La Norvège s’excuse auprès des « filles de boches »
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La Norvège s’excuse auprès des « filles de boches »

"Leur crime était d'avoir violé des règles non-écrites et des normes morales", a souligné l'historienne Guri Hjeltnes

Tonte d'une Française le 29 août 1944 près de Montélimar. La tonte forcée des femmes qui avaient eu des rapports sexuels avec les soldats allemands pendant la Seconde Guerre mondiale (Crédit : Domaine public)
Tonte d'une Française le 29 août 1944 près de Montélimar. La tonte forcée des femmes qui avaient eu des rapports sexuels avec les soldats allemands pendant la Seconde Guerre mondiale (Crédit : Domaine public)

La Norvège a présenté mercredi ses excuses officielles auprès des Norvégiennes ayant eu une relation avec des soldats allemands pendant l’Occupation et cibles de représailles au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Entre 30 000 et 50 000 Norvégiennes, communément surnommées « filles de boches », ont eu une relation intime avec des soldats allemands pendant la guerre, selon une estimation « conservatrice » du Centre norvégien d’études sur la Shoah et les minorités religieuses.

À côté de la vindicte populaire qui s’est notamment traduite par la tonte forcée, ces femmes ont subi les représailles des autorités à la Libération : arrestations sans fondement légal, internements sans jugement, licenciements, expulsions et déchéances – inconstitutionnelles – de nationalité.

« Dans la période qui a suivi la Libération, de nombreuses jeunes filles et femmes norvégiennes qui avaient eu une relation avec des soldats allemands ou en étaient soupçonnées ont été victimes d’un traitement indigne », a noté la Première ministre norvégienne, Erna Solberg, lors d’un événement visant à marquer le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Erna Solberg (Crédit : CC BY-SA 3.0)

« Aujourd’hui, je veux au nom du gouvernement présenter des excuses », a-t-elle dit.

Survenant 73 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale alors que vraisemblablement très peu de ces femmes sont encore en vie, ces excuses officielles n’ouvrent pas droit à des réparations financières aux familles concernées.

Pendant la guerre, plus de 300 000 soldats allemands occupaient la Norvège, pays neutre mais envahi par les nazis le 9 avril 1940.

« On ne peut dire des femmes qui ont eu des relations personnelles avec des Allemands qu’elles ont participé à l’effort de guerre allemand. Leur crime était d’avoir violé des règles non-écrites et des normes morales », a souligné l’historienne Guri Hjeltnes, qui dirige le Centre d’études sur la Shoah et les minorités religieuses.

« Elles ont tout de même été punies beaucoup plus sévèrement que les profiteurs de guerre », a-t-elle précisé.

Aucun des 28 Norvégiens s’étant mariés avec des Allemandes pendant la guerre n’a été expulsé ni déchu de sa nationalité, a-t-elle aussi fait valoir.

En 2000, Oslo avait déjà présenté des excuses aux quelque 10 000 à 12 000 enfants nés de mères norvégiennes et de soldats allemands, qui ont également enduré de nombreuses souffrances.

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