La police forme une unité spéciale pour l’enquête sur le viol collectif à Eilat
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La police forme une unité spéciale pour l’enquête sur le viol collectif à Eilat

Deux suspects ont été arrêtés suite au viol présumé d'une adolescente dans la station balnéaire de la mer Rouge

Illustration : La police des frontières à Eilat, 14 février 2011. (Nati Shohat / Flash90)
Illustration : La police des frontières à Eilat, 14 février 2011. (Nati Shohat / Flash90)

La police a annoncé jeudi la formation d’une unité spéciale qui aura pour mission d’enquêter sur le viol collectif présumé d’une jeune fille de 16 ans par 30 individus à Eilat.

Selon un communiqué de la police, le commissaire adjoint Yoram Sofer, commandant du district sud, a procédé à une évaluation détaillée de la situation.

À ce jour, deux suspects, âgés de moins de 30 ans, résidents de la ville de Hadera, dans le nord du pays, ont été arrêtés.

L’un des suspects a nié toute implication, selon la Douzième chaîne.

L’unité spéciale a saisi les images des caméras de surveillance de l’hôtel HaYam HaAdom afin de tenter d’identifier les suspects.

Un des responsables de l’enquête a déclaré à la Douzième chaîne : « Pour le moment, nous avons mis la main sur deux suspects, mais ce n’est que le début d’une enquête complexe. Nous avons des informations qui font état de plusieurs personnes dans la même pièce. Nous ne savons pas encore quel était leur nombre exact. Nous ne savons pas non plus à ce stade ce que faisaient les personnes présentes. »

Le responsable a ajouté qu’il semblerait que certains des suspects aient filmé les faits avec leurs téléphones.

La police déterminera si la responsabilité de l’hôtel peut être avancée dans cette affaire.

Un des responsables de l’enquête a déclaré à Walla News : « Il n’est pas possible qu’il y ait eu une consommation massive d’alcool et que des hommes soient montés et descendus en groupes – sans que personne de la direction ou la sécurité de l’hôtel ne l’ait remarqué. Ils ont une responsabilité envers les clients de l’hôtel. »

Des gens dans la ville d’Eilat, au sud d’Israël, le 13 mai 2020. (Yossi Zeliger / Flash90)

L’affaire a provoqué une onde de choc dans tout Israël, après que des témoignages ont rapporté que les hommes faisaient la queue devant la chambre d’hôtel de la jeune fille mineure en état d’ivresse, attendant leur tour pour la violer, et qu’aucun témoin oculaire ne soit intervenu.

L’adolescente a porté plainte à la police vendredi. Un premier suspect a été arrêté mercredi et sa détention provisoire a été prolongée de cinq jours par le tribunal d’instance d’Ashkelon. Il a été présenté par les médias comme un résident du nord d’Israël âgé de 27 ans.

Un deuxième suspect, également âgé de 27 ans, originaire de Hadera, a été arrêté jeudi matin. Il devait être traduit en justice jeudi dans la journée.

La police a déclaré que d’autres arrestations étaient prévues.

Jeudi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Benny Gantz ont vivement condamné les faits.

« C’est choquant, il n’y a pas d’autre mot. Ce n’est pas seulement un crime contre la jeune fille, c’est un crime contre l’humanité qui mérite condamnation, et les responsables doivent être traduits en justice », a tweeté Netanyahu.

Gantz a tweeté : « Depuis hier après-midi, j’essaie, et j’échoue, à comprendre : qu’est-ce qu’un homme, qui attend son tour avec des dizaines d’autres devant une chambre où une jeune-fille désorientée est allongée, essaie-t-il de prouver ? »

La Douzième chaine a rapporté que l’adolescente était venue à la station balnéaire avec une amie. Elles ont rencontré des connaissances de cette dernière et sont sorties boire un verre avec eux. Puis ils sont tous revenus dans une chambre de l’hôtel.

L’adolescente et son amie racontent que c’est à ce moment-là que les hommes ont violé la jeune-fille, l’un après l’autre.

Le premier suspect a été arrêté après que des messages entre lui et l’adolescente ont révélé qu’il y avait une documentation vidéo de l’agression présumée. Il a nié avoir communiqué avec la fille, affirmant que quelqu’un d’autre avait utilisé son téléphone.

Le suspect a déclaré que plus de 30 hommes avaient eu des relations sexuelles avec la fille, mais que les images des caméras prouveraient que ça ne s’était pas produit sous la contrainte – les hommes faisaient la queue à la porte et la jeune-fille, ivre, les appelait un par un.

La police a ajouté que l’amie de l’adolescente avait tenté de l’aider, sans succès.

L’amie de la jeune-fille aurait déclaré aux enquêteurs que l’un des suspects « s’est présenté comme un médecin et a affirmé vouloir l’aider » alors qu’il était évident que la jeune fille était simplement ivre. Le suspect « a profité d’elle et a couché avec elle alors qu’elle avait perdu le contrôle d’elle-même », a déclaré l’amie, selon la Treizième chaine.

Neuf cas de viol sur dix en Israël se terminent sans inculpation, selon une enquête publiée à la fin de l’année dernière, qui a également révélé une augmentation significative des plaintes pour agressions sexuelles et harcèlement.

Le rapport de l’Association des centres de crise pour viol en Israël a révélé que la police avait ouvert 6 220 enquêtes sur des allégations de crimes sexuels et harcèlement en 2018, dont 1 166 enquêtes sur des viols supposés, soit une augmentation de 12 % par rapport à l’année précédente et de 40 % par rapport à l’année 2013.

Dans un contexte où les viols collectifs très médiatisés sont en augmentation dans les écoles, le rapport a révélé que la plupart des victimes (63 %) de viols collectifs signalés en 2018 étaient des jeunes filles âgées de 12 à 18 ans.

Une jeune femme britannique de 19 ans, au centre, reconnue coupable d’avoir prétendu avoir été violée par 12 Israéliens, arrive au tribunal du district de Famagouste pour être condamnée, le 7 janvier 2020. (AP Photo / Petros Karadjias)

L’année dernière, des hommes et adolescents israéliens avaient été arrêtés à Chypre, après qu’une femme britannique avait affirmé avoir été violée par le groupe d’Israéliens dans la station balnéaire d’Ayia Napa sur cette île de Méditerranée orientale.

La touriste britannique a été jugée coupable d’avoir menti, mais elle a maintenu son récit de l’incident, affirmant que la police chypriote ne lui avait pas donné d’autre choix que de retirer sa plainte.

Les 12 Israéliens initialement arrêtés ont été libérés après que la police a déclaré que la jeune femme s’était rétractée. Ils sont retournés en Israël et ont été accueillis par des scènes de célébration, que de nombreux commentateurs ont jugé totalement inappropriées compte tenu des circonstances.

Le président Reuven Rivlin, dans une longue missive publiée sur sa page Facebook et adressée aux jeunes Israéliens, a déclaré jeudi soir : « Je n’ai plus de mots face à cette horreur. »

« Ces jours sont des jours de folie et de perte de repères. Je sais, quand il n’y a pas de limites, la première impression, [c’est] à quel point c’est libérateur… Mais croyez-moi, certaines de nos plus grandes difficultés en tant qu’êtres humains commencent lorsque nous perdons nos limites », a écrit Rivlin. « L’agression sexuelle, le viol, l’exploitation sexuelle, la violence sexuelle sont des souillures qui ne peuvent être effacées. »

« Ce sont des cas d’absence de limites impardonnable, et ils nous détruisent en tant que société », a-t-il écrit. « Face à l’exploitation, face à la violence, face aux abus, face à la cruauté, fixez-vous une frontière. Une limite pour vous, une limite pour ceux qui vous entourent. Ne restez pas à l’écart. Ne restez pas silencieux. »

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