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La mémoire des Juifs de Libye renaît dans un documentaire projeté à Londres 

Présenté au JW3 lors d’un événement organisé par Harif, le film du réalisateur Hamos Guetta retrace le destin des Juifs de Libye sous Kadhafi à travers les témoignages de survivants

Hamos Guetta répond aux questions du public après la projection de son documentaire Le Cose Non Dette, au JW3 de Londres, le 12 juillet, 2026. (Crédit : Capture d'écran/X)
Hamos Guetta répond aux questions du public après la projection de son documentaire Le Cose Non Dette, au JW3 de Londres, le 12 juillet, 2026. (Crédit : Capture d'écran/X)

L’histoire de la communauté juive de Libye a été ramenée à la vie cette semaine à Londres par un documentaire du réalisateur italo-libyen Hamos Guetta, diffusé sur grand écran lors d’un événement organisé par Judy Saphra pour le compte de Harif.

D’une durée de 81 minutes, Le Cose Non Dette a été montré au JW3, il retrace le destin des Juifs dans la Libye de Mouammar Kadhafi à travers les récits et témoignages de plusieurs survivants et de leurs familles.

Mêlant témoignages personnels et mémoire collective, Guetta – né à Tripoli en 1955 et parti en exil en 1967, connu par ailleurs pour son engagement en faveur de la préservation de la cuisine juive tripolitaine, dernier vestige tangible d’une identité déracinée – retrace le déclin d’une communauté plusieurs fois millénaire, aujourd’hui presque entièrement disparue du pays.

La présence juive en Libye remontait au 3ᵉ siècle avant notre ère. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le pays comptait environ 38 000 Juifs. Après les pogroms de 1945, 1948 et 1967, puis les persécutions qui ont suivi la prise du pouvoir de Mouammar Kadhafi en 1969, la quasi-totalité de la communauté a quitté le pays – il n’y reste aujourd’hui pratiquement plus aucun Juif.

« Une valise et vingt livres libyennes », c’était tout ce que les Juifs pouvaient emmener avec eux.

À l’issue de la projection, Guetta, s’est adressé au public et a expliqué que ce sont ses souvenirs d’enfance fragmentaires qui l’ont d’abord poussé à vouloir documenter l’histoire des Juifs libyens avant qu’elle ne disparaisse, selon le Jewish News.

Mais c’est sa rencontre avec Giulio Hassan à Rome qui a véritablement fait basculer le projet. Ce qui devait être un entretien informel est devenu le point de départ autour duquel il a construit toute la narration du documentaire.

Né à Tripoli en 1940 d’une mère florentine et d’un père tripolitain, il fuit le pays en 1967 avec sa famille, avant d’y retourner deux ans plus tard, pensant le danger écarté, pour liquider les biens de son père. Il est alors arrêté par Kadhafi et passe quatre ans et demi en isolement carcéral, où il subit des violences. Restée à l’extérieur, son épouse, Jasmine, se bat sans relâche jusqu’à sa libération. Le couple s’installe ensuite en Italie, puis en Israël.

Les Juifs qui posaient le pied en Israël perdaient tout droit de réclamer leurs biens en Libye ; un mécanisme comparable a également été appliqué en Irak en 1951 et en Égypte sous Nasser.

À travers ce film, le réalisateur souhaite faire découvrir au public non seulement les expériences individuelles et le ressenti de ces témoins, mais aussi le passé plus large d’une communauté presque oubliée.

« Si l’on veut comprendre une communauté, son histoire et la richesse de sa culture, il faut aussi comprendre d’où tout cela vient », a-t-il déclaré, cité par Jewish News.

Guetta est également revenu sur la place des Juifs libyens aujourd’hui au Royaume-Uni, citant la date du 5 novembre comme une date à la fois porteuse d’espoir et de tragédie : c’est la victoire britannique à El Alamein qui a empêché la déportation des Juifs de Libye par les nazis, explique-t-il – mais c’est aussi, le même jour, en 1945, que les Britanniques ont laissé se dérouler le pogrom contre les Juifs de Tripoli.

Profondément humaniste, le réalisateur a exhorté chacun à ne pas perdre de vue la possibilité de la coexistence et à continuer de rechercher la paix malgré les conflits en cours.

« Les gens veulent vivre, ils veulent fonder une famille et avoir des enfants », a-t-il déclaré.

Fondé en 2005, Harif œuvre à la préservation de l’histoire et du patrimoine des communautés juives d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. L’organisation milite également pour la reconnaissance des réfugiés juifs des pays arabes et sensibilise le public au sort de ces communautés, dont la plupart ont aujourd’hui disparu de la région.

Le film avait déjà été projeté à Milan et à Rome en janvier, avant sa première britannique à Londres cette semaine. Aucune autre date n’a, pour l’heure, été annoncée.

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