La Norvège tente d’échapper à Washington après s’être désengagée de Caterpillar
Un responsable norvégien a insisté sur le fait que ce désengagement, décidé en signe de protestation contre Israël, "n'est pas une décision politique" ; Lindsey Graham s'est insurgé contre cette initiative
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Le Premier ministre norvégien a annoncé, vendredi soir, qu’il avait pris contact avec le sénateur américain Lindsey Graham dans le but de tenter d’apaiser la controverse suscitée par la décision du fonds souverain norvégien de vendre toutes ses actions du groupe de construction Caterpillar pour des raisons éthiques.
D’une valeur de 2 000 milliards de dollars, le fonds souverain norvégien est le plus important au monde. Il a fait savoir, lundi dernier, qu’il se désengageait de Caterpillar pour des raisons éthiques. L’entreprise fournit en effet à Israël des bulldozers utilisés dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.
Caterpillar n’a pas commenté cette décision.
Fin juin, environ 52 % des actifs du fonds, soit plus de 1 000 milliards de dollars, étaient détenus aux États-Unis, sous forme d’actions, de bons du Trésor et de biens immobiliers.
Indépendance
La gestion des actifs est conçue de manière à rester indépendante du gouvernement, et les décisions concernant les entreprises dont le fonds souhaite se désengager sont prises par le conseil d’administration de la banque centrale.
Le désinvestissement de Caterpillar a été décidé sur la recommandation du Conseil d’éthique du fonds, un organisme public qui a été créé par le ministère des Finances pour garantir que les entreprises présentes dans le portefeuille du fonds respectent les directives éthiques qui ont été fixées par le Parlement norvégien.
« Hier après-midi, le Premier ministre a informé le sénateur Lindsey Graham de l’organisation du fonds de pension par SMS », a déclaré Kristoffer Thoner, secrétaire d’État du cabinet du Premier ministre Jonas Gahr Støre, dans un communiqué transmis à Reuters.
« La décision d’exclure des entreprises a été prise de manière indépendante par le conseil d’administration de la Norges Bank, conformément au cadre établi », a-t-il ajouté.
« Il ne s’agit pas d’une décision politique », a-t-il poursuivi.
Graham a confirmé avoir reçu le message, a précisé Thoner.
Le bureau de Graham n’avait pas répondu à une demande de commentaire au moment de la rédaction de cet article.
Le fonds norvégien, qui est constitué à partir d’énormes revenus pétroliers et gaziers, est investi dans quelque 8 400 entreprises et il détient 1,5 % de toutes les actions cotées en Bourse dans le monde.
Certains, dans ce pays nordique, se sont demandé si, au vu des incertitudes qui entourent les politiques économiques du président Donald Trump, les actifs américains du fonds pourraient être menacés – par exemple par une saisie d’actifs ou un échange forcé de dettes.
Interrogé en avril dernier sur un tel scénario, le PDG du fonds, Nicolai Tangen, a estimé qu’il n’y avait pas de risque crédible de saisie d’actifs.
Graham, un allié du président Trump, a déclaré jeudi que la Norvège devrait reconsidérer sa décision, sous peine de se voir imposer de nouveaux droits de douane américains sur ses exportations ou de nouvelles restrictions de visa pour les gestionnaires du fonds.
« Votre décision de sanctionner Caterpillar, une entreprise américaine, parce qu’Israël utilise ses produits est plus qu’offensive, » a écrit Graham sur le réseau social X.
« Je vous invite à reconsidérer votre décision imprudente », a-t-il ajouté ultérieurement.
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