La Knesset reproche à TikTok son échec contre la propagation de l’antisémitisme
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La Knesset reproche à TikTok son échec contre la propagation de l’antisémitisme

Des représentants de l'application chinoise ont été critiqués lors d'une audition à la Knesset, notamment pour des vidéos d'adolescents prétendant être des victimes de la Shoah

Une vidéo TikTok montrant une adolescente jouant le rôle d'une victime de la Shoah. (Capture d'écran)
Une vidéo TikTok montrant une adolescente jouant le rôle d'une victime de la Shoah. (Capture d'écran)

Des représentants de l’application chinoise de partage de vidéos TikTok ont été sous le feu des critiques à la Knesset mercredi pour leur incapacité à combattre la propagation de l’antisémitisme sur leur réseau.

Lors d’une audition de la commission des affaires d’immigration, d’intégration et de diaspora de la Knesset mercredi matin sur le thème de l’antisémitisme sur les plateformes de médias sociaux, les membres de la Knesset ont accusé le géant controversé des médias sociaux de ne pas avoir arrêté la diffusion de vidéos virales qui, selon les députés, niaient, se moquaient ou dépréciaient la mémoire de la Shoah.

TikTok avait refusé de participer à deux panels précédents de la Knesset sur le sujet de l’antisémitisme en ligne, mais mercredi, deux représentants ont rejoint la session via Zoom – Elizabeth Kantor, directrice des relations gouvernementales et de la politique publique au Royaume-Uni, en Irlande et en Israël, et Erik Shadowens, responsable politique de TikTok.

Si des représentants de Google, Facebook et Twitter étaient également présents, la réprobation des membres de la Knesset était surtout dirigé contre TikTok.

La députée Michal Cotler-Wunsh (Kakhol lavan) lors d’une table ronde de la Knesset sur l’antisémitisme dans les médias sociaux, 14 octobre 2020. (Capture d’écran)

« Nous voyons des preuves que [le négationnisme] n’a pas été supprimé », a déclaré la députée Michal Cotler-Wunsh à un représentant de TikTok.

« Je suis heureuse qu’après son absence notable lors de nos deux dernières audiences, que TikTok ait maintenant choisi de faire ce premier pas en reconnaissant sa responsabilité dans l’antisémitisme virulent de sa plate-forme », a-t-elle déclaré.

TikTok est une plate-forme de réseaux sociaux populaire auprès des adolescents, qui leur permet de créer de courtes vidéos de 3 à 15 secondes de musique, de comédie de danse ou de performances. Elle appartient à la société chinoise ByteDance et son origine chinoise a suscité des inquiétudes chez les critiques quant aux éventuelles faiblesses de la sécurité des données et même à l’espionnage international.

Cotler-Wunsh a cité comme exemple de ce phénomène une chanson qui est devenue virale sur TikTok en juillet. Les paroles de la chanson étaient « We’re going on a trip to a place called Auschwitz, it’s shower time », [Nous allons faire un voyage vers un endroit appelé Auschwitz, c’est l’heure de la douche], et étaient accompagnées de diverses vidéos générées par les utilisateurs qui, collectivement, ont été vues par des millions de personnes.

Mme Cotler-Wunsh a également cité des exemples de ce qu’elle a décrit comme du « trauma porn » offensant, des vidéos dans lesquelles des adolescents imaginent ce que ce serait d’être victime de la Shoah. De telles vidéos ont été critiquées pour leur manque d’information et pour avoir dénigré la mémoire de la Shoah.

Elle a souligné que TikTok permet aux très jeunes utilisateurs d’être exposés à des contenus à la fois antisémites et dénaturant la Shoah.

« Quelles mesures la plate-forme prend-elle pour faire face à ce phénomène odieux et s’assurer que ces contenus antisémites soient traités avant que ceux-ci ne puissent atteindre des millions d’utilisateurs ? a demandé Mme Cotler-Wunsh.

Plusieurs députés ont exhorté TikTok à adopter la définition de l’antisémitisme de la International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA).

« Pour résoudre un problème, il faut d’abord le définir », a déclaré Mme Cotler-Wunsh. « Ainsi, TikTok doit adopter et mettre en œuvre la définition de l’antisémitisme de l’IHRA – qui comprend l’utilisation de la rhétorique et de la négation de la Shoah ainsi que la délégitimation, la diabolisation et la pratique de deux poids deux mesures – et utiliser cette définition consensuelle pour signaler les contenus antisémites et éduquer le public ».

Linda Kantor, représentante de TikTok, s’adresse à un panel de la Knesset sur la lutte contre l’antisémitisme en ligne, le 14 octobre 2020. (Capture d’écran)

Le député Yosef Taieb (Shas) a estimé que TikTok devrait également supprimer les contenus qui sont anti-Israël. Il a dit qu’il comprenait que cela était problématique parce que cela est considéré comme un discours politique, mais a ajouté qu’il avait reçu des plaintes concernant le retrait par TikTok de contenus qui étaient pro-Israël.

« Quelqu’un a mis en place une vidéo montrant qu’Israël n’est pas raciste et [est] démocratique et TikTok l’a retirée », a-t-il déclaré. « Au moins, ne retirez pas les contenus qui sont pro-israéliens », a-t-il demandé.

Yaakov Hagoel, vice-président de l’Organisation sioniste mondiale, a déclaré au panel que selon son expérience, l’antisémitisme sur les réseaux sociaux se traduit rapidement par de l’antisémitisme dans les rues.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont plus puissants que les chaînes de télévision

« De nos jours, les réseaux sociaux sont plus puissants que les chaînes de télévision. TikTok est très populaire parmi les jeunes et le discours antisémite s’est maintenant déplacé vers la rue. Nous devons lutter contre cela afin de pouvoir prévenir le prochain meurtre », a déclaré Hagoel.

« Je peux le sentir dans l’air », a-t-il dit, décrivant une montée de l’antisémitisme.

Les représentants de TikTok ont répondu qu’ils suppriment les contenus négationnistes depuis janvier et qu’ils font de leur mieux pour résoudre le problème.

« Nous nous sommes engagés à améliorer notre application », a déclaré Elizabeth Kantor au panel, notant qu’“un survivant de la Shoah s’est récemment entretenu avec notre équipe de confiance et de sécurité”.

Facebook complimenté, Twitter critiqué

Plusieurs membres de la Knesset ont félicité Facebook pour la décision prise le 12 octobre par le réseau social d’interdire les messages qui nient ou déforment la Shoah.

Jordana Cutler, responsable de la politique de Facebook pour Israël, a déclaré au panel que toute personne qui recherche des informations liées à la Shoah dans la barre de recherche de Facebook, y compris pour des termes négationnistes comme « Holohoax », [Holocanular], sera désormais dirigée vers des informations fiables et factuelles en dehors de la plateforme Facebook.

« Je tiens à vous remercier, à vous remercier mille fois », a déclaré le député David Bitan, président de la commission, en s’adressant à Mme Cutler.

Parallèlement, Mme Cotler-Wunsh a critiqué Twitter pour son prétendu double standard en signalant les tweets du président américain Donald Trump, mais pas ceux de l’ayatollah iranien Khomeni, qui, a-t-elle dit, appelle au génocide des Israéliens.

« Je ne sais pas si elle a été mise à jour, mais la politique de Twitter était qu’il est acceptable d’appeler au génocide contre l’Etat d’Israël, c’est considéré comme une tentative d’intimidation, nous a-t-on dit, par opposition aux déclarations de certains politiciens qui sont signalées. Et je me demande si cela a été pris en compte », a-t-elle déclaré.

Cotler-Wunsh faisait référence à un échange lors d’une précédente audition, au cours duquel son invité, l’activiste pro-israélien Arsen Ostrovsky, avait posé une question à un représentant de Twitter. Ostrovsky est un avocat australo-israélien et membre du conseil d’administration de Nefesh B’Nefesh qui travaille pour le Congrès juif israélien (dirigé par l’ancien sénateur russe Vladimir Slutzker).

Le représentant de Twitter, Ronan Costello, a répondu que « notre approche de l’antisémitisme est englobée par notre approche des contenus haineux, de la déshumanisation, de la glorification de la violence et de la négation des événements violents. Les contenus relevant de ces catégories ont déjà fait l’objet d’actions à une échelle significative ».

Costello a mentionné que le géant des médias sociaux travaillait en étroite collaboration avec une ONG israélienne nouvellement créée, appelée Fighting Online Antisemitism, qui signalait les contenus qu’elle percevait comme antisémites et alertait Twitter.

« Nous leur envoyons des contenus antisémites dont nous avons remarqué qu’ils n’ont pas été supprimés afin qu’ils puissent les supprimer », a déclaré par courriel le responsable de la lutte contre l’antisémitisme en ligne, Tomer Aldubi, au Times of Israel. « Le mois prochain, nous organiserons une session de formation des volontaires de l’ONG avec le responsable de la politique publique pour Twitter en Irlande ».

Le Times of Israël a demandé à Aldubi qui finance son ONG, mais il a refusé de répondre. Aldubi dirigeait auparavant l’ONG israélienne Students Combating Antisemitism, financée par le Kantor Center for the Study of Contemporary European Jewry, qui porte le nom de l’oligarque russe Moshe Kantor. Aldubi a déclaré que Kantor n’est pas impliqué dans le financement de sa nouvelle entreprise.

La réunion s’est terminée avec l’appel de Cotler-Wunsh et d’autres à l’adoption par les quatre plateformes de médias sociaux de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA.

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