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La marche du drapeau autorisée à Jérusalem, un an après les roquettes du Hamas

En 2021, la marche avait débouché sur une guerre de 11 jours contre le Hamas ; les organisateurs se félicitent de l'itinéraire dans le quartier musulman

Des Israéliens agitent des drapeaux israéliens et dansent pendant la Marche du drapeau devant la porte de Damas de la Vieille Ville de Jérusalem, en célébration de l'annexion de la partie orientale de Jérusalem en 1967, le 15 juin 2021. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Des Israéliens agitent des drapeaux israéliens et dansent pendant la Marche du drapeau devant la porte de Damas de la Vieille Ville de Jérusalem, en célébration de l'annexion de la partie orientale de Jérusalem en 1967, le 15 juin 2021. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Un an après le conflit long de onze jours qui a opposé le Hamas à Israël, provoqué par la « Marche du drapeau » accompagnant la célébration du Jour de Jérusalem, le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, a déclaré mercredi que la marche de cette année serait autorisée. L’itinéraire, sujet à controverse, empruntera la porte de Damas et passera par le quartier musulman de la Vieille Ville, pour rallier le mur Occidental.

En 2021, l’itinéraire de la marche, passant par la porte de Damas, avait été modifié en dernière minute, en raison de tensions accrues sur le mont du Temple et de menaces répétées de la part du Hamas, à Gaza.

En dépit du changement d’itinéraire, le Hamas avait tiré des roquettes sur Jérusalem pendant la marche, qui avait été ajournée et la Knesset évacuée, marquant le début d’une guerre longue de 11 jours, baptisée plus tard par Tsahal Opération « Gardien des murs ».

La décision de Barlev d’autoriser la marche cette année, le dimanche 29 mai, suivant un itinéraire comprenant des zones périphériques de la Vieille Ville, a été annoncée à la suite d’une évaluation de la situation avec le chef de la police, Kobi Shabtai, et le commandant de police du district de Jérusalem, Doron Turgeman. Elle fait suite à des semaines de violences entre Palestiniens et représentants des forces de l’ordre israéliennes dans le secteur.

Selon l’itinéraire autorisé par Barlev, qui doit être approuvé par le Premier ministre Naftali Bennett, les participants emprunteront la route de Jaffa jusqu’à la porte de Damas, dont l’accès sera interdit aux Palestiniens. Des danses collectives y auront lieu. Ils poursuivront leur chemin à travers la Vieille Ville, en empruntant la rue Hagai (Al-Wad en arabe) dans le quartier musulman, pour parvenir au mur Occidental, leur destination.

Le ministre de la Sécurité publique, Omer Barlev, lors d’une réunion du Comité de la Défense et des Affaires Etrangères, à la Knesset à Jérusalem, le 13 septembre 2021 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90).

Cet itinéraire, assez standard, est modifié lorsque la situation sécuritaire l’exige. Le mois dernier, la police avait interdit le passage à plusieurs centaines de manifestants nationalistes désireux de mener leur propre version de la « marche du drapeau » via la porte de Damas. Le gouvernement s’était justifié en rappelant que cette marche devrait avoir lieu à l’occasion de Yom Yeroushalayim.

La Treizième chaîne a indiqué que le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, et le ministre de la Défense, Benny Gantz, avaient tous deux exprimé des réserves – n’allant toutefois pas jusqu’à l’opposition pure et simple – sur le passage par la porte de Damas, lors d’un point de sécurité au siège du ministère de la Défense, à Tel Aviv, mardi.

Lapid aurait mis en garde contre un nouvel épisode de confrontations, expliquant qu’à la suite des violences survenues lors des funérailles de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh vendredi, de nouveaux heurts causeraient un grand tort diplomatique à Israël.

Gantz aurait pour sa part affirmé : « Et si la sécurité se détériore dans les prochains jours, vous dites-vous, ce n’est pas une bonne idée en ce moment d'[autoriser que la marche] emprunte la porte de Damas et la rue Hagai. Cette capitulation serait dangereuse en termes de perception [par les ennemis d’Israël] des autorités en charge de la sécurité et de l’État d’Israël dans son entier. Il faut bien réfléchir avant de l’autoriser. »

Yom Yeroushalayim commémore la conquête par Israël de la Vieille Ville et de Jérusalem-Est sur la Jordanie, lors de la guerre des Six Jours en 1967, en même temps que l’extension de la souveraineté d’Israël à toute la ville. Il est surtout célébrée par les Juifs nationaux-religieux qui défilent dans la capitale en dansant avec des drapeaux israéliens.

Les Arabes de la Vieille Ville voient en cet événement une provocation doublée d’une démonstration de force à leur encontre.

Un homme juif brandissant le drapeau israélien se querelle avec une femme arabe, tandis que des milliers de personnes célèbrent la Journée de Jérusalem en dansant par la Porte de Damas, en route vers le mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 13 mai 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les organisateurs de la marche de cette année ont remercié Barlev d’avoir approuvé l’itinéraire initial.

« Il n’y a rien de mieux que de défiler dans la ville à l’occasion de la fête de Yom Yeroushalayim », ont déclaré les organisateurs dans un communiqué. « La traditionnelle ‘danse du drapeau’ représente avant tout la libération de Jérusalem et sa connexion d’ouest en est, avec ces dizaines de milliers de marcheurs défilant joyeusement dans les rues de la Vieille Ville, jusqu’au mur Occidental. »

Le mouvement de droite Im Tirtzu a salué « une grande décision du ministre de la Sécurité publique, qui fera date – une décision qui renforcera la souveraineté à Jérusalem ».

« La porte de Damas, en particulier, et Jérusalem-Est dans son ensemble, sont des éléments inséparables de Jérusalem », a affirmé le groupe

Des milliers de marcheurs juifs agitent des drapeaux israéliens alors qu’ils célèbre le Jour de Jérusalem en dansant à travers la Porte de Damas en chemin vers le mur Occidental dans la Vieille ville de Jérusalem, le 13 mai 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre de la Coopération régionale, Esawi Frej (du parti Meretz), s’est engagé à faire le maximum pour empêcher que la marche se déroule sous cette forme.

« L’autorisation de cet itinéraire provocateur, qui emprunte le quartier musulman et la porte de Damas, est une erreur dangereuse et inquiétante. L’objectif de cette marche au cœur de Jérusalem-Est n’est pas de célébrer Jérusalem, mais de l’embraser, c’est pourquoi j’ai l’intention de prendre des mesures pour faire évoluer la décision afin de nous prémunir de conséquences dangereuses », a déclaré le député arabe israélien dans un tweet.

Des Palestiniens endeuillés mettent à terre un drapeau israélien, devant la porte de Jaffa, pendant les funérailles de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh. (Crédit : Aaron Boxerman/Times of Israel)

La députée Michal Rozin, collègue du Meretz, a jugé « irresponsable » la décision d’autoriser la marche dans son itinéraire actuel.

Bezalel Smotrich, chef du parti Sionisme religieux, à l’extrême droite de l’échiquier politique israélien, qui siège dans l’opposition et dont les électeurs seront nombreux à rallier la marche, a salué la décision « logique » du ministre.

« Le ministre Barlev et le chef de la police ont pris la bonne décision », a déclaré Smotrich dans un tweet. « C’est une décision qui devrait être évidente dans un État souverain normal. Maintenant, tout ce que nous pouvons espérer, c’est que la coalition Bennett-Abbas-Tibi-Lapid ne la remette pas en cause », a-t-il ajouté.

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