La majorité de la population juive de Strasbourg serait atteinte du Covid-19
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La majorité de la population juive de Strasbourg serait atteinte du Covid-19

Selon le grand-rabbin de la ville, la communauté de 20 000 membres a été durement touchée par l'épidémie, ce qui a même conduit à certaines manifestations d'antisémitisme

Harold Abraham, grand-rabbin de Strasbourg, en 2017 (Capture écran/YouTube)
Harold Abraham, grand-rabbin de Strasbourg, en 2017 (Capture écran/YouTube)

L’une des plus grandes communautés juives de France, Strasbourg, a été durement touchée par la pandémie de Covid-19, a déclaré le grand-rabbin de la ville, ajoutant qu’il pense qu’une majorité des 20 000 membres de la communauté pourrait avoir été infectée.

Le rabbin Harold Abraham Weill a indiqué vendredi à la radio de l’armée qu’une personne juive était morte et qu’au moins 20 autres étaient dans un état grave, sous sédatifs et sous respirateur. Onze des treize rabbins de la ville sont tombés malades, et un se trouve dans un état grave.

Harold Abraham Weill a lui-même été diagnostiqué positif et a été malade pendant plus de deux semaines, mais se sent bien maintenant.

« Les choses sont graves en France », a-t-il déploré. « C’est exactement la même situation à Strasbourg. Ils n’acceptent plus [les gens] dans les hôpitaux, sauf s’il s’agit de quelqu’un dans un état grave ».

Il a ajouté : « J’ai parlé hier à un ami qui avait des symptômes beaucoup plus forts [que les miens], qui était dans un état vraiment dangereux il y a une semaine. Sa fièvre ne descendait pas, il toussait, il avait le souffle court. Quand il est venu à l’hôpital, on lui a dit de rentrer chez lui. Ils lui ont dit qu’ils n’avaient pas de place et demandé de ne revenir que s’il voyait que cela s’aggravait ».

M. Weill a admis que la propagation du virus à travers la communauté juive était « un phénomène vraiment effrayant. Combien de personnes ont été infectées ? Je crois que peut-être 50 %, peut-être 60 % ou 70 % ».

Il pense que la communauté avait mis trop de temps à reconnaître la gravité de la menace, et a notamment pointé du doigt les célébrations entourant la fête de Pourim le 9 mars.

« Nous avons publié des directives sérieuses avant Pourim. Nous avons senti que les choses changeaient et commençaient à être dangereuses, mais apparemment ce n’était pas suffisant », a-t-il rapporté.

La grande synagogue de la Paix, à Strasbourg. (Crédit : Jonathan M / Wikimédia / CC BY-SA 3.0)

M. Weill a indiqué que la communauté avait organisé des programmes d’apprentissage et de loisirs en ligne pour le public, qui fonctionnent tous les jours du matin au soir, ainsi que des prières communes en ligne. Beaucoup se sont portés volontaires pour appeler les personnes âgées isolées afin de savoir comment elles vont.

Le grand-rabbin a ajouté que la prévalence de la maladie dans la communauté avait conduit à certaines expressions d’antisémitisme, les Juifs étant accusés de propager la maladie.

L’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui a démissionné en février pour se présenter à la mairie de Paris sans succès, a également été accusée dans certains forums en ligne, a-t-il dénoncé.

A LIRE : Buzyn suscite la polémique en affirmant avoir alerté l’exécutif dès janvier

Les gens ont affirmé qu’Agnès Buzyn, fille d’un survivant de la Shoah, « savait à l’avance, qu’elle n’avait pas fait le nécessaire, qu’elle voulait vendre le vaccin quand il arriverait… Ce sont des choses qui circulent sur Internet ».

Agnès Buzyn, le 15 mars 2020 à Paris. (Crédit : Julien DE ROSA / POOL / AFP)

Selon M. Weill, bien que ces problèmes soient graves, le gouvernement doit actuellement se concentrer avant tout sur la santé publique. « Nous serons bien sûr en contact avec le gouvernement [pour régler ce problème], mais pour l’instant, le plus important est de traiter les malades », a-t-il déclaré.

La France est l’un des pays les plus touchés par la crise du coronavirus, avec près de 33 000 cas et quelque 2 000 décès – la majorité dans l’est du pays.

Vendredi, le gouvernement a prolongé de deux semaines le confinement, le Premier ministre ayant mis en garde contre des « jours difficiles » à venir, suite à la multiplication des cas qui commence à mettre le système de santé français sous pression.

« Nous nous trouvons dans une crise qui va durer, dans une situation sanitaire qui ne va pas s’améliorer de sitôt », a ainsi prévenu Edouard Philippe. « La situation sera difficile dans les jours à venir ».

Le Premier ministre a annoncé que la période initiale de deux semaines de confinement de tous les Français, à l’exception des employés essentiels, durera désormais au moins jusqu’au 15 avril.

Un patient sous assistance respiratoire est escorté au CHU de Strasbourg par des membres du SAMU-SMUR portant des combinaisons de protection et des masques, à Strasbourg, le 16 mars 2020, pendant l’épidémie de Covid-19 qui frappe l’Europe. (Crédit : Patrick HERTZOG / AFP)

Après avoir débuté dans l’est du pays, l’épidémie se propage maintenant dans les Hauts-de-France, dans la région parisienne et dans d’autres régions avec « une poussée extrêmement forte qui met l’ensemble du système de santé, l’ensemble du système hospitalier, sous pression considérable », a fait état Edouard Philippe après une réunion ministérielle par vidéoconférence.

A partir de vendredi, la Tour Eiffel rendra un hommage quotidien avec un spectacle de lumière spécial épelant « Merci » à l’attention du personnel de santé français, et rappelant au reste de la population de « Restez chez vous ».

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