La Maison-Blanche refuse de préciser si Trump visitera le ghetto de Varsovie
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La Maison-Blanche refuse de préciser si Trump visitera le ghetto de Varsovie

En 2017, le président américain avait excédé les Juifs américains et polonais en omettant cette visite – ce qui avait été perçu comme un soutien au gouvernement nationaliste

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Conférence de presse du président américain Donald Trump (à gauche) et du président polonais Andrzej Duda. (Capture d'écran FOX10 PHOENIX / YouTube)
Conférence de presse du président américain Donald Trump (à gauche) et du président polonais Andrzej Duda. (Capture d'écran FOX10 PHOENIX / YouTube)

WASHINGTON — En juillet 2017, Donald Trump est entré dans l’Histoire en tant que premier président américain à visiter Varsovie depuis la Seconde guerre mondiale sans faire d’arrêt au monument en mémoire du soulèvement du ghetto juif.

Au début du mois de septembre, il se rendra de nouveau en Pologne, et on ignore s’il se rendra cette fois-ci au mémorial d’hommage à la résistance juive.

La Maison-Blanche a refusé lundi d’indiquer si Trump se rendra ou non au monument de Varsovie, après des demandes répétées du Times of Israël.

Le mois dernier, l’administration avait annoncé que le président serait au Danemark et en Pologne du 31 août au 3 septembre.

Le communiqué indiquait que « le président et la Première dame se rendront à des cérémonies commémoratives et visiteront des mémoriaux à Varsovie le 1er septembre 2019, à l’occasion du 80e anniversaire du début de la Seconde guerre mondiale ».

Interrogée sur la présence de monuments liés à la Shoah dans le programme, la Maison-Blanche a refusé tout commentaire.

Des Juifs du ghetto de Varsovie conduits par des soldats allemands à un point de rassemblement pour être déportés vers les camps de la mort, en 1943. (Domaine public)

Le soulèvement du ghetto de Varsovie a éclaté le 19 avril 1943, quand quelques 75 jeunes combattants juifs, seulement armés de pistolets et autres armes légères, ont attaqué une force allemande trois fois plus nombreuse. Dans leurs derniers testaments, ils avaient dit qu’ils étaient destinés à mourir, mais qu’ils voulait mourir quand et où ils l’auraient choisi.

Les combattants ont tenu un presque un mois, plus longtemps que certains pays envahis par l’Allemagne.

Les Allemands ont rasé le ghetto et tué la plupart des combattants, à l’exception d’une dizaine qui a réussi à fuir le ghetto par les canalisations et à rejoindre le côté « aryen » de la ville.

La décision de Trump de ne pas aller sur ces sites en juillet 2017 avait excédé les Juifs américains et polonais qui y voyaient une « petite » victoire des nationalistes polonais au pouvoir.

Le président américain Donald Trump prononce un discours devant un monument en mémoire du soulèvement de Varsovie, le 6 juillet 2017. (Crédit : AFP/Janek Skarzynski)

« Depuis la chute du communisme en 1989, tous les présidents et vice-présidents américains en visite à Varsovie se sont toujours rendus au monument des Héros du ghetto », avait déclaré Anna Chipczynska, présidente de la communauté juive de Varsovie. « Ils l’ont fait au nom du peuple américain, qui a joué un rôle clef dans la chute du fascisme et dans la commémoration universelle des victimes de la Shoah et la condamnation de ses auteurs, à l’instar des peuples de toutes les nationalités.

« Pour les Juifs de Pologne, reconstruire la Pologne démocratique de leur vie communautaire, après les horreurs de la Shaoh et les dégâts du communisme, ce geste témoignait de la reconnaissance, de la solidarité et de l’espoir. Nous regrettons profondément que le président Trump, même s’il doit prononcer un discours en un lieu distant d’à peine [un kilomètre et demi] de ce monument, ait également jugé bon de rompre, parmi nombre d’autres, avec cette tradition digne de respect. Nous espérons que ce signe de manque de respect ne reflète pas les attitudes et les sentiments du peuple américain. »

Le grand rabbin de Pologne Michael Schudrich et Leslaw Piszewski, président des communautés juives de Pologne, avaient également signé ce communiqué.

Alan Dershowitz au NEP Studios à New York, le 3 février 2016. (John Lamparski / Getty Images pour Hulu, via JTA)

L’avocat Alan Dershowitz, l’un des plus grand défenseurs de Trump parmi les Juifs américains, avait déclaré que cela avait été « une erreur de ne pas aller » au monument.

A Varsovie, Trump a prononcé un discours place Krasinski, devant un monument de commémoration du soulèvement de Varsovie en 1944, quand la résistance clandestine polonaise a affronté les forces allemandes occupantes pendant 63 jours. Ce soulèvement s’est soldé par une défaite et la ville a été détruite. Trump n’a que vaguement mentionné le soulèvement du ghetto juif.

« Sous une double occupation, le peuple polonais a enduré des difficultés indescriptibles : le massacre de Katyn, les occupations, la Shoah, le ghetto de Varsovie et le soulèvement du ghetto du Varsovie, la destruction de cette magnifique capitale, et la mort de près d’un Polonais sur cinq », a-t-il dit. « Une communauté juive vibrante, la plus grande d’Europe, a été réduite à néant après que les nazis ont procédé au meurtre systématique de millions de citoyens Juifs polonais, aux côtés d’innombrables autres, durant cette occupation brutale. »

L’ancien président Jimmy Carter a été le premier président à visiter le ghetto de Varsovie en 1977. De même, l’ancien président George H. W. Bush s’y était rendu en 1989 et Bill Clinton en 1997. George W. Bush et Barack Obama avaient tout deux déposé des gerbes sur le mémorial.

De leur côté, d’éminents Juifs américains avaient déclaré que le fait que Trump n’aille pas au ghetto juif envoyait un message à la Pologne d’aujourd’hui.

La Pologne est actuellement dirigée par le parti Droit et Justice – dont le président est Andrzej Duda – qui a minimisé les persécutions de trois millions de Juifs tués par les nazis pendant la Shoah et la complicité polonaise à l’époque.

A LIRE : Texte intégral de la loi polonaise controversée sur la Shoah

« Les dirigeants polonais d’aujourd’hui minimisent la Shoah et le rôle de la Pologne », a déclaré Alan Dershowitz à Politico. « Cela aurait envoyé un message fort à propos des civilisations occidentales, que Trump représente. Le gouvernement polonais veut se focaliser sur le nationalisme – et cela porte sur ce qui est arrivé au peuple d’ethnicité polonaise, pas aux Juifs. »

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