La plupart des personnes détenues après le rassemblement anti-Netanyahu libérées
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La plupart des personnes détenues après le rassemblement anti-Netanyahu libérées

Les manifestants ont été traduits en justice, deux d'entre eux ont été assignés à résidence ; l'un des organisateurs a déclaré que la démocratie israélienne était en jeu

Des manifestants arrêtés lors d'un rassemblement contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle comparaissent devant le tribunal de Jérusalem pour une audience de renvoi, le 15 juillet 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Des manifestants arrêtés lors d'un rassemblement contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle comparaissent devant le tribunal de Jérusalem pour une audience de renvoi, le 15 juillet 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

La majorité des manifestants détenus lors d’une manifestation devant la résidence du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont été libérés par le tribunal de Jérusalem mercredi.

Deux personnes ont été libérées purement et simplement, deux autres ont été libérées à condition de ne pas s’approcher de la résidence du Premier ministre pendant deux semaines, et deux autres ont été placées en résidence surveillée jusqu’à dimanche. La plupart des 50 personnes que la police a rapporté avoir arrêtées ont été libérées dans la nuit qui a suivi la manifestation.

Les audiences pour les deux autres personnes en détention se poursuivent.

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées mardi soir à Jérusalem pour demander à Benjamin Netanyahu de démissionner en raison de son inculpation pour corruption. Certains des manifestants ont tenté de franchir les barrières de sécurité sur place et se sont heurtés à la police. Lorsque la manifestation s’est terminée, des centaines de personnes se sont déplacées vers le centre-ville, où elles ont bloqué le trafic du tramway.

Des manifestants tentent de franchir les barrières durant une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de sa résidence à Jérusalem, le 14 juillet 2020 (Capture d’écran : Twitter)

La police a alors pointé des canons à eau sur les manifestants et des officiers à cheval ont chargé le long des rails du tramway de la rue Jaffa, poussant les manifestants à se disperser sur les côtés avant de se regrouper. Certains manifestants ont poussé des bennes à ordures et des clôtures à mailles losangées dans les rues comme des barricades de fortune, et plusieurs bennes ont été incendiées.

La police a fait état d’un officier légèrement blessé.

Certains des manifestants ont été traduits en justice mercredi avec les mains et les pieds enchaînés, une entorse à la procédure.

Des manifestants arrêtés lors d’un rassemblement contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle au tribunal de Jérusalem pour une audience de renvoi, le 15 juillet 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

L’une des personnes arrêtées, Gonen Ben Yitzhak, un ancien fonctionnaire du Shin Bet qui est devenu un militant anti-Netanyahu de premier plan, a dénoncé que la police « faisait quelque chose d’inapproprié – en essayant de raconter une histoire qui n’a pas eu lieu ».

« Sur quelle base parlent-ils d’agresser un officier de police dans le cadre de son travail ? » a-t-il déclaré. « Il y a une question de principe ici. Si vous pensez que j’ai fait quelque chose [d’illégal], ce n’est pas grave. Mais si c’est juste une tentative de nous tenir à l’écart pour empêcher d’autres manifestations – je ne pense pas que ce soit approprié », a-t-il dit.

« J’étais coincé entre la police et un véhicule avec un canon à eau. Je me suis allongé sur le sol, j’ai mis les mains sur la tête et j’ai essayé d’éviter le courant. A aucun moment je n’ai entendu le commandant du district déclarer la manifestation illégale – ça n’a pas eu lieu. Des gens ont été projetés en l’air et ont été blessés, également par la police. Je l’ai vu de mes propres yeux », a accusé Gonen Ben Yitzhak.

L’avocate Lea Tsemel arrive au tribunal de Jérusalem pour défendre les manifestants arrêtés lors d’un rassemblement anti-Benjamin Netanyahu (Olivier Fitoussi/Flash90)

L’avocate Lea Tsemel, qui était censée représenter certaines des personnes arrêtées, aurait été détenue à l’entrée du tribunal lorsque la police a déclaré qu’elle était censée être mise en quarantaine en raison du coronavirus. Elle a été autorisée à partir au bout d’une heure environ.

La manifestation de Jérusalem s’inscrivait dans le cadre des manifestations « drapeau noir » contre la corruption qui visent le Premier ministre/

De nombreuses manifestations de ce type ont eu lieu au cours des dernières semaines et des derniers mois, mais celle de mardi soir a été d’une ampleur sans précédent, avec une participation inhabituellement élevée des jeunes.

Tamir Hefetz, l’un des organisateurs, a souligné dans une interview accordée mercredi à la Douzième chaîne que les organisateurs sont fermement opposés à la violence et à la confrontation.

Dénonçant ce qu’il a présenté comme une obsession des médias pour la question de savoir « s’il y a eu violence… si un anarchiste a jeté une chaise », mais que le vrai problème était qu' »il y a toute une génération de jeunes qui grandissent dans un État dictatorial, sans avenir, dont le Premier ministre passe ses journées à chercher à échapper à la justice… qui adopte des lois antidémocratiques, qui nuit au système judiciaire ». Ces [jeunes] gens crient. Je crie avec eux… La manifestation est une protestation pour préserver la démocratie. »

Tamir Hefetz a également déclaré que les responsables de la violence étaient en grande partie des « provocateurs » qui ont infiltré la manifestation.

Netanyahu est accusé de fraude et d’abus de confiance dans trois affaires distinctes, ainsi que de corruption dans l’une d’entre elles. Il a nié avoir commis des méfaits et affirme que ces accusations font partie d’un effort des opposants politiques, des médias, des forces de l’ordre et des procureurs pour le démettre de ses fonctions.

Les Israéliens protestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de sa résidence officielle à Jérusalem, le 14 juillet 2020 (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Les organisateurs de la manifestation ont déclaré qu’ils prévoyaient d’en organiser une autre dans le parc Charles Clore de Tel-Aviv, samedi soir.

Selon la chaîne publique Kan, la police s’est opposée à une deuxième manifestation de masse sur la place Rabin de Tel-Aviv contre les politiques économiques du gouvernement, que les organisateurs veulent également organiser samedi.

Le rapport indique que la police s’inquiète de la possible propagation du coronavirus lors d’un grand rassemblement, mais a proposé qu’il se tienne plutôt au parc Ganei Yehoshua.

Cependant, les organisateurs ont indiqué à la rédaction qu’ils porteront l’affaire devant la Haute Cour de justice et demanderont l’autorisation de manifester sur la place emblématique.

« Nous ne serons pas réduits au silence. La police ne nous dira pas où nous pouvons manifester », ont promis les organisateurs dans une déclaration.

Des milliers d’Israéliens manifestent sur la place Rabin à Tel Aviv, appelant au soutien financier du gouvernement israélien au milieu de la crise des coronavirus, le 11 juillet 2020. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Selon les réglementations actuelles, les rassemblements de 20 personnes ou plus dans des espaces fermés sont interdits, sauf dans certaines circonstances. La règle ne s’applique pas aux espaces ouverts et les manifestations ont généralement été exemptées des règles relatives aux virus, à condition que la distance sociale soit maintenue.

Après qu’un participant à la dernière manifestation a été testé positif pour le virus, le professeur Ran Belcer, un expert en santé publique qui conseille le gouvernement sur le coronavirus, a indiqué mercredi à la radio de l’armée que statistiquement, il était probable qu’il y avait plusieurs personnes infectées présentes au rassemblement.

« J’espère qu’il s’est assuré de porter un masque et de garder ses distances. Si c’est le cas, on peut espérer que cela ne se terminera pas avec un grand nombre de personnes infectées. Le temps nous le dira », a-t-il déclaré.

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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