Eurovision à boycotter la participation d’Israël en ne lui octroyant aucun point. Lors de l’événement, les jurys des nations participantes ont classé Israël à une impressionnante troisième place, et ensuite les votes de spectateurs dans ces 43 pays ont hissé Barzilai au sommet de la compétition – une victoire obtenue par un véritable soutien de la part du public.

Des fans de l’Eurovision passent des heures à analyser la politique derrière les votes, et il y avait certainement des intérêts personnels en jeu dans certains votes, mais la grande marge de la victoire d’Israël – avec 529 points, par rapport aux 436 points de Chypre, arrivé en seconde position – soulignait qu’il s’agissait d’un phénomène authentique, une chanson et une artiste qui a su captiver l’imagination, et dont les supporters n’auraient pas pu être découragés. (La vidéo officielle de la performance de Barzilai lors du concours a comptabilisé presque cinq millions de vues sur YouTube pendant les 12 premières heures).

« C’est tellement génial que nous ayons remporté l’Eurovision, s’est enthousiasmée Barzilai en hébreu lors de la conférence de presse. Tellement génial que nous ayons changé l’image [d’Israël]… Nous le méritons ».

En effet, la chanteuse et le thème de sa chanson montraient un Israël très différent de la fausse perception très répandue à l’international d’un pays avant tout vu comme une zone de guerre – et non pas comme un lieu démocratique, festif et innovant.

Shira Banki (Autorisation de la famille)

Mais nous ne sommes pas sans défauts, et si la prochaine manifestation aura bien lieu à Jérusalem, elle pourrait être utile pour souligner le besoin crucial de tolérance dans une ville où le pluralisme religieux demeure une question très polémique, où les publicités montrant des femmes peuvent être interdites des bus et où on leur arrache souvent le visage, et où Shira Banki, une adolescente de 16 ans, a été poignardée à mort, il y a trois ans.

Nir Barkat, le maire de Jérusalem qui a rapidement salué la victoire de Barzilai et a promis d’organiser une grande édition de l’Eurovision en 2019, ne sera pas à la tête de la municipalité l’an prochain. Il se retire à l’approche des élections municipales d’octobre, puisqu’il souhaite obtenir un mandat national.

On doit espérer que les différences et les diversités saluées par la gagnante israélienne du Concours de Chanson de l’Eurovision seront fermement protégées par le prochain maire, alors que la compétition remportée par une admirable Netta Barzilai va être accueillie dans une capitale éternellement tumultueuse.

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