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La lutte contre l’antisémitisme au menu du dîner du Crif, qui a lieu sans Macron

Selon Francis Kalifat, les plans triennaux de lutte contre le racisme et l'antisémitisme de 2012, 2015, et 2018 n'ont pas eu les résultats escomptés, et "l'antisémitisme progresse"

Francis Kalifat en juillet 2014. (Crédit : Capture d’écran YouTube/Crif/BFMTV)
Francis Kalifat en juillet 2014. (Crédit : Capture d’écran YouTube/Crif/BFMTV)

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) tient jeudi son traditionnel dîner « républicain », avec plusieurs candidats à la présidentielle mais sans Emmanuel Macron en raison de la situation en Ukraine, dans un contexte d’antisémitisme toujours trop élevé aux yeux du président de cette instance.

Après avoir été annulée deux années de suite en raison de la crise sanitaire, cette 36e édition aura lieu sans le chef de l’Etat, appelé à un sommet des Vingt-Sept à Bruxelles au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. C’est le premier ministre Jean Castex qui doit prononcer un discours devant les politiques, ambassadeurs, religieux, syndicalistes, artistes, personnalités des médias, etc, réunis au Carrousel du Louvre.

A sept semaines de l’élection présidentielle, certains prétendants à l’Elysée seront présents, mais ne s’exprimeront pas : Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, Anne Hidalgo, maire de Paris, ou encore le candidat écologiste Yannick Jadot. Fabien Roussel (PCF) a décliné pour cause de meeting.

En revanche Marine Le Pen (RN), Eric Zemmour (Reconquête), et Jean-Luc Mélenchon (LFI) n’ont pas été conviés. « Comme traditionnellement depuis que ce dîner existe, les représentants des partis extrêmes ne sont pas invités », affirme à l’AFP Francis Kalifat, président du Crif, vitrine politique de la première population juive d’Europe (un demi-million de personnes).

Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon, en débat sur BFMTV, le 23 septembre 2021. (Capture d’écran/YouTube)

« Les extrêmes sont dangereux pour la France et dangereux pour les Juifs. L’Histoire nous l’a montré », ajoute-t-il.

Et « Zemmour et son parti s’est placé à la droite de Marine Le Pen, donc on ne peut pas le qualifier autrement que de ‘parti d’extrême droite' », ajoute-t-il.

Un manifeste intitulé « Zemmour n’est pas une parole juive », lancé dimanche et qui avait recueilli mercredi 670 signatures, en particulier celles de Beate et Serge Klarsfeld, a appelé à un « sursaut républicain ». « Nous ne voulons pas de la société fracturée et violente prônée par Zemmour » (Zemmour est de confession juive, ndlr), affirment les signataires.

« Stratégie ciblée »

Parmi les thèmes chers au Crif et que son président entend rappeler jeudi, figure la lutte contre l’antisémitisme.

Selon M. Kalifat, les plans triennaux de lutte contre le racisme et l’antisémitisme de 2012, 2015, et 2018 n’ont pas eu les résultats escomptés, et « l’antisémitisme progresse ».

Il fait valoir que les actes antisémites répertoriés par le ministère de l’Intérieur à partir des dépôts de plainte « ont augmenté de 74 % », passant de 339 en 2020 à 559 en 2021.

Ils ont au contraire « diminué de 14 % » par rapport à 2019 (617 actes), estime le ministère, interrogé par l’AFP. La place Beauvau considère que l’année 2020 n’est pas représentative en raison de la crise sanitaire.

En 2018, 541 actes avaient été recensés, en deçà des pics de 2014 (851) et 2004 (974).

Une croix gammée a été découverte sur un wagon ayant servi à la déportation de Juifs, dans un musée du train à Dracy-Saint-Loup (Saône-et-Loire), le 9 septembre 2021. (Capture d’écran Twitter)

Le Crif a mis en place il y a deux ans un « observatoire de la haine antisémite en ligne », qui recense environ « 50 000 à 60 000 contenus haineux chaque année » sur la Toile, selon lui.

Pour M. Kalifat, il faut donc « passer à une stratégie ciblée » de lutte contre l’antisémitisme, indépendante de la lutte contre le racisme.

Lors du dernier dîner du Crif, en 2019, Emmanuel Macron avait annoncé vouloir élargir la définition de l’antisémitisme à l’antisionisme. A la suite de cela, l’Assemblée nationale (en 2019), puis le Sénat (en 2021) ont adopté un texte reprenant la définition de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) validée par le Parlement européen et une vingtaine de pays.

Ce texte, sans valeur contraignante, a pour objectif d’aider à mieux former les agents publics – forces de l’ordre, magistrats et enseignants – afin qu’ils puissent mieux appréhender les situations concrètes.

L’Education nationale, par exemple, avec le Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), a mis au point un vademecum. « Les personnels ont été sensibilisés, des sessions de formation ont été organisées à destination des ‘référents' », a-t-on indiqué au ministère.

« On a l’impression » que les annonces de 2019 « n’ont pas eu de conséquences » positives, juge pour sa part M. Kalifat.

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