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La Knesset approuve le budget 2026, allouant des milliards aux institutions haredim

La coalition a voté in extremis, évitant des élections anticipées, après un marathon parlementaire ; le budget de guerre de 271 milliards de dollars inclut une hausse des dépenses de défense ; le vote a été interrompu par des sirènes d'alerte aux missiles

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich serre la main du chef du Shas, Aryeh Deri (dos à la caméra), lors du vote sur l'adoption du budget de l'État à la Knesset, tôt dans la matinée du 30 mars 2026. La séance s'est tenue dans une salle sécurisée en raison de la guerre en cours avec l'Iran. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich serre la main du chef du Shas, Aryeh Deri (dos à la caméra), lors du vote sur l'adoption du budget de l'État à la Knesset, tôt dans la matinée du 30 mars 2026. La séance s'est tenue dans une salle sécurisée en raison de la guerre en cours avec l'Iran. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lundi, aux premières heures de la matinée, la Knesset a voté l’adoption du plus important budget national de toute l’Histoire d’Israël – budget qui prévoit une augmentation sans précédent de la part de la Défense dans le contexte de la guerre avec l’Iran et l’octroi de milliards de shekels aux établissements d’enseignement haredim, ainsi qu’à d’autres priorités de la coalition au pouvoir.

Grâce à ce vote, le pays a évité des élections anticipées, qui auraient été déclenchées si le budget n’avait pas été adopté avant la date limite imposée par la loi, qui était fixée à mardi.

Les députés se sont prononcés par 62 voix contre 55 en faveur du projet de loi de finances à hauteur de 850,6 milliards de shekels, qui a été décrit par le ministre des Finances Bezalel Smotrich comme « un budget au service de tous et visant à lutter contre le coût de la vie ». L’enveloppe a toutefois été qualifiée par le chef de l’opposition Yair Lapid, président du parti Yesh Atid, de « plus grand vol de l’histoire de l’État ».

« Nous adoptons ce budget dans le cadre d’un gouvernement de droite, qui mènera son mandat à son terme et qui accomplira sa mission sur les plans de la sécurité, de l’économie et de la refonte du système judiciaire », a lancé Smotrich, jubilant, devant l’assemblée plénière de la Knesset en amont du vote.

« Quiconque s’oppose à ce budget vote contre la sécurité d’Israël, contre les allègements fiscaux pour les travailleurs israéliens et contre la taxation des banques », a-t-il souligné.

Le scrutin est intervenu après plus de treize heures d’obstruction systématique de la part de l’opposition et de nombreuses interruptions dues à des sirènes qui annonçaient des tirs de missiles balistiques en provenance d’Iran – les débats ont ainsi été interrompus à plusieurs reprises. C’est donc dans une salle sécurisée que les députés ont voté.

Peu après minuit, un vote a approuvé des amendements allouant environ 800 millions de shekels à des programmes et institutions soutenus par les partis haredim, notamment les yeshivot.

Ce vote est intervenu après que les partis ultra-orthodoxes ont accepté d’appuyer le budget, alors même que la coalition n’a pas adopté le projet de loi qu’ils exigeaient, visant à inscrire dans la loi une exemption générale du service militaire pour les étudiants des yeshivot.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’entretenant avec le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, lors du vote sur le budget de l’État, à la Knesset, le 29 mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le budget alloué aux priorités des Haredim semble correspondre aux fonds que la procureure générale Gali Baharav-Miara avait bloqués faute de conscription des ultra-orthodoxes, selon les médias israéliens. Comme les amendements à la loi de finances sont généralement proposés par l’opposition parlementaire dans le but de faire obstacle au budget, les députés de l’opposition ont voté par erreur en faveur de ces fonds supplémentaires destinés aux Haredim, ne réalisant leur méprise qu’après coup.

Les opposants à la coalition ont dénoncé cette modification de dernière minute, qu’ils ont qualifiée d’inédite.

« On n’a jamais rien vu de tel dans l’histoire de la Knesset », a commenté Lapid sur le réseau social X tôt dans la matinée de lundi. « Cette bande de voleurs, déconnectés du peuple, dépouille les citoyens d’Israël alors que ceux-ci se trouvent dans des abris » en raison de la guerre avec l’Iran.

Au total, selon un décompte de la Treizième chaîne, le budget a augmenté les allocations aux établissements d’enseignement haredim de plus d’un milliard de shekels, passant de 4,1 milliards de shekels à 5,17 milliards de shekels.

Le chef de l’opposition Yair Lapid, photographié lors d’un vote sur le budget de l’État à la Knesset, le 29 mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un budget de la défense record

Pour l’exercice 2026, le budget s’élève à 850,6 milliards de shekels. Le budget du ministère de la Défense à lui seul atteint le montant record de 143 milliards de shekels, auxquels s’ajoutent 22 milliards de shekels de dépenses liées aux recettes et 82,2 milliards de shekels alloués à des engagements de dépenses à long terme.

Smotrich a qualifié le paquet de défense de « noyau » du budget de guerre, ajoutant qu’il permettrait à Israël « d’améliorer considérablement notre position géopolitique et diplomatique », ainsi que de « démanteler et reconstruire le Moyen-Orient ».

« Ce budget va permettre à l’État de gagner », a affirmé Smotrich.

Au début du mois, le gouvernement a approuvé une réduction générale de 3 % du budget de tous les ministères, à l’exception du ministère de la Défense, en vue de financer 28 milliards de shekels supplémentaires de dépenses de guerre.

Des soldats de la 226e brigade de parachutistes de réserve de l’armée israélienne en mission dans le sud du Liban, sur une photo diffusée par l’armée le 29 mars 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Les ministères ayant reçu les deuxièmes budgets les plus importants sont le ministère de l’Éducation, qui devrait bénéficier d’un peu plus de 97 milliards de shekels pour le système scolaire, auxquels s’ajoutent environ 14,9 milliards de shekels pour l’enseignement supérieur ; l’Institut national d’assurance, qui se verra allouer environ 64 milliards de shekels; et le ministère de la Santé, à qui seront affectés environ 63 milliards de shekels.

Outre le vote en première lecture du budget 2026, les députés ont adopté la loi sur les dispositions budgétaires de 2026. Cette loi dite « des arrangements », qui constitue un élément essentiel du paquet législatif budgétaire annuel, détermine la manière dont les fonds seront dépensés.

La Knesset a de plus adopté le projet de loi sur la réduction du déficit et la limitation des dépenses budgétaires, qui fixe le plafond du déficit pour 2026 à 4,9 % du PIB — contre 3,9 % lors de la première lecture du budget adoptée en janvier.

L’opposition dénonce un « pillage » des deniers publics

Les députés de l’opposition ont sévèrement critiqué le budget en raison des allocations accordées aux institutions haredim, aux implantations de Cisjordanie et à d’autres priorités des partis de la coalition.

« Ce n’est pas un budget, c’est un vol », s’est indigné Lapid, s’adressant à l’assemblée plénière avant le vote.

« Les Israéliens ne sont pas stupides. Ils ont compris que ce budget est une manne pour les corrompus et les réfractaires à la conscription, qui font la fête à nos dépens », a-t-il poursuivi, en promettant que « le prochain budget » serait destiné à « ceux qui servent, qui travaillent et qui paient des impôts – c’est-à-dire la classe moyenne israélienne –, qui sont les principales victimes de ce budget déséquilibré et biaisé ».

Le chef du parti Les Démocrates, Yair Golan, préside une réunion de son groupe parlementaire à la Knesset, à Jérusalem, le 29 mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett, considéré par beaucoup comme l’un des principaux rivaux du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour les élections de cette année, a décrit ce budget comme « le plus irresponsable et le plus anti-sioniste » de l’histoire de l’État.

« Nous sommes en guerre, et le peuple israélien sait faire face aux sacrifices nécessaires. Ce que fait le gouvernement, c’est tout autre chose : il pille les caisses de l’État », a-t-il dénoncé dans une vidéo.

Le chef du parti de gauche Les Démocrates, Yair Golan, a quant à lui déclaré que le « pire gouvernement de l’histoire d’Israël » avait adopté un budget assimilable à « un plan d’action visant à démanteler l’État d’Israël », évoquant le financement des écoles ultra-orthodoxes qui « refusent d’enseigner les matières du programme scolaire de base » à l’heure où l’enseignement supérieur subit des coupes budgétaires, ainsi que les fonds affectés aux implantations de Cisjordanie « dont les montants dépassent ceux accordés aux communautés situées à l’intérieur de la Ligne verte ».

Le budget attribue également 400 millions de shekels au ministère des Implantations et des Projets nationaux.

« Alors que l’État d’Israël est en guerre, que nos soldats sont au front et que les réservistes laissent derrière eux leurs familles et leurs emplois, le gouvernement choisit d’adopter un budget fallacieux et sectaire qui encourage les réfractaires à la conscription », a déploré Avigdor Liberman, président du parti d’opposition Yisrael Beytenu.

« Ce moment montre clairement ce qui importe à ce gouvernement, et ce qui lui importe moins », a-t-il poursuivi.

In extremis

L’adoption du budget n’était pas gagnée d’avance. Elle a même semblé un moment compromise, la coalition paraissant incapable de le faire adopter avant la date butoir du 31 mars, qui marque le début de la pause printanière de la Knesset.

Si cela s’était produit, le gouvernement aurait été contraint de se retirer, ce qui aurait conduit à des élections anticipées. Le scrutin est désormais prévu pour octobre.

Le député Yitzchak Goldknopf, président du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah, assiste à une réunion de commission à la Knesset, le 12 février 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais la coalition a manœuvré pour reporter et dissocier du budget plusieurs projets de loi controversés afin de faciliter son adoption. Le plus notable d’entre eux a été celui visant à exempter les hommes haredim du service militaire obligatoire.

Les partis ultra-orthodoxes avaient réclamé une loi visant à maintenir leurs électeurs à l’écart de l’armée, suite à la décision rendue en juin 2024 par la Cour suprême qui avait estimé qu’il n’y avait aucune base juridique justifiant l’exemption généralisée dont bénéficiaient depuis des décennies les étudiants des yeshivot haredim.

Cependant, avant le vote, les partis ultra-orthodoxes Yahadout HaTorah et Shas ont annoncé dans les médias israéliens qu’ils ne soutiendraient le budget qu’à condition que le projet de loi sur l’exemption du service militaire soit réintroduit après l’adoption du budget.

La Knesset a également voté la scission du projet de loi dite « des arrangements » en deux parties, excluant ainsi du texte nécessaire à l’adoption du budget de l’État pour 2026 certaines des réformes les plus controversées. Il s’agit notamment de la réforme du secteur laitier proposée par le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui a suscité une forte opposition de la part des agriculteurs, ainsi que d’un projet de taxe sur les produits du tabac et d’une taxe foncière de 1,5 % sur les terrains vacants.

« Ce budget est de bon augure pour l’État d’Israël et ses citoyens — en matière de défense, de protection sociale, d’éducation, de santé, pour les réservistes, pour les habitants des communautés frontalières et bien plus encore », a affirmé le chef de file de la coalition, Ofir Katz, dans un communiqué. « Nous sommes stables et forts, et nous continuerons à œuvrer pour les citoyens d’Israël jusqu’à la fin du mandat de la coalition. »

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