La population haredi augmente 2 fois plus vite que le reste de la population
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La population haredi augmente 2 fois plus vite que le reste de la population

L'Institut israélien de la démocratie révèle que les religieux ont plus souffert du chômage que le reste de la population active, passant des emplois dans l'éducation au commerce

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Illustration : Des hommes juifs ultra-orthodoxes lors d'un événement à Jérusalem, le 10 février 2020. (Aharon Krohn/Flash90)
Illustration : Des hommes juifs ultra-orthodoxes lors d'un événement à Jérusalem, le 10 février 2020. (Aharon Krohn/Flash90)

La communauté ultra-orthodoxe d’Israël, qui connaît une croissance rapide, devrait doubler en 16 ans, soit moins de la moitié du temps nécessaire pour que le reste de la population augmente dans les mêmes proportions, a déclaré l’Institut israélien de la démocratie [IDI – Israel Democracy Institute] dans un rapport publié jeudi.

Dans sa cinquième évaluation statistique annuelle de la société ultra-orthodoxe, l’IDI a examiné les évolutions dans des domaines tels que le niveau de vie, l’éducation, l’emploi, la mobilité sociale, les loisirs et le mode de vie.

Sur la base des données du Bureau central des statistiques, des ministères et organismes gouvernementaux, et de l’Institut national d’assurance, il a été établi que les ménages ultra-orthodoxes gagnent en moyenne moins de la moitié du revenu des autres ménages juifs, tout en identifiant des tendances montrant que davantage de membres de la communauté accèdent à l’enseignement supérieur et se dirigent vers des emplois mieux rémunérés.

L’étude a révélé que la population ultra-orthodoxe, également connue sous le nom de Haredi, compte environ 1,175 million de personnes en Israël, avec un taux de croissance annuel de 4,2 % au cours de la dernière décennie, soit plus du double des 1,9 % enregistrés par le reste de la population israélienne et plus du triple de celui du reste de la population juive israélienne (à l’exclusion de la population Haredi), soit 1,2 %.

À ce rythme, la taille de la communauté doublera tous les 16 ans, tandis que le reste de la population devrait doubler tous les 37 ans. Au rythme actuel, la population juive non-Haredi devrait doubler tous les 50 ans.

La part de la communauté Haredi dans la population générale est passée de 10 % en 2009 à 12,6 % en 2020, selon le rapport.

Toutefois, le rapport indique qu' »il est très probable que l’avenir verra une baisse du taux de croissance des ultra-orthodoxes, en raison de la baisse des taux de fertilité et de l’augmentation de l’âge du premier mariage ». Il note que le taux de fécondité dans la population Haredi est de 6,5 naissances viables par femme, contre environ 7,5 en 2003.

Un groupe de jeunes garçons ultra-orthodoxes portant des masques de protection pour le visage suite aux mesures gouvernementales visant à stopper la propagation du coronavirus, alors qu’ils marchent dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 16 juillet 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

La pandémie de coronavirus en cours a porté un coup plus dur à l’emploi des ultra-orthodoxes qu’à celui du reste de la population juive du pays, a constaté l’IDI, affectant davantage les femmes pendant la première vague, tandis que les hommes ont souffert davantage pendant la seconde vague. Dans l’ensemble, contrairement au reste de la population, les femmes ont bénéficié d’une plus grande stabilité de l’emploi que les hommes.

Citant les chiffres du ministère des Finances, le rapport indique que de mars à mai 2020, le taux d’emploi des ultra-orthodoxes a baissé en moyenne de 35 % (34 % pour les hommes et 37 % pour les femmes) par rapport aux mêmes mois de l’année dernière. Pour le reste de la population juive, les chiffres étaient de 19 % pour les hommes et de 27 % pour les femmes.

En revanche, de septembre à octobre 2020, lors de la deuxième vague d’infections virales, on a constaté une baisse de 20,5 % pour les hommes et de 15 % pour les femmes par rapport aux mêmes mois de 2019. Dans le reste de la population juive du pays, le chiffre pour les hommes (10 %) était plus bas, mais chez les femmes (16 %) semblable à celui de leurs pairs ultra-orthodoxes.

Ces dernières années, l’emploi des femmes Haredi a généralement augmenté, tandis que celui des hommes est resté au point mort.

Bien qu’entre 2003 et 2015, l’emploi des hommes ait connu une forte augmentation, il s’est stabilisé au cours des cinq dernières années. En 2019, il était de 52,5 %, contre 52 % en 2015. En revanche, chez les femmes ultra-orthodoxes, l’emploi est passé de 71 % à 77 % entre 2015 et 2019.

« Une des raisons majeures de cette tendance pourrait être la réduction des incitations pour les hommes ultra-orthodoxes à rejoindre la population active et, en même temps, l’augmentation du soutien financier et des subventions aux étudiants de kollel », a déclaré l’IDI, en référence aux hommes mariés qui reçoivent des bourses pour étudier dans les séminaires talmudiques.

On constate également un changement dans le type d’emploi qui délaisse les postes d’enseignement pour se tourner vers des emplois mieux rémunérés dans le commerce. De 2009 à 2018, le pourcentage d’hommes travaillant dans l’éducation a chuté de 31 % à 27 %, tandis que celui des hommes travaillant dans le commerce a augmenté de 11 % à 14 %. Au cours de la même période, le pourcentage de femmes ultra-orthodoxes dans l’enseignement a chuté de 57 % à 39,5 %.

« Comme ces tendances augmentent et que de plus en plus de personnes ultra-orthodoxes sont employées dans des professions mieux rémunérées, à long terme, nous sommes susceptibles de voir une augmentation du revenu par habitant et, par conséquent, un niveau de vie amélioré parmi les ménages ultra-orthodoxes », a déclaré l’IDI.

Des femmes ultra-orthodoxes travaillent sur leur ordinateur dans l’implantation ultra-orthodoxe de Beitar Illit, le 19 août 2009. (Nati Shohat/Flash90)

Le revenu mensuel brut moyen des ménages ultra-orthodoxes en 2018 était de 14 745 NIS, soit 58 % de moins que pour les autres ménages juifs, où il était de 23 235 NIS. Les principales sources de revenus sont l’emploi (66 %) ainsi que les allocations et les prestations sociales (24 %). Parmi les autres ménages juifs, les chiffres étaient respectivement de 78 % et 9 %.

Le revenu par habitant des ménages ultra-orthodoxes est de 3 917 NIS, soit moins de la moitié de celui des autres ménages juifs, qui est de 7 531 NIS. L’écart est dû aux ménages ultra-orthodoxes plus importants, à un nombre moyen de soutiens de famille plus faible et à un revenu global plus faible.

« Dans le même temps, les écarts de revenus peuvent être moins importants qu’il n’y paraît, en raison des niveaux plus élevés de revenus non déclarés dans le secteur ultra-orthodoxe », note le rapport.

Malgré la présence de familles nombreuses, les dépenses mensuelles moyennes d’un ménage Haredi en 2018, soit 14 651 NIS, étaient inférieures de 16 % à celles des autres ménages juifs, qui s’élevaient en moyenne à 16 936 NIS. En outre, la dépense fiscale mensuelle moyenne des ménages Haredi n’était que d’environ un tiers de celle des autres ménages juifs, soit 1 524 NIS contre 4 461 NIS.

Bien qu’une ventilation des dépenses n’ait pas montré de différences substantielles dans la composition générale des lieux où l’argent est dépensé, il y a eu une différence significative dans les dépenses de transport et de communication, qui sont en moyenne de seulement 11 % dans les foyers Haredi contre 21 % dans les autres foyers juifs.

« Une explication possible de cette différence est que les Israéliens ultra-orthodoxes dépendent plus des transports publics que les autres Juifs, et sont des consommateurs moins fréquents de services Internet, de télévision et de smartphones », selon le rapport.

La dernière décennie a vu une augmentation significative du nombre de filles ultra-orthodoxes passant les examens d’entrée à l’université, passant de 31 % à 55 %. Au cours de la même période, le nombre de garçons de la communauté qui passent les examens a chuté de 16 % à 13 %.

« De nombreux jeunes membres de la communauté ultra-orthodoxe découvrent la valeur de l’éducation universitaire et des programmes de formation technologique de haute qualité pour trouver un emploi », a déclaré l’IDI.

Au cours des cinq années allant de 2014 à 2019, on a constaté une augmentation de 38 % du nombre d’étudiants ultra-orthodoxes dans les programmes de formation technique, principalement sous l’impulsion des femmes, dont la participation a augmenté de 44 %, tandis que chez les hommes, elle a augmenté de 26 %.

De 2010 à 2019, le nombre d’étudiants Haredi qui ont obtenu un diplôme universitaire a triplé, si bien qu’en 2018-2019, il y avait environ 13 100 étudiants ultra-orthodoxes dans les établissements d’enseignement supérieur. Les femmes constituent une nette majorité, représentant 67,5 % du total.

Les programmes d’études supérieures ont connu un bond encore plus important, puisqu’en 2019, ils comptaient 1 630 étudiants, soit cinq fois plus qu’en 2010, selon l’IDI. Rien qu’en 2019-2020, il y a eu une augmentation de 17 % par rapport à l’année précédente.

Les étudiants ultra-orthodoxes de premier cycle sont attirés par les sujets qui permettent de travailler au sein de leur communauté, tels que l’éducation et l’enseignement, qui sont poursuivis par 31 % des étudiants Haredi contre seulement 15 % dans la population générale.

En 2019, il y avait 140 614 étudiants dans les yeshivot et kollel ultra-orthodoxes, dont des étudiants étrangers, selon l’IDI.

Un couple israélien ultra-orthodoxe profite d’un après-midi ensoleillé au port de Tel Aviv le 5 février 2016. (Photo par Tomer Neuberg/Flash90)

Les Israéliens ultra-orthodoxes ont des vues conservatrices sur les rôles des membres de la famille et la division des tâches domestiques, selon l’étude.

Moins de la moitié, soit 46 %, pensent que dans une famille où les deux conjoints travaillent, il devrait y avoir un partage égal des tâches domestiques. Ce chiffre a été comparé à 81 % des autres Juifs qui sont d’accord avec cette affirmation.

« Dans la pratique, les femmes ultra-orthodoxes assument en effet la plus grande partie de la responsabilité de la majorité des tâches ménagères, telles que la lessive (71 %), la cuisine (67 %) et le nettoyage (45 %) », indique l’IDI.

En ce qui concerne la réussite des relations, seuls 31 % des répondants Haredi sont d’accord pour dire que l’amour est un facteur important, contre 44 % chez les autres répondants juifs.

Le sexe n’est pas non plus une priorité pour les ultra-orthodoxes dans le maintien d’une relation fructueuse (6 %), alors que parmi les autres juifs 12 % le jugent important, selon l’IDI.

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